Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

1245 - The Grapes of wrath

Publié le par Arthémisia

 

http://lewebpedagogique.com/collegedesaintvalerien/files/2008/05/lange_migrantmother_1.jpg

 

 

632 pages pour une grande épopée :

 

 

John STEINBECK

Les Raisins de la colère

Traduit de l’anglais par Marcel DUHAMEL et M.-E. COINDREAU

Edt. GALLIMARD (Folio), 1947

 

 

La sécheresse du Dust Bowl chasse la famille Joad de sa ferme de l’Oklahoma.

Le fils Tom, récemment sorti de prison après avoir purgé une peine pour homicide en légitime défense, et bravant l’interdit qui l’oblige à rester dans l’état, entraine toute la famille, dans une épopée sur les routes en direction d’un hypothétique paradis : la Californie, jardin de la côte ouest, où des publicités (mensongères) promettent de trouver du travail dans les vergers.

Le groupe – grands-parents, parents, enfants et ami - s’empile dans (et sur) une vieille camionnette et part pour un exode terrible sur la célèbre route 66 à travers le désert, exode qui verra mourir les grands parents, partir le fils ainé et l’époux immature de la fille enceinte et plonger la famille dans une destinée mortifère.

 

Livre social, Les Raisins de la Colère permettent à Steinbeck de développer des thèmes qui lui sont chers.

Tout d’abord le rêve américain, celui de la propriété, qu’abandonnent les Joad au début du roman mais qu’ils rêvent de posséder de nouveau très vite dès leur arrivée en Californie, la Terre Promise. Attiré par les pensées communistes, Steinbeck n’en reste pas moins un …américain.

 

La fatalité est omniprésente dans le roman ; le parcours de quête est sans cesse contrecarré par les événements, la rude météo mais surtout les représentants légaux. Ainsi après un très dur séjour dans un camp de fortune dans lequel s’empilent les familles de migrants, la situation semble pouvoir s’améliorer : la famille Joad est hébergée dans un camp du gouvernement où elle trouve un peu de confort.  Mais les autorités locales les chassent bien vite. Rien de positif ne peut durer.

 

Mais l’amitié et la solidarité portent les hommes. Tom qui se lit avec un pasteur défroqué dès le début du livre, pasteur qui accompagnera la famille dans sa fuite, noue avec lui des rapports humains très forts : chacun d’eux semble avoir en lui la perspective christique d’un héros, une forme d’immanence où se dessinent les vertus cardinales de l’homme face à son destin. Jamais ils ne baisseront les bras, et l’épopée humaniste qui les soude les fait aller au-delà de l’impensable. Acteur de la famille (son père y est présenté comme un personnage qui se laisse porter), Tom, anti-héros par excellence, vengera son ami impliqué dans une manifestation et lâchement assassiné par des gardes. Il devra fuir.

 

Et c’est Ma, la mère courage, qui encaisse les désastres, retrouve toujours l’énergie quasi tellurique de poursuivre.


La dernière image,  de  la fille qui vient d’accoucher d’un bébé mort-né et qui donne le sein à un vieillard mourant de faim est une très troublante allégorie de la charité.

 

Elle se pressa contre lui et attira sa tête vers elle.

-        Là ! Là.

Sa main glissa derrière la tête et le soutint. Ses doigts caressaient doucement les cheveux de l’homme. Elle leva les yeux, puis les baissa et regarda autour d’elle, dans l’ombre de la grange. Alors ses lèvres se rejoignirent dans un mystérieux sourire.

 

Bel hommage aux femmes, et aux mères qui, en temps que dépositaires de la forme matricielle s’en trouvent aussi le berceau de l’instinct social et de l’avenir éthique.

 

Car à mon sens,  l’horizon civilisé ( ?)  semble encore 80 ans après la grande dépression, du côté de la protection des faibles et d’une forme, que certains taxeront de romantique, d’humanisme et de respect de la vie.

 

 

Notez que Les Raisins de la colère sont placés au 7ème rang du classement des 100 livres du siècle réalisé par un …grand marchand de livres en 1999. Ce n'est peut être pas pour rien...

 

 

 


Copyright © Arthémisia – août 10



 

Avec : Florence Thompson ou  Mère migrante

- Dorothea LANGE – 1939 – Photographie

Commenter cet article

daniel 31/08/2010 15:35



il se trouve que j'ai relu "les raisins de la colère" au début du printemps ...


entre les deux lectures : à peu près 35 ans ... je n'avais rien compris à ce livre ....en l'étudiant à l'école je croyais que c'était un témoignage d'un passé récent, certes, mais qui ne se
reproduirait plus ...


il se trouve aussi qu' à l'époque je ne savais pas que je devrais faire des boulots ...difficiles ... (et cela n'est pas comparable à ce que la famille Joad a vécu !) ça a beau être un roman ça
devient réel et c'est la force de cette oeuvre !


quoiqu'il en soit, parfois j'ai trouvé dans ces "travaux des champs" la solidarité... mais bien souvent c'est le racisme, l'amertume et toutes ces choses qui ne valorisent  pas trop l'humain
en général!


je vois pas pourquoi je dis tout ça ...comme si j'étais le seul à ressentir cela ...!


si! peut être parce que je ne regrette pas mes colères devant les injustices et la bêtise...et mes "départs impromptus" de ces boulots de misère ...


en tous cas il faut lire Steinbeck ( des souris et des hommes par exemple )


et puis quitte à citer Aragon ...comme celui qui dessine des pommes ...et bien moi c'est à chaque fois la même chose, quand j'écoute "l'affiche rouge" de Ferré et Aragon, j'ai les poils des bras
qui se hérissent et les larmes qui montent ...


c'est con... je sais ! mais je ne cangerai plus maintenant !


merci pour l'article il est vraiment très bien !


