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1503 - Big Sur – Sea … la mer à grands fracas.

Publié le par Arthémisia

Une de mes lectures d'été..

http://img.over-blog.com/499x333/1/35/13/57/fevrier09/1McWay-Falls_Big-Sur.jpg

Beatnik désenchanté, Jack KEROUAC, à peine caché sous les traits de son héros alcoolique et drogué Jack DULUOZ, fait une tentative de ressourcement dans une cabane solitaire que lui prête un ami sur la plage de Big Sur en Californie ; mais l’impuissance, l’horreur,  et la mort le poursuivent. Il se rend compte que la folie le gagne.

Le long poème « Sea » est la retranscription finale sur les 24 dernières pages du recueil de sa perception des bruits de la mer.

Un magistral écho de toutes les douleurs du monde…

 

En voici un extrait en français  (p. 301-302).

J’ai essayé de recopier le plus fidèlement possible la ponctuation et l’orthographe si importantes dans ce texte.

Vous pourrez le trouver en VO intégrale …Il m’est impossible de le copier en entier ici ; OB le trouve trop long.

  .../...

« La mer m’a emporté

Elle m’a crié : " Va vers ce que tu désires ! "

─      Remontant en courant la vallée,

Elle ajoute dans une clameur ultime

─      " Et ris !" »

 

La mer elle-même ne peut m’empêcher de transcrire

les mots que je lirai quand je deviendrai vieux

─      Voici la carte des formes brèves

mer la plus brève de toutes ─ Chiche-toi ──

Après m’avoir effrayé ainsi, Mer,

Je vais excorier ton bouge ─ tes

algues iodées et tes cercles de fange ──

Relents du goémon creux même quand il est séché ──

── tu pues de partout

Bououm ─ Essaie cela, glisse─

la petite barque de pêche de Monterey

redescend vers le port en glissant, encore 15 milles

pour rentrer faire frire le poisson et boire la bière ──

Il suit sur la mer le trajet des oiseaux

── Argent à jamais perdu

── du ciel bleu des ponts humains

                    au massif nuage qui s’entasse au milieu de la mer ── jusqu’au gris ──

Certains garçons appellent ça bleu canonnière

ou gris, mais pour moi

c’est la Guerre Civile des Rois

── Les Rois deviennent air, les rois deviennent eau.

et roc ──

Kara tariva, muache grande bache

── pooch l’abas ── crooouch

l’a haut ── Plache au pied

P i i i i i ── Rolle test boulles ─

          Manche d’la rache ──

Le Roi joli l’emporte

sur la tête de l’oiseau qui chante ──

« Crache des idées ¹» , crache tes idées

me dit la mer, à moi, très

à propos ──

 

…/…

 

1 – En français dans le texte

21 August 1960

Pacific Ocean at Big Sur

California
 

 Big Sur - Jack KEROUAC  

Edition Gallimard - olio -1993
--------------------------------------------------------------

« Il ne faut pas se demander ce que veut dire un texte.

Il faut se demander ce que peut dire un texte. »

Emmanuel LEVINAS

cité par Daniel MESGUICH dans le 7/9 du dimanche 3 avril 2011 sur France InteAvec : une plage à Big Sur - Californie

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Suzâme 30/08/2011 15:14



Bonjour Arhtémisia,


Comment m''abandonnerais-je à cette poésie fortissimo, si intense, tellement au-delà de mes repères? Je suis si petite devant sa vision, un grain de sable par rapport à ce que voit Kerouac
et de plus je ne bois pas comme son personnage. Peut-être que dans les mêmes conditions de vie, face à la mer qui nous renouvelle,  j'entendrais ce que perçoit ce poète. Il fait peur
parce que tout remue, tout se bouscule, tout bascule et lui et le monde. Nous n'aimons pas nous reconnaître au-delà de notre miroir familier. Pourtant paradis et péril sont en
nous. J'ai failli acheté ce petit Gallimard, dans le cadre du thème "D'infinis paysages, j'ai craint que la traduction française édulcore les couleurs et les sons de Kérouac. Malheureusement je
ne suis pas bilingue.Merci pour cet extrait, que je recçois comme une vague intense sur mon visage intérieur. A bientôt. Suzâme



Arthémisia 30/08/2011 21:22



Pour moi c'est tout l'inverse : j'aime et je suis curieuse des autres miroirs que les miens, ceux que je connais trop et je suis d'ailleurs très souvent étonnée et fascinée de trouver
tant de ressemblances dans des lieux et des faits qui au départ semblent très différents.


Bien sûr je ne bois pas et la seule drogue que je connaisse est le café, mais je me retrouve énormément dans le désir de liberté qui anime ces écrivains, leur malaise dans la société, et
la quète mystique de KEROUAC. Ce qu'il écrit face à la mer est gorgé de panthéisme et face  à des éléments aussi forts que la mer, je suis assez proche de cette pensée.


 


Je sais, sans être une grande angliciste  que la traduction du poème Sea atténue fortement l'impact du texte (j'ai comparé la partie que j'ai recopiée dans cet article et
l'original correspondant) mais je pense qu'il serait dommage de refuser sa lecture pour une telle raison. Le rythme du texte, ses onomatopées, ses parties en français, tout cela contribue à en
faire un objet ravagé et l'angoisse se sent de toute façon dans la langue originale comme dans la traduction.


Quant au reste du texte, je n'ai pas eu l'occasion de le lire en anglais...et en serais totalement incapable sauf à en faire quelque chose d'extrêmement fastidieux et scolaire. Lire doit
rester pour moi un plaisir.



Nina Padilha 30/08/2011 09:15



Je n'adhère pas parce que je n'aime pas la folie des hommes, leurs soubresauts cahotiques et dévastateurs. J'ai assez de choses dans ma tête sans me coltiner des palpitations nauséeuses qui me
sont étrangères.
Voilà. Bonne journée.



Arthémisia 30/08/2011 09:26



Dommage car derrière ces soubresauts et ces cahots je pense que nous cherchons tous les mêmes choses. Le romantisme du XXème n'est pas celui du XIX mais il en est bien un.


Belle journée à toi aussi Nina



Nina Padilha 30/08/2011 08:08



Je n'adhère pas.



Arthémisia 30/08/2011 09:03



Peux tu me dire pourquoi?


Il est vrai que là, je ne te livre que quelques lignes du poème qui clôt le livre. Il y a tout le parcours du héros avant.



tilk 30/08/2011 01:01



c'est vrai...que c'est un sacré poème..cette génération de poète americain était vraiment géniale....


besos


tilk



Arthémisia 30/08/2011 09:01



Je poursuis mes lectures de KEROUAC, BURROUGHS et BUKOWSKI.


Je cherche du Allen GINSBERG pour boucler la boucle.


Ces auteurs avaient vraiment quelque chose à dire. Ils étaient dans leur époque, la vivaient mal et ce qu'ils nous en disent restent - c'est important- très actuel.


Je mets d'ailleurs en rapport le dernier grand prix du festival de Cannes, Tree of Life, de Terrence MALICK, son atmosphère de fin du monde et mes lectures de la Beat
Generation.


Certainement y a t-il là une même quête métaphysique?


 


Reste à nous questionner sur le fait qu'elle nous habite encore plus aujourd'hui. 60 ans ont passé. Nos troubles ne sont pas les mêmes que ceux de KEROUAC mais nos questionnements sont
les mêmes...


Belle journée Tilk.


A.