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1020 - N'être

Publié le par Arthémisia



 

Bien au-dessus des tombes


Dans les lignes utérines que chante ta bouche


Je nais.

 

Copyright © Arthémisia – septembre 2009

 

Avec : Otto WOLS – Sans titre

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1019 - La Bête aux mille yeux

Publié le par Arthémisia



 

La Bête aux mille yeux le suivait partout. Du moins en avait-il l’impression.

Il croisait son regard multiple au coin de toutes les rues, dans tous les couloirs, derrière toutes les portes, assis à la même table que lui, là dans le même magasin, et sur le même trottoir.


Elle n’était pas savante, la bête, même pas intelligente. Sa force c’était son œil pluriel et mobile. Répété. Son œil rond, de gros poisson idiot, ouvert à 360 ° comme un compas vicieux sur un monde en inspection.

Son… ses yeux cons.


Il aurait très bien affronté une paire de ces yeux. Cela aurait même pu finir par une sorte de sympathique respect.

Cumulés, les yeux devenaient son angoisse, une unité femelle, glauque et méchante, qui le mettait sans cesse en défaut.

 

Mais la petite flamme bleue cachée au fond de son cœur, brûlait toujours.

Il savait très bien que cette petite flamme était la plus pleine d’énergie, celle des racines, celle des « tout-bas » près de la source, celle des origines, des origines de sa pensée.

Autant dire la plus dangereuse.

Un jour cette flamme pouvait tout faire exploser. La Bête surtout.

 

Alors il entra dans la douche et se lava avec un soin rageur. Il fallait chasser tous ces horribles regards qui risquaient de rentrer en lui  et revitaliser son âme dans les effluves du vétiver.


Copyright © Arthémisia – septembre 2009

Avec : Nicolaï FILATOV à la toilette (1980).

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1018 - Le Broyeur de perles

Publié le par Arthémisia



 

Il ignore les clartés, se moque des lumières, de leur fête au matin. Il ne sait pas la purification argentée, le sacrifice au Beau.

Il ne sait rien des surfaces diaprées, des iris de lune, de reflets d’eau et des morceaux de lait.

Devant la machine brune, il ne distingue pas les blanches de bébés, les rosées de prairies, les grisées de nuitées, les bleutées d’Atlantique.


Il ne connaît pas mieux leur profond, leur intime, leur cœur de chair humaine, leur âme de poupée. Leur ventre.

 

Rien ne fait question. Rien ne l’interpelle. Il ne sait que jouer de ses lames et crisper ses mains au bord des rouleaux d’acier.

Le broyeur se moque, se moque de tout. Il broie.  C’est tout. Il broie des perles, des perles humaines, par pelletées.

ll remplit la bedaine de métal et retourne manger : il a bien travaillé.  

Et ses bocaux se gorgent de poudre. De poudre à récurer.

A récurer les âmes, les âmes dorées.

A récurer les âmes trop enfiévrées.

 

Copyright © Arthémisia  - septembre 2009


Avec
 : Marcel DUCHAMP – La Broyeuse à chocolat – 1914

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1017 - L'oublié

Publié le par Arthémisia

 

Pour Papier libre sur une idée de Juliette….et à partir de cette photo.

  



Je t’ai trouvé hier sur ce banc. Tu étais tout mouillé. On avait dû t’oublier.

Mais non, c’est impossible.

On ne peut pas oublier quelqu’un comme toi, l’abandonner là sur un banc en bord de mer, le livrer aux embruns et aux requins.


Tu bougeais à peine quand je t’ai vu. Tu agitais des ailes, silencieusement. Tu voulais décoller, t’envoler. Mais humide, tu perdais tes forces.


J’ai bien regardé autour : il n’y avait personne. Vraiment tu étais seul.

Alors je t’ai attrapé. Personne ne m’a vue. Je t’ai serré fort sous ma veste, contre mon cœur, et j’ai couru nous réfugier dans le bar d’à-côté.


