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809 - La Statue du couloir (conte surréaliste)

Publié le par Arthémisia

 

D'où vient-il ?

Comment est-il arrivé là ?

Le double battant du sas qu'il vient de franchir claque dans son dos, sèchement.

Neigeux, le couloir déroule devant lui son long ruban sans rien pour le rythmer. Seules les portes de  droite répondent en vis-à-vis aux portes de gauche sous la lumière blafarde et meurtrière des plafonniers hurlants.

Dans sa tête s'enroule encore pleine de sucre la voix de la femme blonde. Oui, oui, c'est bien ça. Pas d'erreur ; vous êtes attendu.

Il est nu. Où sont ses papiers ? Son portefeuille? Qui est-il ? Il ne sait plus...

Sur sa tempe, glissent encore de grosses gouttes de pluie. La moquette est humide, désagréable comme une éponge, sous ses pieds.

D'une porte de gauche lui parviennent trois voix d'hommes. Il tend l'oreille. Il voudrait comprendre. Il ne perçoit pas leurs mots, juste quelques souffles, quelques cris.

Une petite fille en rouge, passe la tête dans l'entrebâillement de la porte suivante. "Où vas-tu?" lui crie  sa maman qui la retient. La porte se referme sur la gamine.

La lumière s'éteint. Une veilleuse bleue comme la mort, appelle sa main. Plusieurs cliquetis métalliques scandent le ré-allumage des néons.

Où sont ses affaires ? Son sac ? Ses vêtements ? Il devrait avoir froid. Mais non. L'air est doux, presque tropical.

Une femme de ménage africaine enturbannée le dépasse en  poussant son chariot qui couine. Il aime les couinements.

Elle se retourne sur lui et trinque à sa santé en buvant du champagne au goulot.

La statue de marbre au fond du couloir se cache dans ses draps blancs. Elle le regarde. Ils rient.

Où est-elle? La lumière s'est éteinte de nouveau. La veilleuse vite, vite !

Une main effleure son ventre. Elle est douce comme la mémoire.

Mais la femme de ménage veut déjà ramasser le tas de draps tombé sur le sol. Il lui en vole un et s'y enroule, assis par terre sur la moquette humide.

Que font ses papiers, là?

Il boit, le champagne chaud au goulot.

Demain, il partira.

Il a rendez-vous avec le vent.

 

Copyright © Arthémisia - Nov 2008

Avec : François BAROIS - Vénus callipyge

 

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anonyme 30/11/2008 13:07

" Ils sont privilégiés ceux que le soleil et le. vent suffisent à rendre fous, sont suffisants à saccager"
René Char

Arthémisia 30/11/2008 15:39



http://corpsetame.over-blog.com/article-5527685.html


 



anonyme 30/11/2008 00:35


La réalité est un garde-fous, autrement dit un asile d'aliénés.

Arthémisia 30/11/2008 09:51



Que oui!...mais ne généralisons pas!



anonyme 29/11/2008 23:42

http://www.deezer.com/track/1104621

Arthémisia 30/11/2008 00:12



Le rêve est il plus fou que la réalité? 



fbd 29/11/2008 21:53

rêves de pays enturbannés... où sommes nous, en effet? ivresse...

Arthémisia 29/11/2008 23:26



Le lieu n'a aucune importance. Le temps non plus. Seule le vagabondage libre de l'esprit et du corps compte.



juliette ou O. 29/11/2008 16:12

Un gentil courant d'air a dénudé l'une pour habiller l'autre
Bisous

Arthémisia 29/11/2008 23:25



L'air est le complice des rêveurs, tu le sais bien.



joruri 29/11/2008 13:19

Le vent s'est figé, il a capturé dans son mouvement le claquement du tissu volage.

Arthémisia 29/11/2008 23:21



Rires!



aliscan 28/11/2008 17:32

Du champagne au goulot et chaud en plus, quelle hérésie !

Arthémisia 28/11/2008 17:51



Il n'y a que Walt Disney qui idéalise les contes!