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920 - 2 Heures de plus

Publié le par Arthémisia

 


Deux heures de plus. J'ai dormi deux heures de plus que d'habitude. Mon père me disait que quand on a des habitudes c'est qu'on vieillit.

J'ai donc dû rajeunir.


Un café.

Je me regarde dans la glace de la salle de bains.

C'est vrai que deux heures ça compte. Et que ça se voit.

Salle de bains. Salle de biens. Pour une fois.


Mon sommeil a été si profond que quand j'ai ouvert les yeux, le réveil n'a fait que confirmer la sensation heureuse de plénitude de mon corps. D'ailleurs ils se sont ouverts tous seuls, ces yeux là. Ce n'est pas ma pensée volontaire qui les a accompagnés. Ils voulaient s'ouvrir.

C'est tout de suite mieux quand le corps veut.


Ce sommeil là, je ne m'en souviens pas. Il me semble qu'aucun rêve, qu'aucune agitation, ne l'a occupé. C'est un aplat, dont je ne saurais dire ni la couleur, ni l'odeur, ni le toucher. Quelque chose d'assez proche d'un lac inerte et sombre peut-être ? Quelque chose sans bord, sans limite, qui aurait certainement pu durer encore longtemps. Quelque chose d'une mort en miniature. Pas le passage de la vie à la non-vie, non. Je veux parler d'un état de repos, de paix, d'éternité.


Et je n'ai point rêvé. Encore moins cauchemardé. Juste dormi, je crois.


Je n'ai plus de mémoire. Seulement celle de l'instant de l'éveil. Pour l'avant, ma pensée se fabrique un néant impénétrable, car il faut bien imaginer d'où on vient ; mais au fond, ce n'est qu'une image de l'abandon.


Copyright © Arthémisia - avril 2009

            Avec : Tamara de LEMPICKA - Kizette sleeping -1934

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919 - Encre

Publié le par Arthémisia


Pour Papier libre, Juliette nous demandait de nous laisser porter par un mot....

 

 

Rouge caraïbes, la terre s'écrit en taches sanglantes.


D'ivoire, le château du soleil lance ses hiéroglyphes doux.


Énorme, la mer grasse presse en multiples tirages sa lithographie rose sur la rive sableuse.


De sa pâleur nordique, la lune plonge ses doigts dans une nuit chinoise.


Feuille après feuille, la Nature pose les pages Véronèse et Van Dyck des saisons alternées.


Et toi, homme, tu trempes ta plume dans le lait de la chair et  surprends la vie sur la peau de la femme.


Encrage.


Copyright © Arthémisia - avril 2009


Avec
 : Muriel © Arthémisia - avril 2009


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918 - Cafouillage onirique

Publié le par Arthémisia





 

J'ai vu dans la rivière, des poissons jaunes, au  phosphorescent plumage de brillantine laquée.


Sur la rive, des oiseaux, hauts sur pattes, piquaient la terre pour y puiser de l'or. En paillettes.


Les chevaux bleus dodelinaient de leur croupe callipyge en fumant du haschisch.


La montagne d'émeraude et de saphir, courait plus vite que l'œil, plus loin, plus haut. Point d'horizon. Du vert en vagues roulantes, infiniment. Du bruit vert.


Des fleurs, trop lourdement parfumées, penchaient leur tête musicale. Elles jouaient de la
flute.


De la terre humide et noire germaient des notes dicotylédonées.


Le ciel hurlait son lapis en costume moulant.


Des fruits oblongs et décadents se cognaient à mes cuisses. Tambours.


Au loin, un lion.

 

Le lit était de lait multicolore quand j'ai ouvert les yeux ; et tu riais. 
Comme un soleil.


Copyright © Arthémisia - Avril 2009

 

 

Avec : Franz Mark - Les Grands chevaux bleus
et le Grand Jethro Tull en costumes d'époque et son Bungle in the jungle. 

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917 - Shodô

Publié le par Arthémisia



 

Il écrit


Le petit doigt en l'air


L'air de rien


Il écrit, tout d'intériorité.


La malice a lissé son sourire aux liesses des dieux.


Il regarde le monde, infiniment heureux.


Et sourit au marbre des statues


Aux visiteurs


À l'ange


Aux ours.


Il sourirait aux oursins s'il y en avait.


Et il reprend du thé


Qu'il boit, bien élevé,


Le petit doigt levé !


 Copyright © Arthémisia - Avril 2009



(Poème gageure inspiré par
Thomas qui, plein d'un involontaire humour germanique, a confondu les oursons et les oursins...C'est...non, c'était )


Avec
: Pan et oursons - Emmanuel FERMIET (extrait)

Photo © Thomas

 

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916 - Ciné-club...Babel

Publié le par Arthémisia




 

Il y avait le clown, ton frère d'arme.


Il y avait la blonde et son chien égyptien qui ronflait comme un homme.


Il y avait le couple, gris et rose, rose et gris.


Il y avait la mère, cherchant son fils perdu.


Il y avait le bruit du film qui tournait, tournait, tournait, tournait.

Babel. Incommunication.


Il y eut  l'assurance, la parole volatile,  le  vin et le sucre des gâteaux.


Il y eut  les vieux costumes qui nous observaient dans la nuit en riant.


Il y eut  l'ami.


Heureusement.


Copyright © Arthémisia - avril 2009

Avec : D'époque  © Arthémisia - janvier 2009

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915 - Mi

Publié le par Arthémisia



 

« Lorsqu'on cesse de boire à la source des rêves, le développement ne se fait qu'à moitié. En haut, quelque chose manque. »


Isabelle SORENTE - L-


Avec
 : Mi  © Arthémisia - avril 2009

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914 - Prêt à tout*

Publié le par Métastable & Arthémisia

 

 

Ecrit en duo en réponse à une  sollicitation de  Métastable.