 



Arthémisia 31/08/2010 18:46



J'ai eu beaucoup de plaisir à sentir l'entousiasme de la lecture dans tes mots. Eh oui, ce qu'on a lu à 20 ans on ne le lit plus de la même façon quand la
vie à fait un bout de chemin avec nous! Cela a dû être flagrant pour toi si j'en crois ce que tu décris un peu de ton parcours de travail.


De plus  ce que j'ai vu rapidement chez toi (j'y retournerai quand j'aurai un peu de temps : promis!) me fait penser que tu es homme de terre, que la
matière te parle, que tu sais écouter ce qu'elle te donne comme les fermiers le savent parce qu'ils vivent avec elle. Les artistes, et les artisans partagent cela avec les gens de la terre, ce
doux plaisir à toucher, à respirer, à s'imbiber de tout ce que le monde offre à la main, à l'oeil, aux sens.


Alors respirons encore les pommes de..... CEZANNE, sentons les caresses d'ARAGON et d'ELSA et pleurons même s'il le faut sur la terre et les hommes qui y
souffrent trop. Ce n'est jamais con....


Ah j'oubliais : merci de ton passage, Daniel!



bleu virus 09/08/2010 23:51



Si c'est toi qui a écrit tout ça, c'est rudement bien écrit. Vaudrait même mieux lire ça avant de se lancer dans 632 pages! chose que je ne ferais pas car j'adore les raccourcis  !



Arthémisia 10/08/2010 00:00



Ben oui....





Surtout, Virus, lis ce livre!!!!





ou autre chose de STEINBECK...La Perle par exemple...c'est une petite nouvelle très très musicale ...mais je ne veux pas tout te dire. Les perles
sont traitresses....



francis 05/08/2010 15:08



«  Dans la famille des blaireau je voudrais…F… »


 


Max la… « menace , » …même pas peur :-)


 


« Quand j'emprunte des paradoxes, je les rends avec intérêts.
J'enrichis mes prêteurs qui deviennent alors plus intelligents.
Le taux usuraire de l'astuce n'est jamais assez élevé… »


 


" Arthémizia " t'as tout compris...,la provoc permet d'évaluer,la culture,le sang froid,bref l'intelligence des éventuels lecteurs...  :-)





Ferré - Et... basta!

Arthémisia 05/08/2010 15:12



 


Oh oui …


BASTA !











Max 05/08/2010 14:28



Dans la famille blaireau, je voudrai le F.....s (fils ?)


Extraordinaire photo de Dorothea Lange, ses clichés pris sur les routes de l'exil du "dust bowl" et de la crise de 29 sont admirables. Incroyables regards, attitudes. Sur une autre photo (allez
voir), voyez cet homme qui a les mains jointes sur sa gamelle et qui fait face à l'objectif, sans le voir, alors que des dizaines d'autres misérables comme lui, tournés "de l'autre côté",
attendent - je le sais - la liste des quelques rares qui seront retenus et pour des travaux agricoles exténuants payés 3 dollars la journée.


Merci pour ces raisins amers Arthi. Allez aussi du côté de chez Woody Guthrie qui a tout vu, tout vécu, tout rapporté, tout chanté de cette époque qui revient lécher nos portes de l'an de
disgrâce 2010. Lisez son autobiographie et voyez aussi le film (admirable) "Bound for Glory" qui en a été tiré.



Arthémisia 05/08/2010 15:00



 


L'ange blanc
au seuil de la pauvreté....


3 dollars? Ca c'est ce que ramenait toute la famille JOAD à la fin d'une journée de labeur épuisante!


Merci de me faire penser à Woodie GUTHRIE, Max. J'ai même trouvé une petite perle sur le net ->>>


http://www.youtube.com/watch?v=WKWGAGPy_kw


 


et celle là de SPRINGSTEEN vaut aussi le détour.->>>


http://www.youtube.com/watch?v=1DEtA5fhk4k



vdi 05/08/2010 09:03



Et voilà Arthi, tu nous emmènes vers l'humanisme...et on te ramène vers la gué guerre des sexes... Tu vas pouvoir en écrire encore plein des articles comme celui-ci... Il y a du taf.



Arthémisia 05/08/2010 11:25



Mon Dieu, oui!  Il y a encore du taf!!!!!


Désolant, affligeant, et alarmant....



francis 05/08/2010 07:22




«  Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme… »


 


Sauf que ...







Arthémisia 05/08/2010 11:24



Francis, est-ce de l'incompréhension, du machisme primaire ou de la provoc'?


Peut-être n'as-tu pas lu les Raisins de la colère. Ce n'est pas une honte. Mais m'as-tu lue?


 


Hum-hum.......


Plutôt que de me lancer dans une diatribe sur la guerre des sexes et la culpabilsiation de la femme, je préfère m'en retourner prier pour les amants
:


 


"Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l'alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire, dans cet avenir qui était notre
rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé, et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant, les morts sont sans défense. Alors nos
livres croisés viendront, noir sur blanc la main dans la main s'opposer à ce qu'on nous arrache l'un à l'autre."


Elsa  - Epitaphe sur la tombe qu'elle partage avec Louis



Servanne 05/08/2010 03:09



Cette photo est merveilleuse, je dirais meme mère veilleuse et ce livre capital ...



Arthémisia 05/08/2010 11:13



Capital de la douleur pour parodier ELUARD.


Tu trouveras facilement d'autres mère-veilleuses photos de Dorothea LANGE sur le net. Elle a travaillé à cette époque sur le thème des migrants touchés par
la crise de 29 et le Dust Bowl et en a laissé un regard de femme très fort.