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1218 - Le Lac

Publié le par Arthémisia

 

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0323/m104804_0000890_p.jpg

 



Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'
on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !


Alphonse de LAMARTINE

 

 

 

Avec : Louis Eugène GINAIN – Vue du Lac du Bourget et de l’Abbaye de Hautecombe -

Musée des Beaux Arts de Chambéry.

Commenter cet article

joruri 30/06/2010 09:43



Il était une fois un lac qui rendait les gens moins cons... je continue ?



Arthémisia 30/06/2010 11:18



La Nature en général a ce pouvoir.



joruri 30/06/2010 09:41



Sur la peinture, le lac parait plus petit qu'en vrai. Je suis une fois arrivé par cet angle à l'abbaye avec un zodiac.



Arthémisia 30/06/2010 11:18



Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !



joruri 29/06/2010 22:02



Oui. le chemin neuf est une communauté charismatique œucuménique.


J'ai habité pas mal d'années dans cette région, mais en altitude.


Lors de cette session, nous avons croisé dans la nuit une dame qui cherchait de l'aide pour une femme qui avit une crise d'asthme. Or, sur place , nous avons estimé mon épouse et moi que ce
n'était pas de l'asyhme et avons alerté les responsables (dans le noir je suis tombé d'un très haut mur...) Le femme en question avait une crise cardiaque ! J'avais souvent prié pour avoir la
grâce de sauver une vie, et cette nuit-là, sans nous, je pense qu'elle serait peut-être morte...



Arthémisia 29/06/2010 22:07



Merci de ses détails personnels, de ceux qui nous construisent plus humains.


Je viens de lire quelques infos sur le Chemin Neuf sur Wikitruc.


 



joruri 29/06/2010 21:07



Oui.


C'était un peu le lac des signes.



Arthémisia 29/06/2010 21:27



Très joli changement de sens...


Tu me dis "oui" pour les Evangiles?



joruri 29/06/2010 20:18



j'ai fais une session avec le chemin neuf dans cette abbaye il y a longtemps.
Qui a dit: "que nul ne meure qu'il n'ait aimé" ?



Arthémisia 29/06/2010 21:04



Le lieu doit prêter à l'intériorisation.


...les Evangiles?


 



marlou 29/06/2010 20:17



Le plus beau certes de Lamartine !



Arthémisia 29/06/2010 20:54



Je n'aurai pas la prétention de tout connaître de lui mais celui là m'émeut tant...



juliette 29/06/2010 16:47



agréable souvenir d'école


Bises



Arthémisia 29/06/2010 17:35



Agréable souvenir tout cours...


Bises


Arthi



la vieille dame indigne 29/06/2010 13:59



un bon vieux classique, comme un vin vieux, ça se déguste doucement...:)



Arthémisia 29/06/2010 17:35



Tu as tout à fait raison et moi je ne m'en lasse pas...


Une petite gorgée?



Bifane 29/06/2010 00:53



Une pierre précieuse de la poésie. L'un des plus beaux que j'aie jamais lu, et sans doute l'un de ceux qui m'ont donné envie d'écrire...



Arthémisia 29/06/2010 06:35



 LAMARTINE avec une élégance extrème dit ici magistralement l'impuissance de l'homme face au temps. Thème éternel s'il en fut mais le traitement
romantique de la pensée par la présence d'une Nature qui recueille le souvenir, et la vulnérabilité de la destiné humaine...font de ce poème un véritable bijou.


 


Pour moi c'est aussi un très agréable moment de nostalgie.