 

Es-tu prêt ? Es-tu prêt à courir derrière moi, à couvrir derrière moi la page des secrets ?


Es-tu prêt, à tout dire, tout faire croire, me faire croire que le ciel est d'orange et la vie de lait tiède ?


Es-tu prêt à mentir, à risquer, à rager et crier, à venir urgemment aux pieds de mes  pensées de marbre ?


Es-tu prêt à monter dans les fleurs des déserts, à nager dans les pluies des peaux nues ? A couler, peut-être ?


Es-tu prêt à te taire, à parler, à chanter, à danser, les nuits prussiennes et rouges du venin de nous deux ?


Es-tu prêt à manger les oiseaux du Mystère ?


Es-tu prêt à partir avec eux ?


Copyright © Arthémisia - avril 2009

 

 

J'ai déchiré les cocottes et les avions en papier, dispersé le sable des châteaux forts, couché les tourelles, les donjons, les murailles et le pont-levis. J'ai tué la chimère qui crachait ses flammes.


J'ai renversé les verres enivrants, éclairé les nuits d'encre, répondu aux questions, chassé les douleurs diffuses et sourdes pour n'en garder que l'exquise.


Je t'ai osée. J'ai violenté les mots, malmené les phrases, écrit de la mauvaise poésie et de la prose détestable mais avec passion.


Je t'ai imaginée en liane qui s'élève vers la  chaleur et la caresse des cent soleils que nous connaissons, j'ai pour toi la vie à cent à l'heure et pour cent sept ans.


Je veux chavirer avec majesté dans les enlacements, périr corps et âme dans la sensualité à fleur de peau.


Je percerai avec toi les lieux baignés de mystère, d'Éleusis à Cybèle, aux quatre points cardinaux en faisant les quatre cents coups et en évitant les quatre chemins.


Les oiseaux voleront autour de nous en criant, en suppliant.


Je m'en délecte à l'avance, alors, oui je suis prêt à m'en aller avec eux !


Métastable

que je remercie.... 


Avec : Henri MATISSE - Icare

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913 - A la Limite

Publié le par Arthémisia

 

 

J'aimerai qu'il pleuve.


J'aimerai qu'il fasse froid.


Je garderai ta peau comme manteau.


A la limite de ma solitude.

 

 

 

Copyright © Arthémisia – avril 2009


Avec
: François MORELLET – Géométree n°25
(extrait – l’oeuvre entière est carrée)
 

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912 - La Pierre de patience

Publié le par Arthémisia

 

 

"Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente "). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré. "

 

....Voilà ce que nous dit l'éditeur de ce :


Syngué sabour

Pierre de patience


d'
Atiq Rahimi

(Prix Goncourt 2008)

 

154 pages  seulement, pour cette quasi tragédie grecque, cantonnée, concentrée, dans une  terrible unité de lieu et de temps, une chambre où git  un homme agonisant,  un  soldat d'Allah jadis si fier de sa supériorité masculine mais désormais totalement dépendant de sa femme qui le veille. 

Le temps pèse. Le lieu pèse. La solitude pèse. Le vide pèse. Et même les anecdotiques insectes pèsent. De toute leur dégoûtation. La vie d'une araignée captive le regard. Une mouche joue les exploratrices et s'englue, incongrue.

L'existence, elle-même est un monstre de plomb. En lien avec celui qui git dans la nuque de l'homme.


Alors la femme parle, prie, crie, dit. Elle parle d'elle. Elle se parle. Elle parle à Dieu. Elle parle à l'homme, son homme auquel elle n'a jamais pu parler.

Elle dit les mots qu'elle n'a jamais pu prononcer, les mots de sa révolte, contre la soumission et la barbarie des hommes, les mots de son attachement et de ses frustrations, les mots de son impatience, de son corps aussi, de ses désirs, de son plaisir prohibé.

Elle parle avec son cœur, son ventre, ses tripes, son sexe.

Héroïquement.


Certains trouveront ses paroles provocantes, vengeresses, voire sordides. Je ne peux, d'abord en tant que femme, que les accompagner devant la révolte devant le sort,  devant l'absurde de cette guerre fratricide, devant le déni de la femme (....afghane), devant le pourquoi, devant les éternelles questions, devant  l'Eternel(le) question.

Lisant ces pages intimes et crues, j'avançais pleinement avec l'héroïne dans son silence et dans sa rage. De femme à femme cela est probablement plus facile. Fais-je du sexisme primaire ? Je ne sais. Il me semble que la guerre reste une affaire d'hommes. Et la mort une affaire de femmes.


Alors je dis bravo à Atiq RAHIMI, l'auteur afghan de ce chef d'œuvre éblouissant d'humanité, et d'amour, qui écrit pour la première fois en français, dans un style lumineux, et  peint à petites  touches visuelles, auditives, olfactives, gustatives...un livre sur le souffle, concis et subtil, et pourtant extrêmement  dense et  profond dont  il est impossible de sortir indemne.


Car la  clef de cette pierre de silence est peut-être bien au-delà de la question  de la femme musulmane, et de la guerre en Afghanistan, une  révélation beaucoup plus universelle de la relation femme/homme voire de la féminité?


Lisez, ....surtout vous, Messieurs !


Copyright © Arthémisia - Avril 2009

Avec : photo d'une femme afghane - L'Express

 

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911 - Film porno

Publié le par Arthémisia

Imaginez ma réaction, quand j'ai découvert en surfant sur le net, que mon PEDRO  a tourné dans un film porno...


Éloignez les enfants....
VO non sous-titrée.

 

 

 

 

 

 

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