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1018 - Le Broyeur de perles

Publié le par Arthémisia



 

Il ignore les clartés, se moque des lumières, de leur fête au matin. Il ne sait pas la purification argentée, le sacrifice au Beau.

Il ne sait rien des surfaces diaprées, des iris de lune, de reflets d’eau et des morceaux de lait.

Devant la machine brune, il ne distingue pas les blanches de bébés, les rosées de prairies, les grisées de nuitées, les bleutées d’Atlantique.


Il ne connaît pas mieux leur profond, leur intime, leur cœur de chair humaine, leur âme de poupée. Leur ventre.

 

Rien ne fait question. Rien ne l’interpelle. Il ne sait que jouer de ses lames et crisper ses mains au bord des rouleaux d’acier.

Le broyeur se moque, se moque de tout. Il broie.  C’est tout. Il broie des perles, des perles humaines, par pelletées.

ll remplit la bedaine de métal et retourne manger : il a bien travaillé.  

Et ses bocaux se gorgent de poudre. De poudre à récurer.

A récurer les âmes, les âmes dorées.

A récurer les âmes trop enfiévrées.

 

Copyright © Arthémisia  - septembre 2009


Avec
 : Marcel DUCHAMP – La Broyeuse à chocolat – 1914

Commenter cet article

Briesing 15/09/2009 21:15

J'aime beaucoup ce texte. Et je découvre ce Duchamp que je n'avais jamais vu. Merci !

Arthémisia 15/09/2009 21:18



Je crois qu'il faut le voir comme un travail préparation au Grand Verre. DUCHAMP était fasciné par cette machine vue dans une vitrine, par toutes
les machines qui pour lui avaient de fortes connotations sexuelles.
Merci de ton passage, Briesing.



marlou 13/09/2009 19:56

Le broyeur ne voit pas la beauté, il ne peut la comprendre, mais la perle vivante existera toujours, quoi qu'il fasse !

Arthémisia 13/09/2009 20:19



oui, je veux y croire, comme des grains de raisins qui viennent tous les ans sur les ceps et nous offrent le vin.



Semeuse 13/09/2009 10:04

C'est fou comme le mot "ventre" a le pouvoir de nous emmener au tréfond.Superbe texte !!Bizzzzzzz

Arthémisia 13/09/2009 11:49



retour aux origines probablement....
Bises et merci de ton passage, Semeuse



Brigitte Lascombe 13/09/2009 08:34

Un superbe article où l'homme se broie lui même au sang de sa non-vie!Bon dimanche la toulonnaise!

Arthémisia 13/09/2009 11:48



A broyer les autres on se détruit soi-même



Enriqueta 12/09/2009 21:49

Coeurs broyés, âmes broyées, vies broyées...

Arthémisia 12/09/2009 21:56



Celle du broyeur est tant laide....



nora 12/09/2009 09:48

Un texte qui m'a remuée. Ta réponse à Bifane aussi, très juste. J'en connais aussi... des regards vides, des émerveillements morts, des enthousiasmes refoulés, des conduites stéréotypées, uniformes pour l'informe et le quelconque et surtout l'absence de vibrations.La beauté ne se définit pas, elle se savoure. On en jouit, si on peut.J'ai connu Bifane "ailleurs" et je dois dire que je l'apprécie bien mieux dans son rôle actuel. Qu'il le sache. Il est sage.  Belle journée, Arthi ! Tu me parleras des cours d'histoire de l'art ?

Arthémisia 12/09/2009 20:56



Merci de ta visite, Nora ; Je suis un peu surbookée en ce début d'année scolaire et ai peu de disponiblités pour le net mais il est beaucoup d'entre vous qui
me manquent énormément. Mes lecteurs font aussi partie de la Beauté que je reçois quotidiennement.
Bifane et toi, y contribuaient entre autre.

Je laisse les broyeurs de perles à leur stérilité. Je suis bien avec vous.

Les cours d'histoire de l'Art? Tu veux parler du nouveau programme d'Histoire des Arts évaluable pour le Brevet des collèges?

Belle soirée.
Bises
Arthi



juliette 11/09/2009 22:56

Il en est de ces broyeurs de vie, Ont-ils une âme ?

Arthémisia 12/09/2009 20:46



Peut-être mais pas comme la mienne.



Renard 11/09/2009 18:57

Broyer par indifférence, lassitude, méchanceté???Broyer pour éteindre ce qui est bon de la vie..Broyer ce qui est beau par peur d'en être écarté..Broyer ce qui est bon ou juste pour ne pas avoir à y participer..Broyer pour ressentir la joie maudite de ceux qui font le mal... qui voient bien qu'on ne les comprend pas..Il y en a tant comme ça... 

Arthémisia 11/09/2009 19:01



Broyer par défaut de regard.



hozan kebo 11/09/2009 18:28

Le broyeur se moque, se moque de tout. Il broie.lisant cette phrase j'ai irrésistiblement pensé au vieil Hanta qui dans "une trop bruyante solitude" du génialissime (et trop méconnu encore) Bohumil Hrabal , passe sa vie à broyer des ..livres !
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Arthémisia 11/09/2009 18:55



C'est qui ce génialissime Bohumil Hrabal? Tu  peux m'en dire plus!
Et pourquoi son héros broie -t-il des libres? Il fut une sale époque où on les brûlait, mais la symbolique est différente (si je peux parler comme
ça de ce qui n'a pas été un symbole...)



