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972 - Les Mots

Publié le par Arthémisia



 

(pour faire suite à un billet de Bifane)


Aucun mot ne devrait être su.

Aucun mot de devrait être tu.

Chacun d'entre eux est une œuvre ouverte*, des possibles, des ouvertures, des aléas. Des libertés.


Il est là aujourd'hui, je l'entends, je le lis. Et demain il sera 4 pages plus loin, ou bien plus avant. Je le prendrai à rebours, ou bien à rebrousse-poil. Caresse. Caresse hirsute.

Tu me l'avais dit. Je ne l'ai pas entendu. Pas attendu. Donc pas reçu.


Aujourd'hui, il se pose, et gonfle comme un ballon. L'explosion nous guette. Paf, dans le mille : il fait mal. Il fait mâle. 
Mais il est en morceau, explosé, exploré, de fond en comble, une vieille peau tant entendue, dans usée, qu'elle s'en est trouée. L'air, le vent, en font leur habitat. Il ne veut plus rien dire. Ou si peu. Banalité.


Et parfois, il pèse. On s'y attendait. Un mot comme ça, on l'entend arriver. Son futur est écrit. Obèse, obscène, il traine avec lui sa rancœur, la méchanceté, sa menace. Il va nous écraser. Dépêchons nous ! Bouchons-nous les oreilles, le cœur ! Ne laissons pas un morceau de tripe traîner sous ses syllabes. Il en ferait des nausées, des crispations somatiques.


Œuvre de chaque instant. Il va, le mot.

Et nous avec.

Car aujourd'hui encore, il se pose, et gonfle comme un fruit mur. Son jus nous guette. Sglurp, plein le gosier : il fait bon. Il fait nous.


*Umberto Eco

 

Copyright © Arthémisia - juillet 2009

Avec : Les mots - Ben VAUTIER

Commenter cet article

Ut 12/08/2009 10:34

Juste un mot, un peu usé et coupé, à cause de tout ce qu'on a bien pu faire de lui, mais... : j'aime!Et puis en plus j'ai découvert les mots de Bifane, que je ne connaissais pas... merveille!Merci à toi, grand!

Arthémisia 12/08/2009 12:02



Merci d'aimer et de le DIRE!
Cela fait du bien là, Ut



hozan kebo 09/07/2009 19:24

de MOT à MORT manque juste un Rcet air qui précisément nous manque tantet que nous essayons de respirer en écrivant des mots (faux oxygène ) (vrai poison) raaaaaahhhh vite!!!!!!!!!!

Arthémisia 09/07/2009 22:03



Entendre des mots Hozan, ça fait aussi du bien. Je dirai même que c'est une nécessité. Surtout des mots d'Amour.(contre poison?)
Mais ils sont rares.
Rareeeeeees.....!



O. 09/07/2009 09:49

Le mot se promène de phrase en phrase, d'une intonation à une autre, d'un sous-sens à un autre, il est lancé et retombe juste ou à côté ou perd son écho.Il ne faut pas se fier aux mots, Bises

Arthémisia 09/07/2009 09:59



Et pourtant ils sont parfois si authentiques.
Rester lucides et vigilents, voilà peut être une bonne attitude...mais aussi savoir accueillir le cri de l'autre. Ne jamais, jamais, fermer sa porte.
Le mot appelle tant le jugement....



"Les mots" 09/07/2009 09:29


C’est cette lutte continuelle entre la sensation qu’il faut conserver telle qu’elle est, qu’il faut faire entrer dans les mots, des mots qui la figent, des mots qui la déforment, des mots qui la grossissent, c’est cette lutte continuelle entre la force du langage qui entraîne et détruit la sensation et la sensation qui, elle aussi, détruit le langage. Le langage doit survivre malgré la sensation qui passe à travers lui et qui le déforme, comme la sensation doit survivre malgré le langage qui la rend extérieure, belle, etc. Toute la littérature est impliquée là. N S.

Le texte ci-dessous est extrait de "Le langage dans l’art du roman", 1969.

Le langage n’est essentiel que s’il exprime une sensation, s’adapte à elle, lui donne vie, encore faut-il que cette sensation soit une sensation vivante, et non une sensation morte. C’est-à-dire : il faut que ce soit une sensation nouvelle, directe, spontanée, immédiate, et non déjà cent fois exprimée.
Les sensations déjà connues, rebattues, qui ont déjà fait l’objet de maintes expressions littéraires, s’expriment dans des formes conventionnelles : le langage qu’elles utilisent est déjà fixé. Il a perdu la fluidité, la souplesse, la force d’expression, le pouvoir de suggestion, la singularité, la fraîcheur...
Pour permettre à ces qualités de se manifester, il faut que le langage s’attache à recréer, avec tout l’effort que cela comporte et avec toute la passion et la conviction qu’un tel effort exige, une sensation neuve, encore inconnue.
C’est cette découverte de sensations inconnues, cette vision (pour employer un mot si galvaudé qu’on hésite à s’en servir), cette vision neuve du monde ou d’une parcelle du monde, qui préserve le langage de l’académisme, de la sclérose dont il est constamment menacé.
Elle oblige le romancier à le rendre percutant, à écarter quelques formes mortes qui écrasent la sensation neuve, à s’attaquer à quelque chose d’encore inexprimé qui résiste, et à créer un langage à lui, bien vivant.
C’est cet ordre de sensations neuf qui donne au langage littéraire toutes ses vertus. Des vertus dont toute l’oeuvre est imprégnée. Elles se dégagent de chaque page, de chaque phrase. Elles sautent aux yeux dès le premier abord.
Car imaginez ce qui se passerait si le romancier abandonnait cet élément fondamental de son art : la découverte, le dévoilement de sensations encore inexprimées.
Il pourrait se contenter de rendre des sensations banales, se contenter d’une vision banale. Celle de chacun de nous.
Il ne chercherait qu’à ajouter à notre expérience, une expérience prise au même niveau, dans un même ordre de sensations : celle que nous pourrions faire par nous-mêmes.
Il chercherait non à dévoiler un ordre de sensations inconnu, mais à ajouter aux sensations déjà éprouvées par nous des sensations de même nature et qui, ayant perdu toute fraîcheur, étant connues et intégrées à notre réalité ne seraient que des significations, sans plus.
Alors de quel langage se servirait-il ? D’un langage banal et usé. Il écrirait, pourquoi pas ? "La marquise sortit à cinq heures." Car à vision plate, langage plat : la sensation et le langage ne font qu’un.
Nathalie Sarraute

Arthémisia 09/07/2009 09:57



Lecture qui me demande du temps que je n'ai pas aujourd'hui. J'y reviendrai.
Merci

.../...
Je reviens pour abonder dans le sens du lien entre sensation et mot. Et déplorer que dans ce monde socialement asseptisé, de vocabulaire restreint, et de " bonne éducation" , le dire défaille
souvent sous prétexte de ne pas dévoiler, se dévoiler. La mise à nue est interdite alors que -chose étrange- le corps s'expose de plus en plus.