Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

629 - Dunkerque

Publié le par Arthémisia

 

Juliette sur Papier libre nous fait parler sur la mer du Nord...

 

Tu étais grise ou verte.  De ces couleurs de moisissures sur le pain oublié. Parfois toute blanche aussi, tes jours d'indiscipline. Tu fais ce que tu veux.  Je le sais.

Tu étais là, immense, à l'autre bout de mon œil, encore plus grande que l'ennui de toute une vie.

Tu étais froide et tu me sciais les jambes quand je m'aventurais, pour faire comme tout le monde, en ton ruban saumâtre.

Tu montais, tu descendais, tu ne savais pas ce que tu voulais. M'enquiquiner sûrement. Me faire marcher et courir aussi.

Mais tu étais glauque, opaque. Alors j'avais peur de marcher, de courir. J'étais certaine que dans ton ventre vivaient d'horribles monstres gluants, intestinaux. Il fallait donc nager dans tes bras froids, sombres et inconnus en évitant absolument de mettre les pieds par terre sous peine d'y rencontrer la mort.

Parfois c'était la pince.

Et quand tu t'étais retirée, il fallait encore marcher, encore courir parce que le vent me piquait de ses aiguilles de sable, parce que le kiosque était tout là haut vers la digue, parce que les cousins nous attendaient.

Tu fumais aussi, des vapeurs étranges, lourdes de craie, ou encore de sang, qui s'échappaient de l'ouest  par tes longues narines dressées entre les ferrailles en crachats inquiétants.

Alors ne me demande pas pourquoi je t'ai plaquée.

Tu le sais.

On ne peut pas être tout le temps du pays de son enfance...ce n'est pas vrai.

 Copyright © Arthémisia - mars 2008

Commenter cet article

. 10/04/2008 13:57

Pour la petite histoire j'ai écopé d'un zéro pointé pour une de mes rédactions composée entre l'enfance et l'adolescence où je citais ces mots, comme si j'eusse alors  attenté gravement au mythe de l'enfance heureuse. Ton texte est magnifique.

Arthémisia 10/04/2008 14:15



Heureusement  que le regard des profs de lettres a évolué!
Je connais un cas analogue d'un enfant ayant décrit son repas de Noël fait de steak frites (il n'aimait pas les huîtres et autres poulardes demi-deuil!!) et qui a eu  une sale note car son
texte nuisait au mythe de Noël.

Mon texte lui n'est qu'un mystère incompris...
Merci de ta lecture, autre...



"Jacques Prévert" 10/04/2008 12:53

"Oh comme elle est triste l'enfanceLa saison des pluies est finieLa saison des pluies recommence"

Arthémisia 10/04/2008 13:39



Merci (.) pour cette pensée doucement mélancolique qui colle bien à mes souvenirs.



Catherine 09/04/2008 21:23

Bonjour Arthi !Ca y est mon ordi est totalement débloqué. Je peux enfin m'installer à l'aise chez toi et je suis inscrite à la news, oui, oui.Ah Dunkerke, je connais bien. C'est pas trop loin de chez moi. La digue est super agréable. Mais bon si je pouvais, je crois que j'irais moi aussi dans le sud. Ca viendra peut-être...Bise

Arthémisia 09/04/2008 21:27



Bon, je suis rassurée. Je croyais à une conspiration anti Arthi!
Bienvenue dans ma antre, Catherine et au plaisir de t'y revoir souvent.

Le texte "Dunkerque" est bien sûr un ressenti très très subjectif et largement influencé par des affects douloureux...
Bises
Arthi



502 09/04/2008 19:25

Les méditerranéens, malgré tous leurs défauts, ne pourront qu'acquiscer vivement !

Arthémisia 09/04/2008 20:09



L'Homme est partout.
Arthi née là haut et  au sud depuis longtemps.



joruri 09/04/2008 12:59

La côte Normande c'est une vraie mer avec un gris féminin qui dilue des ors et des roses. Un ciel indélimitable qui se meut en scintillant d'argents...j'aime bien. On a dormi à l'hotel par là une fois, il y avait dans la chambre à coté un couple d'Allemends qui n'a pas arrêté de s'envoyer en l'air...C'est beau la jeunesse...

Arthémisia 09/04/2008 14:28



Permets moi de rectifier : "c'est beau l'amour"...Cela ferait aimer le paysage le plus laid.



passant 09/04/2008 11:08

C'est loin de la mer du Nord de Brel! Je penche vers Brel. C'est moins subjectif, donc plus vrai.

Arthémisia 09/04/2008 11:30



Ce n'est bien sûr qu'un rapport personnel.
Le but n'était pas d'être objectif mais au contraire de garder SA vérité.