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405 - Onirisme*

Publié le par Arthémisia

 
 
De nouveau le vertigineux silence de la nuit me réveilla.
Il déployait son espace insidieux, son être d’infinitude, de la chambre éteinte jusqu’aux plus intimes réceptacles de mon corps, le lestant d’autres images.
 
Perturbant la structure orthonormée de l’affreux plafond de polystyrène, naquit une étrange picturalité verte. J’ai tout d’abord cru à l’arrivée d’un printemps. Mais son ton, bien qu’encore tendre, n’était pas assez cru : il s’y mêlait de façon quasi imperceptible, des respirations scripturales s’appuyant sur des terres, des ors, des kakis, des bronzes, des Véronèse. Et la transparence de sa matière exprimait plutôt quelque fond de torrent celte ou rhénan.
Y flottaient des Ophélie que je connaissais pas, des Lorelei.
Je les rejoignis dans cette interzone que je pris pour tes yeux.
 
Aujourd’hui j’ignore encore quel était cet objet souple et lisse qui me frôla ? Une voile, un animal, une peau, glissa dans mon dos, sur mon ventre, déposant au passage les frémissants désirs de la caresse. Il s’arrêta, repris, insistant en va-et-vient sur certaines zones en y abandonnant les empreintes de futurs possibles.
 
Il pleuvait. Il pleuvait une eau chaude et lourde qui ne cessait pas. Mais  cela avait peut être plus  à voir avec les larmes sanglantes qui s’égouttent des flamboyants après l’orage en une Beauté brouillée de parfums chtoniens et féminins...
 
Pourtant ma bouche entr’ouverte avait pour pensionnaire un insensé encens dans lequel les indiens doivent tremper leurs mortels traits. A moins que ce ne fût celui des flèches des archanges qui terrassent  les dragons.
Ce parfum n’était pas à proprement parlé désaltérant, mais, sa virile présence emplissait mon palais d’une jouissance pétillante et explosive à la manière de milliers de minuscules petites bombes.
 
Je perdis pieds dans l’oreiller de feu. Il se recroquevilla sous mon ventre et je fus sa coquille jusqu’au matin, nu et blanc.
 
Copyright © Arthémisia - juillet 2007
Illustration : Pierre BONNARD - L'Indolente

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rechab 17/04/2011 17:21



marrant  car cette peinture  s'écarte  du Bonnard  coloriste  pour  s'approcher  de celle  de Vuillard...


 


j'ai aussi un superbe  bouquin sur  Bonnard...


 


que j'ai  appris  à apprécier par  Danielle U  qui était fervente  de ce peintre..



Arthémisia 17/04/2011 17:24



C'est vrai que là on retrouve les noirs de VUILLARD; mais la peau du modèle, l'ombre sur sa peau, me semble être d'un vert de Schwarzwald très bienvenu.


 



rechab 17/04/2011 15:40



L'insensé encens Indien,...  voila  qui me rappelle les Nuits caroline...


 


et


chtoniens, comme ytu utilises  souvent ce terme, je me suis rendu moins  bête..;   relative à
la terre, aux catacombes, au monde souterrain ----(donc  en même temps
le lieu  de l'obscur, de la mort, et du désir)..


 


 


et  encore...  cette 
belle peinture  de Bonnard,  que j'ai  en poster,  en grand  format... 


 


le sommeil, l'abandon,, la 
volupté



Arthémisia 17/04/2011 17:08



C'est drôle car actuellement brûle derrière moi un insencé encens ...japonais. J'ai repris assez récemment mes habitudes d'étudiante, faire brûler de l'encens avec le café. La liberté
permet de profiter de ce qu'on aime et que l'autre ne supporte pas.


ah oui, chtonien...J'aime bcp ce mot. Et BONNARD dont j'ai vue une extraordianaire expo à la Fondation Giannada il y a qq années ...les cadres, les miroirs, les portes, les fenêtres...il
y aurait tant à dire sur l'art de la composition de ce peinte re qu'on a trop tendance à limiter à des pseudos japonnaiseries
Et la chair de ses nus...qq. chose à voir avec les crus de BACON.


 


Je t'envie ton poster!



souvienstoi 11/07/2007 15:00

Le désir éveillé par cette symphonie de couleurs, de passion, de sensation  à l\\\'état pur aux sources de la vie!  bise  amitié

Arthémisia 11/07/2007 15:06

Tu as très bien ressenti, souviens-toi, ce que je voulais exprimer, ce moment magique et si subtil où la beauté rejoint l'envie, ou l'esprit s'abandonne dans le non-frayé, et le mystérieux du rêve...
amitié
Arthi

orchis-mauve 10/07/2007 18:59

Que dire devant tant de beautés, le rêve, les couleurs, les sensations, les vibrations, que de talent pour éveiller le désir, l'envie de le vivre aussi, glauque, vibrant, désirant, incertain, ni cauchemar ni jouissance......O.

Arthémisia 10/07/2007 20:10

Ni cauchemar,ni jouissance... : le trouble, à sa source, brut...
Je suis très très heureuse que cette évocation te plaise.
sourire...
Et bises
Arthi