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671 - Le Voleur

Publié le par Arthémisia

La dernière consigne de Juliette sur Papier Libre était de faire un portrait 
...

 

Il arrive de l'algue, de l'écume, du voyage, laissant ses longues phalanges puissamment haubanées, s'échapper du silence de sa chemise immaculée, comme un dimanche. Il sourit, frontalement, et c'est l'océan qui sourit. Il a volé ses yeux à la vague, sa caresse au poisson, son filet au pêcheur.
Il est fils de Pontos.

 

Il a volé sa voix au ciseau de Rodin, au fracas de l'éclatement. Il dit en creusant des carrières, en sculptant du Paros. Et puis, il se repose en partant sur le souffle embrumé d'un tabac, d'une plante d'au-delà.

 

Car autour de lui, pousse une forêt, une jungle chaotique, un amazonien fourre-tout de mousses, de lichens, d'orchidées anthropomorphes, de larges palmes, et de fleurs géantes qui attrapent le soleil. Il en a pillé la langueur des mangroves, la moiteur des matins d'après, l'essence des ivresses vertes.

 

Il sait le silence des solitudes peuplées et celle des déserts. Il y écoute l'air, et l'autre, y invente le berceau du moment, celui qui ne dure pas pour éviter la mort.
Il ouvre rarement son cœur, au pied de biche, au ventre de la biche, et le referme sur elle dans un rapt lent.

 

Il a volé le temps.

Copyright © Arthémisia – mai 2008

 

Commenter cet article

B. 29/05/2008 11:54

Un peu cul-cul te dérangerait-il ?
Rien de superficiel pour autant. Les pensées virevoltent, yoyotent et ce n’est pas plus mal, cela évite de se prendre au sérieux.

Arthémisia 29/05/2008 12:14



Le un peu cucul ne me dérange pas mais ne m'interpelle pas vraiment. Affaire de gestion du temps, peut-être. Affaire de priorité intellectuelle peut-être
aussi. Affaire d'age, why not?
Cela dit, j'aime bcp des volubilis!



B. 29/05/2008 00:58

Il est des hasards fleuris !  
Je me référais seulement à la chanson de Marie Paule Belle. (l’amour dans les volubilis)

Arthémisia 29/05/2008 06:17



je viens de lire les paroles de cette bluette sur le net...un peu cucul, non?



l 28/05/2008 23:39

Le rose vous va si bien ...

Arthémisia 29/05/2008 06:09



Comment pouvez vous le savoir? D'autant que je n'en porte qu'assez rarement......



Clarinesse 28/05/2008 22:33

Of course not, je suis flattée itou ! Je ne commente pas toujours, mais j'aime beaucoup ce que tu fais, et suis souvent aussi verte de jalousie devant tes poésies que tes commentaires sont roses.

Arthémisia 28/05/2008 22:40



Oh! ce rose n'est qu'une vieille histoire entre moi et ...moi...! Pas vraiment ma couleur mais elle est devenue ma marque de fabrique dans la
blogosphère,alors...puisque l'Arthi-Show doit continuer....autant qu'il soit un peu fantasque!



Clarinesse 28/05/2008 19:44

D'ailleurs, j'ajoute un panneau vers chez vous dans mes pénates.

Arthémisia 28/05/2008 21:34




Merci!
Je suis ravie de ton accueil d'autant que je me suis vue en très bonne compagnie...
J'espère qu'en retour, ta présence sur mon blog classé en catégorie "adulte", n'éteindra pas ton  enthousiasme!



Clarinesse 28/05/2008 19:39

Ce texte est sublime. Sa liberté visionnaire me fait penser à cette maxime d'or de Gracq :« En desserrant de son mieux les règles mécaniques d’assemblage des mots, en les libérant des attractions banales de la logique et de l’habitude, en les laissant « tomber » dans un vide intérieur à la manière de ces pluies d’atomes crochus qu’imaginait Lucrèce, en mettant son orgueil dans une surnaturelle neutralité, [l’écrivain] observera et suivra aveuglément entre eux de secrètes attractions magnétiques, il laissera « les mots faire l’amour » et un monde insolite finalement se recomposer à travers eux en liberté. »auquel un sort est fait ici :http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-16124116.html 

Arthémisia 28/05/2008 21:29



Merci de ta visite Clarinesse, de tes compliments (cela fait chaud au cœur,
particulièrement certains jours où la sensibilité est plus affleurante…)  et  de cette citation de Gracq
dans laquelle sans fausse modestie je me retrouve beaucoup.


Je suis aussi allée lire ton billet et ai également apprécié l’analyse comparée que tu
fais des phénomènes littéraires et picturaux. En effet, je me sens personnellement une grande nécessité de laisser les mots vivre en liberté, s’accoupler, s’éloigner, trouver des sens
complémentaires, osmotiques, agir de façon quasi organique les uns avec les autres dans l’espace du texte.


De la même manière, il m’arrive très souvent de m’en remettre aux éléments plastiques
quand je peins, j’entends, de laisser la matière et les matériaux, reposer, me parler, jouer ensemble et avec moi, voir même vivre seuls sans que je n’ai toujours besoin de les guider, ni de les
maîtriser.


Il suffit avec les mots comme avec les couleurs, de leur garder
confiance…



l 28/05/2008 18:46

Chimère-Vampire à failles : le regard, les yeux volés ne reflètent pas d'âme et la voix oubliée la voix ? 

