...Et si ce n’était que le blog d’une rencontre entre le mot et l’image, entre
l’introspection et la monstration, entre la réflexion et la mise en œuvre, …d’une rencontre issue d’un enrichissement par l’aphorisme, la nouvelle, le poème ou même le simple questionnement
… ?
"...La vie créatrice est si près de la vie sexuelle,
de ses souffrances, de ses voluptés,
qu'il n'y faut voir que deux formes
d'un seul et même besoin,
d'une seule et même jouissance. "
Rainer Maria RILKE - Lettres à un jeune
poète.
Quand vous en aurez assez des divertissements mièvres, des machines à s’esclaffer, des programmes d’évasion tirés à des millions d’exemplaires,
Quand vous en aurez assez de ces brèves caricatures de carnaval de Rio qui vous invitent à oublier en quelques heures vos misères morales de toute l’année,
Quand vous en aurez assez de cet audio-visuel où tant de vedettes ont le visage bouffi et sudoripare de ceux pour qui surenchérir dans le crétinisme est un métier en or,
Quand vous en aurez assez de ces journaux où serpente lubriquement le désir de vous suborner, de vous allécher ou de vous violer,
Quand vous en aurez assez de voir les boules du Loto faire office d’espérance sur terre, entre la mort de Dieu et la morgue des astrologues,
Quand vous en aurez assez des moyens que vous offre la société pour tuer le temps, alors que ce temps vous auriez bien envie de n’en perdre ni une goutte de son nectar, ni une miette de son ambroisie,
Quand vous en aurez assez de la frivolité érigée en planétarium de parlotes et retombant, flasque, en pluie de lieux communs, dans les réunions de plus de deux,
Quand vous en aurez assez d’écouter ceux qui n’ont rien à vous dire de l’ordre de la splendide subversion d’être,
Quand vous en aurez assez des antidépresseurs,
Quand vous en aurez assez de ne tressaillir du corps et de l’esprit qu’en vertu des médiocres titillations que vous sont vendues à cet effet,
Quand vous en aurez assez de croire, sur la foi mauvaise de ceux qui en tirent profit, que la paresse est un droit délicieusement moderne, dont l’énergie serait la désuète et fatigante contre-indication,
Quand vous en aurez assez de tout cela, puisse alors vous effleurer, ne serait-ce que vous effleurer, l’idée qu’il doit bien y avoir quelque part une autre façon de vivre, même si cette façon, son souci n’est pas d’avoir bonne réputation.
Même si on a toutes raisons de penser qu’elle est plus souterraine qu’ostentatoire, parfois invisible à l’œil nu, discrète dans la rue, passante indistincte, fascinante comme par inadvertance.
Et j’ai l’intuition que dans cette autre façon de vivre, il se passe des choses qui défient l’entendement, plus souvent qu’à leur tour. Certes, les signes extérieurs de richesse y sont bannis, ainsi que le racolage spirituel, ou la course au paraître. De prime abord, on dirait une gravité, mais alors très animée, avec de l’effervescence, beaucoup d’effervescence à l’intérieur. Une gravité qui aurait tordu le cou au sérieux, et festoierait sur sa dépouille. Une gravité qui apprendrait à son sous-sol à faire la fête et aurait elle-même, à l’occasion, des jambes de danseuse sous un rein de félidé. Une profondeur peuplée, parfois encombrée, un vaste chantier où on s’activerait, sans répit, à des projets de stricte nécessité, comme l’évitement des gâchis de l’existence. Tous les arts y sont permis, pourvu qu’ils s’opposent à la médiocrité générale. Je veux dire par-là qu’il doit bien y avoir aussi, quelque part, une autre façon de se sentir léger, inconnue dans le monde des cochons climatisés, ou des grutiers du bonheur. Qu’il doit bien y avoir d’autres façons de prendre du plaisir, de souffrir, d’espérer, de penser, de dépenser, d’aimer, de haïr, et d’aller à la rencontre du vieillissement et de la mort.
Je veux dire par-là, enfin, qu’il doit bien y avoir, quelque part, une autre façon d’être ensemble, de partager, d’échanger. Et même qu’il doit bien y en avoir une, quelque part, qui, issue de la scatologie primitive, a su se construire cette pyramide de toutes les sensations à la pointe de laquelle on peut distinguer, par temps clair, ce qu’est une vie vécue en ce qu’elle a d’essentiel, non en ce qu’elle produit de résiduaire. Il doit bien y en avoir une. C’est ce que je me dis, quand je n’en ai pas encore assez de voir la Beauté aider à se tenir debout les porteurs de leur propre histoire, devenue écrasante, arrivée à son terme.