Bifane 11/09/2009 14:11

Ou peut-être aussi que ça se prend ? Tu crois qu'on naît moches ? Qu'on devient beau au fil du temps ? Je ne vois pas de laideur dans un nourrisson, je parle de la laideur qui souille l'humain en général. Je ne la vois pas non plus chez le petit enfant. Je la découvre plus tard, quand il grandit, quand certaines tares commencent à lui devenir naturelles, encore n'est-ce qu'une fausse piste dont il peut revenir, si le guide s'en soucie... La beauté plus tardive, plus belle aussi parce que choisie, fruit d'une quête décidée, je la trouve d'autant plus rare qu'elle n'a aucune valeur aux yeux du monde tel qu'il est. Encore une fois, je parle comme toi de beauté humaine, on pourrait dire de noblesse... Je vois aussi comme les gens peuvent y être sensibles de différentes façons. Les uns avec admiration, les autres avec hostilité, chacuns avec leurs raisons. Celui qui la broie de la mépriser, qui ne la voit même plus tant elle ne représente plus rien à ses yeux, je continue de me demander ce qui s'est brisé en lui, quand, comment, pour en arriver là. J'ai le souvenir d'un homme qui n'aimait plus rien, qui n'avait plus de goût à rien, que l'art laissait de marbre, que les mots indifféraient, que le rire même dérangeait à peine. Et je me souviens d'une infinie tristesse dans ses yeux, à peine consolée des mots babillés par un p'tit gamin, l'image sans doute de sa dernière joie avant de s'éteindre. Le souffle est parti longtemps après la flamme. Il n'aimait rien, il broyait de son indifférence et parfois de son hostilité ce que d'autres aimaient... J'observais sans comprendre, sans solution, et je savais qu'une part de lui pleurait en silence, qu'il ne laisserait jamais plus voir, à personne. Là-dessus, j'avais presque raison... Bon, je me tais. Je cause comme un moulin, ça fait des lignes à n'en plus finir... A plus, Arthémisia...

Arthémisia 11/09/2009 14:57




Non, je ne crois pas qu’on nait moche. L’homme est le Beau.



Mais je crois à l’éducation des sens, au bain de Beau dans lequel on nous baigne ou pas dès notre naissance. C’est une manière de voir le monde à laquelle on habitue
l’enfant, une expérience intellectuelle et émotive dont il bénéficie ou pas. On fait de l’important pour lui ; on l’éloigne de son animalité, des plaisirs purement physiques (remplir son
ventre, faire pipi et caca, avoir chaud, etc…) pour lui offrir des « épiphanies » : on lui montre la fleur, le reflet, le profond du ciel, l’âme du vieillard, la force de Michel
Ange; on tend son oreille vers l’oiseau, le mot du poète, la note de Schubert ; on lui fait toucher le velours, la peau, le cheveu d’or et respirer le bois, le linge propre, le creux d’un
corps. On lui donne un jus de fruit frais



Celui qui n’a reçu que le comblement de son ventre, qui n’a côtoyé que les Mickeys de Disney et les banlieues crasseuses, qui ignore l’espace de la curiosité au-delà
de celle de son écran cathodique,  qui n’a jamais vu quelqu’un lire….(j’en vois tous les jours des enfants comme ça, crois moi) …qui n’a jamais fait
(car faire c’est aussi un nid de Beauté) ignore la Beauté.



Et bien sur parfois, arrive un événement tragique et paf ! malgré notre éducation, on perd tout. Le cas que tu cites est tragique :  cet homme  a su et il se retrouve sans rien pour accrocher son cœur. La beauté était rentrée en lui mais y était
morte.



Qu’avait il pu vivre de si douloureux pour abandonner ce cadeau ?



Bon avec ça  je n’ai toujours pas répondu à ton mail et mon ménage m’attend !!! Suprême
plaisir !



Tu m’auras toujours quand il s’agit de ce sujet !



tilk 11/09/2009 14:01

bel article ! ! !besostilk

Arthémisia 11/09/2009 14:37



Kiss-Kiss!



Bifane 11/09/2009 13:17

Qu'est-ce qui peut l'avoir broyé lui-même pour que ses yeux se soient si bien fermés ?

Arthémisia 11/09/2009 13:35



Peut être jamais ouverts: la Beauté ça s'apprend....



Kranzler 11/09/2009 12:54

Corset d'Ames ? Elles doivent se sentir à l'étroit:::

Arthémisia 11/09/2009 13:35



si irradiants pourtant ...



Ut 11/09/2009 08:54

Très beau; comme le manège de vie qui perd les enfances et les rêves; que même la mort n'arrête pas.Ces broyeurs de perles sont partout! Et nous n'avons que le beau pour lutter.. le beau dont il est aveugle!Alors il faut faire de la résistance passive: faire semblant de se laisser broyer... et aller rire ailleurs, là où il ne sait pas!Doux baisers en forme de perles colorées, pour construire  la barricade à bonheurs.

Arthémisia 11/09/2009 13:38



Hier je me suis encore offert un collier ...fantaisie!