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864 - L'Etreinte*

Publié le par Arthémisia

 

Serre-moi dans tes bras. Ne parlons pas. Ecoutons-nous. Écoutons nos peaux s'accrocher l'une à l'autre dans notre nuit de Prusse.


J'ai redouté la guerre. La mort m'a envahie. Je suis allée plus loin que la fleur des mots. J'ai marché longtemps au milieu des cailloux et des ronces et je me suis assise dans la magie sans nom que seul le silence permet.

J'ai attendu, que les jours plongent dans la mer, que le ciel de sang disparaisse  en cendres, que les cris s'amenuisent dans la tiédeur des hommes, que la belle dame me caresse de ses jupons d'argent.  Elle ne te voulait plus. Quand  nous sommes duo, elle est moins arrogante et laisse la grenade susurrer ses douceurs dans le creux de nos jambes.


Serre-moi.  Serre-moi fort. Renouvelle ma chair, ma chaleur en faiblesse. Il me faut retrouver l'élan des jours défunts, la foi en nos jeux d'ombres qui m'emportent follement, et le parfum des heures où on n'entend plus rien, plus rien que les  gouttelettes de la naissance d'un monde.


Serre-moi. Serre-moi fort. Écoutons les fleurs naître sous l'onction sucrée, le baiser de lumière, le fertile arrosage de nos eaux d'escalade. Écoutons nos cailloux ricocher sur nos terres, l'écroulement des raisons, le tellurique regain du sang en nos regards.
La déroute.


Serre-moi. Accrochons-nous aux frôlements de nos cuisses, tout autant qu'à celui de nos pensées partantes. Il nous faut du murmure, de l'attentif ému. A l'heure des abandons, bien au-delà des mots qui sont aussi nos jeux, ils permettent l'étouffement de nos cris sous la vie  qui s'avance.


Éreintée, ton amplitude crachée en mon oreille secrète mènera  mon ventre à sa béatitude. Et toi le mécréant, tu t'agenouilleras et tu prieras aussi, le dieu qui n'est qu'à nous.


Copyright © Arthémisia - janvier 2009

Avec : Picasso - L'Etreinte

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Alex 23/02/2009 20:26

Ah la la, juste quatre commentaires pour ce très beau poème...! Voilà qui mérite plus de louanges, j'te l'dis ! Bon, ben j'en rajoute un petit cinquième, modeste certes, mais taillé dans le granit de l'admiration. 

Arthémisia 23/02/2009 20:33



Dans le granit? Tu es pour les trucs qui durent toi aujourd'hui. Ca fait aussi du bien de se sentir solidement en amitié comme en Amour.
Merci, merci mon Alex....



Rachelle 16/02/2009 05:47

Je trouve ca vraiment beau la façon dont tu decris l'amour à chaque fois.Moi c'est toujours dans l'horreur et les larmes lorsque je decris des moments entre un homme et une femme même si c'est censée être du bonheur il faut toujours que ce soit glauque (je dois avoir un probleme^^)Tu ecris vraiment bien en tous cas.

Arthémisia 16/02/2009 06:17



Merci de tes mots Rachelle.
Je ne décris pas. Je ne suis pas dans la narration. Je ne fais qu'écrire, ou plutôt essayer d'écrire, que mettre sur du papier l'intense accord
que j'imagine possible entre un homme et une femme. Cela reste une image, comme celles que je peins. Une illusion de midinette qui se trouve dans la nécessité de croire encore à cette complicité
si elle veut tenir le coup. Ma vie est extrémement loin de ce texte, mon Dieu si tu savais!!!!!

Il m'(est) arrive(é) aussi d'écrire des textes où les relations homme/femme sont plus problèmatiques; tu as lu celui-là, je crois:http://corpsetame.over-blog.com/article-27441161.html

Cependant je me crois totalement dans la communion avec l'Autre et j'essaie toujours de comprendre ce qui le fait agir de telle ou telle façon, surtout quand
cette façon me fait du mal. Est- ce de ma part de la bétise, de la naïveté, de la générosité?...je ne sais pas ; je crois tout simplement que certains êtres portent en eux le pouvoir de l'Amour
et d'autres pas. Les premiers ont toute ma tendresse. Les autres, je les fuis comme la peste.

Pour en revenir à ta nécessité de glauque, il faudrait que tu définisses ce que tu entends par ce terme, pour que je le comprenne mieux.
Cependant s'il  y a quelque chose de flagrant dans tes mots, c'est bien le fait de ta nécessité d'écrire ainsi. Mais pourquoi y voir un problème? Ce n'est peut-être qu'une solution positive
pour justement évacuer ce problème? Je ne crois pas qu'il faille systématiquement rejeter le mot cru, l'histoire sombre, ou même triviale. Il est des moments dans la vie, des situations héritées,
qui font que tenir ce genre de discours est un exutoire salvateur.
Mais loin de moi de faire de la psychnalyse de comptoir. J'essaie seulement de chasser de ton esprit les idées négatives que tu peux avoir sur ton écriture.
Belle journée
Arthi




Juliette 10/02/2009 18:18

Que dire, qu'écrire après avoir lu un si beau texte, sensuel et tendre ?Le relire encore et encoreBisous ma belle

Arthémisia 10/02/2009 18:20



Moi aussi,je le lis et le relis...et j'avoue que je ne me lasse pas de ...ses bras.
Merci de tes compliments, Juliette.



Frederique 10/02/2009 17:43

L'étreinte des corps, quelle résurrectiion... ! C'est très beau, plus que ça, mais les mots me manquent à l'instant !Frederique

Arthémisia 10/02/2009 17:54



Cla  laisse le silence s'installer. Toi , tu perds tes mots.
Et moi j'entends son coeur battre...
Merci d'aimer cette étreinte, Frédérique



Clarinesse 10/02/2009 13:30

Wrrouff ...(Bruit de bourrasque que fit le silence à la lecture de ce texte)Sublime. Merci.

Arthémisia 10/02/2009 16:24



Je ne sais pas. Le silence bruyant ne m'est pas un bon conseiller. Il a tendance à jouer en ma faveur et je tiens à rester lucide sur ce que j'écris.
Merci pourtant d'aimer et de le dire. De toi, cela m'est doublement cher, Cla.