Devant un café noir, je t’ai sorti, déposé sur la table. Et je t’ai lu.

Tu m’as même fait pleurer…

 

Si ce carnet est le votre, veuillez me contacter au : 06. 90. 28 .......

 

Copyright © Arthémisia – septembre 2009

 

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1016 - Les Délices de l'amante*

Publié le par Arthémisia






Dévotement installée sur son prie-Dieu,

Frissonnante,


L’amante religieuse,


Se lèche les babines


Devant


Le  sexe de son homme.

 


Copyright © Arthémisia – Sept 2009

(Dédicace à F. et F.!)


Avec
 : Avant le carnage  ©  RichardB 

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1015 - Trop con

Publié le par Arthémisia




 

Y aura –t-il encore un jour heureux, un jour sans question, un jour d’aller, de vagabondage, de liesse et de folie, de partage, de déraison, de  lâcher-prise, un jour de boutons d’or, un jour grand, un jour tout rouge, un jour  …avant la mort ?


Car mourir aujourd’hui serait vraiment trop con.

 

Copyright © Arthémisia – Sept 2009

 

Avec : Reflet rouge - Sol du musée des Arts Premiers

Copyright © Arthémisia – Juillet  2009

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1014 - L'Instant prolongé

Publié le par Arthémisia




 

 

La lumière verte de l’aquarium perce sa paupière.

Puis c’est le train qui ronronne au loin, alors qu’elle n’a pas encore ouvert les yeux.

Il ne faut pas les ouvrir trop vite, les yeux, sous peine de grandes douleurs.

Il ne faut pas bouger non plus, rester encore dans la nuit. Le premier mouvement fait si mal. Et ceci, même si un morceau de chair dépasse de la petite couverture et s’est rafraichi. Le soleil va venir de toute façon.


Si elle garde les yeux fermés, si elle ne bouge pas, ce sera encore un peu hier, ce sera encore bien. Aujourd’hui est si loin.


Elle sait que le temps passe, qu’il lui faudra aller et faire. Mais, elle le bloque derrière le rempart de ses paupières, et dans son immobilité. La terre peut bien tourner : elle veut des aiguilles brisées.

Ce sera une journée d’arrêt, un trou dans le calendrier.


Elle n’entend pas la vie dehors s’agiter. Elle n’écoute que son corps. Son ventre qui surfe des sons ronds, des bulles, des glissades apeurées. De ses narines qui s’enfuient, comme en cachette, quelques caresses, un air qui s’étale dans l’espace en minuscules volutes tièdes. Dans son crâne, contre l’oreiller, le retentissement sourd et régulier de son sang qui mesure le temps.

Et dans sa tête, mille pensées tentant de s’accorder, fosse d’orchestre très indisciplinée.


Surtout, surtout, ne pas bouger….


Ecouter. 


Copyright © Arthémisia- sept 2009

 

Avec : Pablo PICASSO – La Femme endormie - 1962 

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1013 - TéléVision

Publié le par Arthémisia




La maison souffre.

Elle a froid. Elle se sent nue.

Les livres et les tableaux ont fuit.


Elle ne sait pas si elle doit s’en réjouir : il lui reste, la porte qui mène partout.

 

Copyright © Arthémisia – Septembre 2009

Avec : Nam June PAIK  - TV is new heart - 1989

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1012 - Où naissent les anges?

Publié le par Arthémisia




Avec : Yves TANGUY - La Femme absente.

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1011 - Toute ressemblance avec des personnes existantes est totalement certaine

Publié le par Arthémisia




 

Elle : Tu m’aimes, dis, tu m’aimes ?

Ca fait drôlement longtemps que tu me l’as dit.

Tellement longtemps que je ne m’en souviens plus.

D’ailleurs je me demande même si tu me l’as déjà dit.

 

Lui : M’enfin ! Si je reste avec toi, c’est bien que je t’aime, non ?

 

E. et E. – 25 ans de mariage – 3 enfants.

(propos rapportés)

 

Avec : Fernand LEGER – La Noce

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