Marcel MOREAU – Lecture irrationnelle de la vie
Avec : Sol LeWitt – Pyramide à quatre côtés
1999 - Blocs de bétons et mortier
Jardin des sculptures d’Art – Washington D.C.
…et parce que vous êtes en haut de ma pyramide.
TOUS
TOUT FRAIS
TOUT TRIER
TOUT VOUS
LA TOO
Retrouvez mes modestes
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de
© Papier libre,
© Cyr,
et © Connivences.
TOO MUCH !
TOUT-TOUT
RECOMMANDER
Pour les antidépresseurs, quelques fois... Rire!
Il ne faut pas chercher très loin Arthi: nous sommes la réponse, intrinsèquement.
Il suffit de regarder dedans et de respirer avec l'âme... et le tour est joué! (Nous ne sommes pljus atteignables par la médiocrité)
Baisers doux.
Ce texte m'a été donné et surtout lu lundi dernier par un ami théâtreux à ses heures. Ses mots, et le ton qu'il mettait dans son interprétation m'ont fait croire qu'il essayait de s'auto-convaincre. C'était plein de rage.
J'ai tout pris dans la poire.
Une belle marmelade à redigérer pendant quelques jours.
Ca m'a nourrie.
Je respire mieux grace à lui. A toi. A plein d'autres cubes de ma pyramide.
Merci.
Bises
Arthi
Merci à toi beaucoup, beaucoup, beaucoup...
J'en ai bu jusqu'à plus soif aussi! T'inquiète pas!
(Je n'ai pas encore lu le livre mais je me le garde sous le coude c-à-d dans ma bibilothèque des "en attente" )
Merci de ton passage Renard.
Il y a longtemps, tu le sais, que j'ai abandonné la mievrerie de la mode, qu'elle soit musicale, vestimentaire ou d'humour et de divertissement
Ce n'est pas facile, mais en s'abstrayant de ce monde futile, on trouve dans une solitude habitée, tant de richesses.
Elles ne sont pas loin, et tu es là chère AZrthi
Nauséabonde, cette atmosphère me débecte et arrive à me mettre très mal à l’aise. Ce n’est pas facile de trouver sa place dans un tel monde.
Heureusement, quelques extra-terrestres hantent mes pensées.
Je ne veux pas verser dans un fatalisme noir et sans issue, ce n'est pas mon tempérament, mais j'ai lu et relu ce texte de ton ami, et il n'est pas un de ces ras-le-bol, pas un seul, que je n'ai moi-même ressenti ; et je comprends qu'il te l'ait lu dans un souffle de rage, parce que je ne vois pas comment on pourrait le lire autrement. Mais j'ai parfois ce sentiment désespérant que le monde ne veut pas d'un autre horizon, que les êtres ne veulent pas que leur sort change.
Ce n'est pas que je me résigne : ça ne m'a toujours pas convaincu de renoncer. Je continue d'avoir des colères paradoxales, en ce sens que je les tiens pour saines et vivantes, quoique je sache tout aussi bien comme elles sont inutiles. Quelquefois, il m'arrive d'en recevoir le retour comme d'un boomerang qui n'aurait rien rencontré dans son vol. Alors, oui, l'à-quoi-bon m'écrase, comme s'il allait m'anéantir.
Dans ces moments-là, je recherche le souvenir des perles rares : ces quelques occasions où je me suis dit en mon for intérieur que ça me réconciliait avec le genre humain, que ça me redonnait l'envie de croire en lui, en sa capacité à se dépasser, à atteindre au sublime. Perles rares, si rares. Et après lesquelles il est toujours si dur de retomber dans la tristesse du commun et du banal, du vain et du prétentieux, de toutes ces heures vaines, de tous ces efforts inutiles... Mais ces perles rares... Les vivre ! Les éprouver ! S'y éblouir les yeus et l'âme jusqu'à sentir le feu essentiel de l'humanité ! Quelle beauté...
Chaque fois, je me suis fait cette même réfléxion qu'il faudrait ne jamais vivre que pour ça. Et chaque fois, je me suis mis à le rechercher partout, tout le temps et avec tout le monde, comme pris d'une fièvre ou d'une folie. Les regards que je recevais en retour étaient interloqués, ne comprenaient pas, voire même semblaient craindre je ne sais quoi. Qu'est-ce que je leur disais de si terrible ? Bah... je reprenais un peu quelque chose d'approchant avec le texte de ton ami, je crois, je me faisais prêcheur, mais prêcheur sans dieu ni maître, avec pour seule foi et seul dessein l'humanité et ce dont elle est capable, potentiellement. J'y ajoutais l'urgence de quitter ces chaînes qui nous broient, ces prisons qui nous volent l'horizon, ces lubies imbéciles qui nous courbent et nous contraignent à tout donner pour des fins vaines, stériles...
