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395 - Le Festin nu

Publié le par Arthémisia

 
Pourquoi Le Festin nu de William BURROUGHS est-il édité dans une collection de science fiction ? (Folio SF)
En effet ce roman est pour moi le récit autobiographique, à peine voilé, de la vie de cet écrivain longtemps maudit, marginal et drogué, bisexuel et ayant tué son épouse d’une balle en pleine tête lors d’un « jeu » sinistre  à la Guillaume Tell sous l’emprise de l’alcool (ça doit laisser des traces ?...)
Interdit aux USA pour obscénité jusqu’en 1966, ce roman, je vous préviens tout de suite, n’est pas un roman pour fillette et ne ménage en aucune façon le lecteur tant par l’univers qu’il décrit que par son style  si déroutant.
BURROUGHS nous plonge dans un monde chaotique, celui de l’Interzone, son paysage intime, peuplé de monstres terrifiants, et d’humains sans humanité, se livrant à une danse sexuelle, macabre et décalée, voir totalement  hilarante – à vous de juger- et associant les plaisirs le plus vils dépeints le plus crûment à un instinct de mort omniprésent. Car c’est bien une marche de mort que mène BURROUGHS vers ce qu’il appelle le temps blanc, marche infernale et fantasmatique dans l’algèbre du besoin, celui de la drogue, mais en même temps (dé)marche analytique conduite quasiment scientifiquement (BURROUGHS s’est intéressé à la médecine et à l’anthropologie…) et avec des effets de style très perturbants pour le lecteur tels le cut-up (bribes de textes découpées et mélangées au hasard) ,  ou encore la répétition lancinante de situations les plus triviales (d’hallucination, de dépendance, d’abus sexuels et notamment homosexuels…).
« Traitant de ce problème médical, Le Festin nu est fatalement brutal, obscène et répugnant. La maladie et ses détails cliniques ne sont pas pour les estomacs délicats » dit-il lui –même.
 
J’ai retrouvé dans cette lecture les ambiances glauques de la musique de Tom WAITS (avec lequel j’ai appris que BURROUGHS a travaillé), la peinture si douloureusement « crachée » de Jean Michel BASQUIAT ou encore de Jackson POLLOCK…et, cela me parait une évidence pour la déroutante trame littéraire et les errements intimes, un lien fort avec L’Ulysse de James JOYCE.
Ames sensibles s'abstenir...
 
Copyright © Arthémisia – juin 07
 

Avec : photo extraite du film de David CRONENBERG – Le Festin nu (libre interprétation du livre parait-il) 

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Lung Ta 30/06/2007 00:34

Rose c'est aussi la couleur du coeur (enfin pourquoi pas) et on (JE) sent ici un grand coeur ouvertcela aurait pu être rouge sang, cela prouve que c'est un coeur qui a envie de s'ouvri, plus qu'un coeur déchiré
p'tain faut que j'arrête de fumer l'antivomitif le soir ;-)
La Beat génération a donné des tas de monuments, mais pas mal sont un peu baroques, ils ont (à mon avis) étaient des ponts, des facilitateurs, des pas sages,vers le ciel peut être ;-)
bises

Arthémisia 01/07/2007 16:35

Merci. Merci, pour ce coeur que tu as aussi tellement grand Lung Ta...
Bien sur que Burroughs date un peu et relève peut-être de "l'anecdote" soixante-huit-hard (!!!) mais comme tu le dis, lui et ses copains de la beat generation ont marqué une époque du sceau de leur liberté d'agir et de penser.Leurs délires fascinés restent cependant fascinants (et instructifs ...) pour qui n'a pas vécu cette époque.
bises
Arthi
 

Laurent 29/06/2007 13:28

Mon Dieu tout ce rose... ça me fait fuir.

Arthémisia 29/06/2007 17:46

C'est dommage de s'arrêter à l'extérieur des choses...d'autant que le billet sur lequel tu m'écris concerne un livre bien noir.
Désolée aussi de te dire que Dieu n'est pas pour grand chose dans ce choix coloré, qui est totalement personnel et revendiqué par un midinette surement attardée dans l'adolescence et  bonne à psychalanyser.
cordialement
Arthi

Lung Ta 29/06/2007 09:05

Il fournissent l'aspirine et les antivomitifs avec ? ;-)
En tout car merci pour cette description précise et passionnée
bises

Arthémisia 29/06/2007 10:49

Pas besoin d'aspirine ni d'antivomitif pour moi, même si ce n'est pas du Barbara Cartland. Par contre une grande curiosité non seulement pour l'écriture (très particulière) et aussi le sujet.
C'est quand même, hors mis tout partis pris, un monument de la littérature des US de la Beat generation.
bises
Arthi

juliette b. 29/06/2007 08:47

Ton article est si bien écrit, mais avec tant de clarté (ce qui n'est pas un défaut) que je comprends immédiatement que je ne pourrais le lire..Nous avons choisi en même temps de parler d'un livre difficile, va voir chez moi : je présente "les Bienveillantes. (publicité gratuite)Bisousjuliette

Arthémisia 29/06/2007 10:44

Le Festin Nu n'est pas un livre "difficile " sémantiquement mais certains en trouveront l'écriture déroutante et bien sur le thème (l'addiction) et l'introspection de Burrough dans les parties les plus sombres de sa personnalité n'en font  pas une histoire drôle.
bisous. Je passe chez toi.
Arthi