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1175 - Les Barrières

Publié le par Arthémisia

 

DUPIN Jérôme

 

 

Je dessine. Mon crayon avance en lignes, en traits, en courbes, qui semblent séparer la page, en faire des univers différents, sans liens, sans attaches.

Et pourtant autour de ce visage dont mon œil essaie de capter la présence, il n’y a rien. Ce que bêtement on appelle un contour, n’existe pas. Ce n’est que la rencontre entre la peau de la joue et la chevelure qui cascade. Ce n’est que la tendresse d'un cou qui se détache du papier peint éteint. Ce n’est que la naissance de cette épaule ronde qui s’ancre dans la laine.

 

Où est la limite ? Où est le cadre ? Où est la frontière à ne pas dépasser, à ne pas violer ?

Les plans vacillent, fuient, tremblent, s’épanchent, dansent, s’aiment et s’aimantent.

Aucun espace fractionné, coupé en deux.

Aucun gentil coloriage sans déborder.

Aucune surface close.

Aucun sertissage.

Aucun serti sage ?

 

Ainsi la peau se nourrit de la chair, de son sang, de son humus pulpé, de sa viande et leur rend l’eau qui la lave, le savon qui l’épure, le soleil qui la vitaminise, la chaleur qui la comble. Et les baisers...

 

Ainsi les racines ignorent les branches, les feuilles et les fruits mais elles les alimentent en portant toutes leur force au-delà de la surface de la terre, en élévation verte. En retour l’oxygène plonge dans les feuilles et gonfle tout l’arbre jusqu’aux pieds.

Bas et haut sympathisent au détour de la croûte.

 

Ainsi l’hier surgit dans l’aujourd’hui. La ligne de vie coule, se coule dans le temps ; les vivants du dessous traversent sans encombres les frontières illusoires de la mort, et viennent caresser les pensées des vivants du dessus.

Et dessus tend encore l’oreille pour entendre la petite voix des profondeurs.

 

Tout circule. Rien ne fait barrière.

 

Sauf l’homme. Parfois.

 

 

 

© Arthémisia –  mai 2010


Avec : Jérôme DUPIN – sans titre – Acrylique sur toile

Hôtel des Arts de Toulon – avril/mai 2010 –

photo © Arthémisia

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juliette 07/05/2010 08:50



Je voulais dire simpement que ce n'était pas un "petit" texte.


 


Oh Oui! dessiner, peindre c'et n'être plus que soi


 


Bisous



Arthémisia 07/05/2010 11:05



je sais très bien qu'ils sont petits mes textes...des gouttes dans la mer.


Bisous


Arthi



juliette 06/05/2010 19:00



Je suis un peu perturbée ces temps au point  de vue peinture.... et j'ai laissé passer ce beau texte, si agréable à lire, de la belle literrature et pas un texticule;... non
!


 


Je le lis et le relis et suis émerveillée par la finesse de tes réflesionx, tout en suivant le crayon voyageur


Merci belle Arthi


 



Arthémisia 06/05/2010 19:18



Si un texticule! J'aime mes texticules! Je les revendique haut et fort.


Et tu sais bien que dessiner c'est rentrer en soi-même très très puissament.


Bisous ma belle.



marlou 03/05/2010 20:00



Tu es en grande forme...J'aime ces mots de toi...Magnifique!



Arthémisia 03/05/2010 20:03



Merci Marlou.


Non, je ne me sens pas en grande forme.


C'est simplement une question qui me trotte dans la tête depuis un bout de temps ....mais si cela te plait je ne peux qu'obtempérer!!!



joruri 03/05/2010 16:01



Excellente nouvelle: Je n'ai strictement rien à dire...



Arthémisia 03/05/2010 17:25



Soit!



Stellamaris 03/05/2010 14:28



Toute la symbolique du contour dans le dessin ... J'ai beaucoup apprécié cet article ! Toute mon amitié.



Arthémisia 03/05/2010 17:25



Il s'agit de grandir en se libérant des contraintes...


Bises amicales à toi aussi, Stellamaris.



Ut 03/05/2010 11:26



Aïe aîe aïe les filles, vous me donnez du fil à retordre!


Il y a un MUR entre dedans et dehors... tu te souviens de Marie dans l'Anonyme, qui ne laissait même pas ses gosses entrer dans sa chambre? :)



Arthémisia 03/05/2010 11:35



Pourquoi les filles?Tu inclues la réflexion de  Nathalie je présume.