Arthémisia 28/05/2008 18:49



Et pourtant il faut bien le (se) construire avec ce qu'on peut....



. 28/05/2008 17:32

C'est étrange ce que tu dis: j'ai hésité à mettre ce texte de Nietzsche, à cause justement du caractère apollinien que je trouvais à ton texte...

Arthémisia 28/05/2008 17:46



Je crois qu'il ne faut pas opposer ces 2 esthétiques, car il s'agit bien de cela. Elles ne sont que complémentaires ; si Dionysos est l'ardeur de la
passion, l'enthousiasme, Apollon est la connaissance, la maîtrise. Mon voleur n'en est qu'un "doux" mélange...celui ci totalement humain!



B. 28/05/2008 17:11

Il a volé le temps au temps dont l’envolée est incertaine… Volubilis aux espaces naufragés que le soleil ravive là où le ciel accueille les oiseaux.

Arthémisia 28/05/2008 17:20



Sais tu que le volubilis est le symbole d'une amitié dévouée?



"Ecce homo" 28/05/2008 14:56

Dionysos !"« Le génie du coeur tel que le possède ce grand Mystérieux, ce dieu tentateur, ce charmeur de rats des consciences, dont la voix sait envahir jusqu'aux souterrains des âmes, qui ne dit pas un mot, ne lance pas un regard où la séduction ne se tapisse, et qui a l'art - c'est un de ses grands tours de savoir paraître non tel qu'il est mais tel qu'il faut être pour lier davantage à ses pas ceux qui le suivent et les obliger à se presser plus étroitement à ses cotés pour l'escorter d'une façon toujours plus fervente et parfaite... Le génie du coeur qui force à se taire, à obéir tous les bruyants, les vaniteux, qui polit les âmes grossières et leur donne, nouveau désir, l'envie d'être lisses comme un miroir pour refléter le ciel profond... Le génie du coeur qui enseigne aux mains maladroites et impatientes le tact et la modération, qui devine les trésors cachés, la goutte de bonté et de délicatesse sous la glace épaisse et trouble, le génie du coeur, baguette magique qui révèle le moindre grain d'or enfoui dans la boue et le sable... Le génie du coeur que personne ne saurait toucher sans s'enrichir, non qu'on le quitte écrasé comme par des biens venant d'un autre , mais plus riche dans sa propre substance, plus neuf à soi qu'auparavant, débloqué, pénétré, surpris comme par un vent de dégel, plus incertain peut-être, plus délicat, plus fragile, plus brisé, mais plein d'espérances encore sans nom, plein de nouveaux vouloirs et de nouveaux courants, plein de nouveaux contre-vouloirs et de nouveaux contre-courants... »Nietzsche

Arthémisia 28/05/2008 17:10



                            
Ton commentaire m’interpelle beaucoup car j’ai longuement hésité à joindre une
reproduction de l’Ecce Homo de Mantegna à mon texte.


                        
http://www.ersep-tourcoing.net/parade/pages/pages5/image5/eccehomo6.jpg


·                              
Si je ne l’ai pas fait ce n’est pas par crainte du blasphème mais parce que le Christ
ne correspond pas à l’image que j’ai en tête.


·                                
Même si je lui souhaite du génie, du talent, quelque don et notamment la puissance
d’une grande humanité qui fait très souvent des représentations christiques des œuvres bouleversantes dans lesquelles transparait le tragique du destin à accomplir, le voleur que je décris n’est
pas dans le drame mais (ce qui existe aussi chez le Christ) dans le subtil silence du partage souterrain.


                           
La vision que donne Nietzsche de Dionysos en est bien plus proche, effectivement, mais
j’ai bien peur qu’elle soit tout autant apollinienne que dionysiaque.


                        
Merci pour ce beau texte .


·                                
 



catherine 28/05/2008 14:27

MIam, miam, j'en suis toute émoustillée!! Tu me le présenteras Arthi?Tu écris comme une déesse. Il doit être un dieu!Je t'embrasse

Arthémisia 28/05/2008 16:44



C'est quoi être un Dieu? Un terrien me suffirait bien....
bises
A.



orchis-mauve 28/05/2008 08:50

Qu'il est attirant... s'il exciste donne-moi au moins son adresse internet, s'il est le produit de ton imagination, comme je le crois, tu es une grande poétesse.bises enflammées RiresO.

Arthémisia 28/05/2008 16:42



tu te doutes bien que si ce  voleur existait, je me le garderai!
bises
A.



l 28/05/2008 03:31

Sinon j'aurais bien d'autres vagues idées.

Arthémisia 28/05/2008 06:17



Je peux savoir lesquelles?



l 28/05/2008 02:36

Eurybie masculin ?

Arthémisia 28/05/2008 06:13



Je ne nierai pas sa force mais son coeur n'est certainement pas de pierre.
Même les statues n'ont pas un coeur de pierre...



bleu virus 28/05/2008 01:21

Je  crois n'avoir jamais rencontré cette personne ! et pourtant elle me fait penser à Neptune;  impressionnant !!! Bises Arthi

Arthémisia 28/05/2008 06:09



Et pourtant je n'ai pas voulu dépeindre un dieu mais quelqu'un de tout à fait humain et terrestre.