Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

1019 - La Bête aux mille yeux

Publié le par Arthémisia



 

La Bête aux mille yeux le suivait partout. Du moins en avait-il l’impression.

Il croisait son regard multiple au coin de toutes les rues, dans tous les couloirs, derrière toutes les portes, assis à la même table que lui, là dans le même magasin, et sur le même trottoir.


Elle n’était pas savante, la bête, même pas intelligente. Sa force c’était son œil pluriel et mobile. Répété. Son œil rond, de gros poisson idiot, ouvert à 360 ° comme un compas vicieux sur un monde en inspection.

Son… ses yeux cons.


Il aurait très bien affronté une paire de ces yeux. Cela aurait même pu finir par une sorte de sympathique respect.

Cumulés, les yeux devenaient son angoisse, une unité femelle, glauque et méchante, qui le mettait sans cesse en défaut.

 

Mais la petite flamme bleue cachée au fond de son cœur, brûlait toujours.

Il savait très bien que cette petite flamme était la plus pleine d’énergie, celle des racines, celle des « tout-bas » près de la source, celle des origines, des origines de sa pensée.

Autant dire la plus dangereuse.

Un jour cette flamme pouvait tout faire exploser. La Bête surtout.

 

Alors il entra dans la douche et se lava avec un soin rageur. Il fallait chasser tous ces horribles regards qui risquaient de rentrer en lui  et revitaliser son âme dans les effluves du vétiver.


Copyright © Arthémisia – septembre 2009

Avec : Nicolaï FILATOV à la toilette (1980).

Commenter cet article

marlou 15/09/2009 18:56

Le regard peut tout te donner ou tout te prendre...Une hantise ?

Arthémisia 15/09/2009 20:44



Pas pour moi. pour lui. Et par sa multiplication.



Bifane 14/09/2009 15:20

Ah ouais ? Fut un temps où ça me gonflait méchamment de "faire jeune" : à seize ans, on m'en donnait douze, t'imagines comme c'était réjouissant ! Warf ! Depuis, ça va mieux.Pour l'épâule, bin on va faire comme ils ont dit à l'hosto, puis on verra ce qu'on peut faire pour le destrier, qu'a pas bien aimé se retrouver les naseaux dans la poussière... Enfin, parait qu'elle est pas trop amochée...Merci pour les bons voeux, et je prends les bises avec, vu qu'à cette heure, c'est itou : y'a pas encore trop de monde  Du coup j'en profite pour t'en retourner de ma fabrication artisanale à moi !

Arthémisia 14/09/2009 15:38



Tout droit de la campagne, les bisous? Ca sent la fleur des champs, la mousse et la terre tout ça!!!
Pour l'urbaine que je suis, du miel!
Prends soin de toi.
Arthi



Bifane 14/09/2009 14:56

Arf ! Je m'étais pas gaffé que ça pouvait prêr à confusion ! Waaaarf !La seconde, elle est au bout du bras que j'ai enveloppé dans un genre d'écharpe high-tech, ceinturée par-devant, collé-immobilisé au corps, pour que ma pauvre épaule puisse se ressouder correctement, attendu que je m'en suis pété l'omoplate hier soir, dans une jolie sortie de route, sur mon fier destrier mécanique... Ahem... a bobo !La bonne nouvelle, c'est que je suis toujours là. C'est ce que je me dis quand ça me lance... Qué couillonnade, ô malheureux !

Arthémisia 14/09/2009 15:12



Bon , tu l'avais un peu cherché!
Je parle du, de la ...confusion.

Mais je compatis à ta douleur, à tes difficultés d'écriture et à tes bredouillements: tu es probablement encore sous le choc.
Voilà ce que c'est de croire qu'on a toujours 20 ans....(même si tu fais super jeune sur la photo de ton blog...)
Bon rétablissement
Bises
A.



Bifane 14/09/2009 14:48

Eh ouais, mais c'est un coup de l'hostile technique, qui bégaye pour nous égarer ! Elle veut not' peau, avec ses mille yeux, tu penses qu'elle s'en fout ! Elle veut juste nous faire loucher à plus reconnaître nos côtés !Et puis pardon, mais j'ai une excuse de première bourre : j'ai plus qu'une main en service sur le clavier, c'est pas commode !

Arthémisia 14/09/2009 14:49



je n'ose pas te demander ce que tu fais avec la seconde? !!!!