Je ne dois pas être bon prêcheur. Je ne rencontrais quasiment jamais d'opposition nette et tranchée, mais je voyais bien qu'on n'acquiescait que pour mieux me fuir...
Puis je rentrais dans mon silence, duquel je sors assez peu dans mon quotidien, si ce n'est quand j'ai le sentiment qu'on pourrait avoir un regard vrai, une parole sincère et sans masque, un échange où chacun laisserait tomber son déguisement pour se laisser voir tel qu'il est, et tel qu'on l'aimerait sans doute. Mais ces fenêtres sont rares...
Il faut cependant continuer d'être en quête de ça. Parce que vraiment, il n'y a pas de meilleure raison de vivre. C'est sans doute se risquer à prendre pas mal de portes dans le nez, mais ça en vaut la peine : pour ces fois-là où la porte s'ouvre, où l'on entre et où il se passe quelque chose : un vrai contact, un vrai morceau de vie.
Si je trouve un jour le moyen de le vivre en permanence, je n'hésiterai pas. En attendant, je prends le peu que je trouve, et si mon sentiment est souvent que c'est trop peu, il me reste assez de vie encore pour me dire que c'est déjà ça, et pousser ma quête plus loin...
Je comprends aussi fort bien que ce texte t'ait remuée. C'est vrai qu'il réveille pas mal de choses... Je crois, du coup, que j'ai été un peu trop long... Désolé...
Marcel Moreau…mon ami…ne nous emballons pas. Pour le moment, je n’ai lu que ce texte de lui…Mais ça m’a bien plus car il met le doigt là où moi aussi j’ai mal. On se sent moins seul(e) dans ces cas là !
Et moi, moi, moi (j’en connais qui ne vont pas se gêner pour me traiter de narcissique !...j’m’en fous !) je VEUX d’un autre horizon !
Comme je l’ai dit à Catherine c’est tellement rassurant de tout laisser couler, de tout accepter sans réagir.
Aucune colère n’est inutile, même si son résultat n’est qu’une grande respiration personnelle. La chose est dite, hurler parfois, et bon Dieu, ce que ça soulage !
Tu parles de perles rares. Je parlerai de miracle…mais cela revient au même, à ce qui fait du bien, ce qui fait entrer le Beau en nous, du Bon en nous, à quitter la norme blablatisante de la beaufitude sociale.
Oui, restons ouverts et accueillons ces infinies particules d’authenticité même si on nous targue de « zinzins », d’allumés, d’asociaux, de marginaux.
Quant à prêcher, le verbe est tant connoter…Que la force de nos choix, de nos convictions et de nos parcours soit visible par autrui,cela doit être suffisant. S’il n’en reçoit, n’en perçoit rien, je ne m’acharnerai pas. Nous ne partagerons que la salière et un discours de convention.
Mes bises du soir.
Arthi
(je ne comprends pas : ça sort du cadre. Et puis zut! Ca colle bien avec mes propos, alors je ne vais pas me prendre le chou avec ce bug!)
Notre regard sur le monde et la façon dont le monde vient à nous changent et évoluent en fonction de nos propres changements..
Nous bâtissons le monde à partir de nous-même..Je connais des sages de l'Inde ou d'ailleurs qui vont plus loin et qui disent que le monde n'est qu'illusion, que nous le fabriquons à partir de nos propres pensées...
Je médite..
Mes bises du dimanche Arthi
Et heureusement Catherine que nous ne sommes plus ce que nous étions !
Il n’y a que les cons qui ne changent pas. Ils se rassurent, s’assurent en appliquant des règles de vie « apprises » par coeur ce qui leur évite de se poser des questions. La terre pourrait tomber, ils ne la verraient pas. Eux ils ont des solutions, formatées, allant pour tout et pour tous, et ne s’interrogent jamais sur la réalité, la leur et encore moins celle de leur congénère.
L’identité les dérange, l’individu les déroute. L’Autre, est toujours pour eux un étranger.
Ils savent et cela les rend arrogants, et insensibles. Oui, ils ont perdus l’écoute, le regard, la liberté de regard, l’infini plaisir du choix, du parti-pris, du réactif, de l’instant.
Ils sont tant prévisibles, lisibles et froids, autant qu’un uniforme.
Brrr…
Le bonhomme est magnifique: il respire!
Merci !
Bises
Arthi
Double respiration!
Il ne te faut peut être pas le lire à voix haute, mais le laisser t'imbiber plus...sournoisement!
Que les jours soient tissés de douceur et de tendresse.
Heureuse que tu te sentes bien chez moi. Tu peux rester tant que tu veux!
Je t'embrasse.
Arthi
Superbe texte et quel site plein de sensibilité !
Merci de ces compliments qui me touchent beaucoup.