Et le mur, Ut qui le construit?....Qui l'a construit? et de quoi est il fait?


Bon, j'arrête : je crois que tu as ta dose de questions pour aujourd'hui!



Ut 03/05/2010 11:15



Intellectuellement je comprends ce que tu dis.


Dedans ne suit pas.


Le Beau est ce qu'on trouve dans le don des autres ; y compris leur don à eux-mêmes. "L'envie de soi'... c'est magnifique!



Arthémisia 03/05/2010 11:21



Encore une barrière alors, UT, entre le dedans et le dehors....?!!!



Ut 03/05/2010 10:52



Et tu as parfaitement raison, bien sûr! C'est pour ça que je te trouve si belle, aussi!


Mais je n'accepte rien : je travaille avec exigence.... égocentrique à souhaît! :)



Arthémisia 03/05/2010 11:00



Ca n'a rien à voir avec la Beauté ou l'égocentrisme!


Avancer dans l'acceptation et la construction de soi ne rend pas Beau : cela rend fort. (Reste à savoir si cette force n'est pas assimilable à une forme de
Beauté !!!)





Ne rien accepter, avoir de l'exigence ce n'est pas de l'égocentrisme. Cela peut être un moyen de se construire mais le risque de la sévérité, voire de
l'austérité rôde.


Parfois l'écoute de la simple forme, de la plus banale couleur (coulure?), le positionnement de l'objet, sa seule  pose, sont des éléments à prendre en
compte bien avant notre pouvoir décisionnaire ; la matière même de l'oeuvre   doit rester
notre guide et nous sommes à son service par l'entremise de notre sensible, de notre entendement, et de notre culture.


Devant l'oeuvre nous ne sommes jamais seul, jamais!



Ut 03/05/2010 10:38



Et donc une question d'humilité de soi-même à soi-même ; d'acceptation de son médiocre, de son non-fini trop fini ; de son incapacité...


Dur arthi!



Arthémisia 03/05/2010 10:42



Pas du tout!


L'acceptation de soi-même sans jugement de valeur, et surtout l'acceptation de son être en chemin. N'est ce pas cela aussi avancer?


Ce n'est pas dur du tout : quelque part cela doit s'appeler l'envie de soi!



Ut 03/05/2010 09:40



C'est tellement dense! Il y a tellement de portes à pousser dans ce texte Arthi!


Oui, il n'y a de frontières qu'humaines... et DUPIN en est un superbe exemple!!!


C'est exactement mon questionnement en peinture : qui suis je, si petite, pour tenter d'aller dans l'au-delà? (visible et intellectuel ; pour donner aux autres) Et comment faire????


Désespérante nature humaine..........


Je t'embrasse Belle!



Arthémisia 03/05/2010 10:29



J'ai beaucoup réfléchi à la peinture de DUPIN et je pense que même si chaque tableau est la monstration idéale d'un enfermement, mis ensemble (et c'est la
grande force d'ALTIERI le conservateur) il me semble qu'ils arrivent à discourir, à aller l'un vers l'autre, à construire une oeuvre, ou du moins un morceau d'oeuvre.


 


Après la question du qui sommes nous, nous ne la maîtrisons pas totalement. Qu'importe au fond d'être petit ou grand? Notre au-delà ne saurait être en aucun
cas celui d'un Autre, la réponse globale de son attente. Tout ce que nous pouvons faire et pour lui et pour nous c'est offrir (et ce n'est pas du tout désespérant!) : charge à l'Autre de trouver
en nous ce dont il peut se nourrir (comme la peau se nourrit de la chair, comme la branche de la racine) et de nous laisser poursuivre notre entièreté sans intervenir, sans nous freiner dans ce
qui ne l'intéresse pas.


Il me semble que c'est tout simplement une question d'accueil.


 


Mes bises, ma jolie!



Nathalie 03/05/2010 08:38



C'est drôle j'attendais les pensées ... et elles arrivent logiquement en bas de ton texte.


Quand les mots rentrent dans le corps et chevillent le tout.


Très joli texte encore Arthi, et en phase avec mon ressenti actuel.



Arthémisia 03/05/2010 08:43



J'aimerai que ce ressenti soit universel!


Belle utopie....