Bifane 14/09/2009 14:24

D'abord, ça m'évoquait beaucoup Orwell, et puis, comme chaque fois que j'y songe, je me suis dit que nous y étions déjà. Et c'est un fait : nous y sommes ! Les regards de tous, c'est comme un seul regard, déshumanisé, un regard de machine, un regard espion, qui nous juge à l'emporte-pièce, sur les canons en vigueur, le correct, le présentable, l'acceptable, et au regard duquel ce n'est évidemment jamais assez. Les prisons les plus sûres ont des murs humains, aux miradors volontaires, à tous les coins de rue, à tous les coins de vie. Le bétail s'ébroue là-dedans, avance en tournant en rond, au rythme voulu, dans le sens commandé, dans les limites acceptées. Et jamais les tyrans n'ont eu autant de pouvoirs que depuis que les esclaves le leur ont donné servilement...On imagine souvent des machines, des ordinateurs, des caméras, des traceurs, des surveillance électroniques multiples. Et elles existent, en effet, mais l'oeuvre humaine, où l'individu renonce à juger et pser le bien et le mal de lui-même, pour se fondre dans un prêt-à-penser commun, voilà la plus terrible machine à broyer l'humanité. Et chaque fois qu'un humain laisse la masse décider pour lui, juger à sa place, condamner par la vox populi, il resserre un boulon de la machine, ou, pour rejoindre ta bête, il lui ouvre un nouvel oeil...

Arthémisia 14/09/2009 14:29



2 fois , ça fait 2000...je vais finir par avoir la trouille!!!



Bifane 14/09/2009 14:23

D'abord, ça m'évoquait beaucoup Orwell, et puis, comme chaque fois que j'y songe, je me suis dit que nous y étions déjà. Et c'est un fait : nous y sommes ! Les regards de tous, c'est comme un seul regard, déshumanisé, un regard de machine, un regard espion, qui nous juge à l'emporte-pièce, sur les canons en vigueur, le correct, le présentable, l'acceptable, et au regard duquel ce n'est évidemment jamais assez. Les prisons les plus sûres ont des murs humains, aux miradors volontaires, à tous les coins de rue, à tous les coins de vie. Le bétail s'ébroue là-dedans, avance en tournant en rond, au rythme voulu, dans le sens commandé, dans les limites acceptées. Et jamais les tyrans n'ont eu autant de pouvoirs que depuis que les esclaves le leur ont donné servilement...On imagine souvent des machines, des ordinateurs, des caméras, des traceurs, des surveillance électroniques multiples. Et elles existent, en effet, mais l'oeuvre humaine, où l'individu renonce à juger et pser le bien et le mal de lui-même, pour se fondre dans un prêt-à-penser commun, voilà la plus terrible machine à broyer l'humanité. Et chaque fois qu'un humain laisse la masse décider pour lui, juger à sa place, condamner par la vox populi, il resserre un boulon de la machine, ou, pour rejoindre ta bête, il lui ouvre un nouvel oeil...

Arthémisia 14/09/2009 14:27



Souhaitons que mon héros, arrive à se détacher de ces regards et que lavé et parfumé, il reste infiniment lui, armé de sa petite flamme
bleue.



O 14/09/2009 09:06

Cette bête me faot penser à la mouche au multiple regard, pollueur....Oui, il faut se laver longuement et épandre autour de soi les effleuves de la beautéBises désinfectées

Arthémisia 14/09/2009 09:30



je respire ces parfums de propreté à plein nez.
bises
A.



Ut 14/09/2009 08:49

Une unité femelle?Le monde femme qui ne cesse de juger, partout, tout le temps?Et LA femme, alors? celle qui lui donnera le dedans, le "tout bas", les yeux grands ouverts dans un rire à décapiter la Bête?Je t'embrasse ma Belle.

Arthémisia 14/09/2009 09:30



Je crois qu'il l'espère...un peu  mais sans trop y croire et avec beaucoup de lucidité.
bises
Arthi



Renard 14/09/2009 00:51

Impressionnant cette idée de tous ces regards venant d'un même être... moi, j'ai l'impression que c'est lui qui se connait tellement bien qu'il se voit sous toutes les coutures, et ça le dérange....Mais ce n'est que mon idée bien sûr...Bises de la nuit à toi 

Arthémisia 14/09/2009 06:49



Je crois qu'au contraire il attend le regard qui se détachera du groupe, se désolidarisera de l'affreuse masse des juges, le vrai regard humain qui, d'égal à
égal, le révélera à lui-même.
Belle journée Renard.