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493 - La Chevelure

Publié le par Arthémisia

 
 
 
 
 
 
 
Voici THE monument de la poésie française mais tellement agréable à relire....
 
 
 
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
 
Charles BAUDELAIRE évidemment...
 
 
Illustration : John William WATERHOUSE - La Sirène

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juliette 26/10/2007 14:50

Pour Mélisande, c\\\'est le bon choix.. il faut l\\\'écouter religieusement !!!!en pensant à moibisous

Arthémisia 26/10/2007 16:26

Inutile de te préciser que je penserai à toi...
Bises
Arthi

fbd 25/10/2007 18:12

J'aime beaucoup Baudelaire... sa sensualité musicale

Arthémisia 25/10/2007 18:17

Oui je suis totalement d'accord avec toi: c'est un poète à lire à haute voix.

juliette 25/10/2007 09:29

Je ne peux que te dire mon amour pour Baudelaire....Cette chevelure, bien que d'ébène, mais longue et luxuriante, me rapproche imméditement de ma blonde Mélisande.....toute aussi sensuelle, avec une fausse naïveté, si attirante.Où en-es-tu de l'écoute de ce merveilleux Opéra ?bisousO.

Arthémisia 25/10/2007 10:31

J'ai renoncé à l'écouter par petits morceaux et attends les vacances prochaines pour en profiter d'une traite.
bises
Arthi

Chris 25/10/2007 07:10

Baudelaire nous peint de sa plume une superbe "vanité". J'ai écrit quelque chose dans ce sens il y a quelques temps qui disait "Si dieu existe, il trouve son plus merveilleux apex dans la pourriture" Quoi de plus transcendant que la transformation. Aller de la chair à la poussière des étoiles...

Arthémisia 25/10/2007 07:17

Beaucoup de liens entre Baudelaire et  mon peintre préféré , Francis BACON....
belle journée, Chris
bises
Arthi

aliscan 25/10/2007 00:27

Personnellement j'ai une préférence pour celui-ci :
Une charogne.



Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,      Ce beau matin d'été si doux :Au détour d'un sentier une charogne infâme      Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,      Brûlante et suant les poisons,Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique      Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,      Comme afin de la cuire à point,Et de rendre au centuple à la grande Nature      Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe      Comme une fleur s'épanouir.La puanteur était si forte, que sur l'herbe      Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,      D'où sortaient de noirs bataillonsDe larves, qui coulaient comme un épais liquide      Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,      Ou s'élançait en pétillant ;On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,      Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,      Comme l'eau courante et le vent,Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rhythmique      Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve      Une ébauche lente à venir,Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève      Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète      Nous regardait d'un oeil fâché,Epiant le moment de reprendre au squelette      Le morceau qu'elle avait lâché.
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,      A cette horrible infection,Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,      Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,      Après les derniers sacrements,Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,      Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine      Qui vous mangera de baisers,Que j'ai gardé la forme et l'essence divine      De mes amours décomposés !
 
Baudelaire, Les fleurs du mal.



 

Arthémisia 25/10/2007 06:31

Evidemment on peut comprendre qu'à son époque sa poésie rencontrât de l'incompréhension. Le poème que tu nous proposes est vraiment particulièrement bien choisi pour exprimer la Beauté de l'horrible.
Merci de ce tableau particulièrement saisissant .
Bises
Arthi

BLEU Virus 24/10/2007 23:01

 Une femme avec une queue de poisson quelle H ......r ! n'est t-elle qu'à moitiée femme?
 Curieux ce Baudelaire inspiré mais curieux ... Vécut-il vieux?
"Les sanglots long des violons de l'automne, berce mon coeur d'une langueur monotone" .... est ce de lui? Ca pourrait lui ressembler;
Je vous laisse à la douce soirée

Arthémisia 25/10/2007 06:20

Ah non alors, ça c'est Verlaine!
Et pour les sirènes, évidemment il leur manque quelques fonctions humaines...!
Baudelaire est mort a 46 ans de la syphilis...Il avait dû rencontrer des sirènes pleine de virus!
bises
Arthi

Chris 24/10/2007 10:25

"Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds, Deux larges médailles de bronze, Et sous un ventre uni, doux comme du velours, Bistré comme la peau d'un bonze, Une riche toison qui, vraiment, est la soeur De cette énorme chevelure, Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur, Nuit sans étoiles, Nuit obscure ! "Celui-ci mon préféré. "Deux beaux seins bien lourds"...de tant de sensualité. L'amour et le désir débordent de ces vers. Ah Charles!  Dire qu'il souffrait de ne pas se sentir aimé...

Arthémisia 24/10/2007 12:39

Il est vrai qu'un homme qui sait écrire ainsi mérite toute mon....notre attention. allez je suis partageuse!
 
 

Gérard fleur bleue 24/10/2007 07:37

ah! Baudelaire, que dire d'autre? et illustré par cette jolie sirène, celle qui a appris à nager au joli poisson bleu, sans doute? Bises, G.

Arthémisia 24/10/2007 12:31

rires!!!
Et bises
Arthi