Bifane 03/05/2010 07:52



L'humain fait obstacle, se fait d'ailleurs obstacle à lui-même... Ce que je me demande, c'est pourquoi ? Il me semble le faire contre son gré, pas inconsciemment, mais pas volontairement non
plus. Il cherche, sans la trouver, la place qui est la sienne, et la dérobe ou l'usurpe à défaut de la découvrir.


Sans doute devrait-il se découvrir lui-même d'abord, avant de s'acharner à tracer un chemin dont il ne sait où il va... La nature "sait" par essence. L'humain a peut-être oublié ou se trompe.
Pour lui, rien ne semble pouvoir couler de source, rien de simple ni de naturel : il avance, mais rien que cela lui est un problème, entravé qu'il est dans ses fausses pistes...



Arthémisia 03/05/2010 08:10



Je ne crois pas en effet qu'il existe en l'humain des barrières innées. Je crois bcp plus au culturel, à l'affectif, au possessif, à l'orgueil, au racisme,
au sectarisme, au sexisme...à tant de fiertés et d'abus qui en fait l'isolent et entravent son "aller" à commencer par le voyage  qu'il peut suivre en lui-même.


 


Dès la naissance il est contraint, il se contraint et il contraint. Charge à  lui d'arriver à se trouver des sauf-conduits, et à autoriser à l'autre son
vagabondage personnel pour ne pas finir tous en prison, en prison de nous-mêmes et dans la prison de l'autre.


 


Mais pourquoi agit-il ainsi? Il me semble que de se colorier sans déborder du cadre c'est bien rassurant. On peut même arriver à une intensité rare de
pigments. Mais n'est ce pas un peu sclérosant, et surtout très infantil de ne pas avoir envie de sortir de la forme, de la norme, de se libérer des contours (cons tours)?


A l'intérieur, il est peut-être fort mais à l'extérieur, qu'est il cet homme qui n'ose sortir? Un animal bien dressé? Un égoïste qui ne peut pervevoir
l'Autre? Un autosuffisant? Le paradigme d'une  bien triste sagesse? Et bien sûr un donneur de leçons!


 



Bifane 03/05/2010 07:30



Chercherais-tu à faire une démonstration du principe de réincarnation ? ^^


Ah non : "sauf l'homme"... Alors quoi, l'homme ? L'humain ? Une pièce rapportée ? Un intrus ? Un être venu d'ailleurs, abandonné ici ?


En réalité, j'avoue que je ne fais que jouer le jeu. Je m'y pique d'intérêt, à travers tes mots et ce qu'ils m'inspirent, mais pour dire le vrai, la question ne me travaille plus depuis longtemps
de savoir si l'avant ou l'après existent. Possible, mais... pas essentiel, enfin, je trouve...


Bien mon bonjour, Arthi, en te souhaitant une bonne semaine ! Bises...



Arthémisia 03/05/2010 07:35



Réincarnation? Non! point du tout...mais plutôt continuation, circulation. Donc point d'avant ou d'après mais plutôt un toujours.


 


En fait dans ce billet je me questionne plus  sur ce qui fait les barrages, les limites, les bordures, ce qui enferme et interdit l'échappement, ce qui
bloque et empèche toute circulation.  Et plus je réfléchis à ça et plus que je me dis que le naturel (qu'il soit physique ou
mental) pousse, s'échappe, coule, et circule par un moyen ou un autre  et que les seuls blocage qu'il rencontre sont
humains.


 


Plein de belles choses for you too, Bifane.


A commencer par mes bises.


Arthi



Max 03/05/2010 00:45



Aucun sertissage...


Aucun serti sage...


Aucun art tissage...


Aucune arthi sage ?



Arthémisia 03/05/2010 06:31



  Que serait ma sagesse?  : m'assoir devant la télé
tous les soirs en tricotant? Me coucher à 22 h? Oublier le Menetou-Salon et le Quincy, les huîtres de Cancale, et le Rocamadour? Jeter mes vieux Tom Waits à la poubelle et écouter Mireille
Mathieu? Téléphoner à maman 3 fois par jour? Ranger mon bureau et mon atelier comme un casier de sous-marinier?....


Alors là, j'avoue, je ne suis pas sage du tout.


Disons que je tiens encore un peu à la vie!





Mais j'avoue aussi que je n'ai jamais fait une heure de colle, que je ne jette pas les livres, que je ne fume plus depuis perpette, et qu'il m'arrive de
prier pour un autre que moi.


 


C'est confess' aujourd'hui?!


A la pesée des âmes crois-tu que je prends des risques, Max?!!!!