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Articles avec #leurs poesies tag

1827 - FEMME-OUTREMER

Publié le par Arthémisia

 

A Annie Dupays

Ta vie ses plaies et ton sourire flottés sur un revers de main

Des murs d’esclave se sont dressés autour de ton visage

Taché par le sang des images frappé par la mort sans mourir

Papillon sur échafaud c’est avant mai que tu as vécu

 

Puis vague septième

Le malheur couché au pied du lit la boîte de Pandore vidée

Le vin tiré et l’amertume bue puisqu’il fallait la boire

Papillon sur escabeau c’est en mai que tu es venue

 

Femme-outremer

J’aime le temps en ta rivière

Et mes veines attendent de te sentir battre encore

Christophe FORGEOT

Paru dans Phoenix n°11, en octobre 2013

Avec : Paul GAUGUIN - Femme à la mer

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1825 - Signe de reconnaissance (Statue de femme aux mains liées)

Publié le par Arthémisia

Tout le monde t’appelle aussitôt statue

et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

 

Tu décores un jardin public.

De loin tu nous trompes.

On te croirait légèrement redressée

pour te souvenir d’un beau rêve,

et prenant ton élan pour le vivre.

De près le rêve se précise :

tes mains sont liées dans le dos

par une corde de marbre

et ta posture, c’est ta volonté

de trouver quelque chose qui t’aide

à fuit l’angoisse du prisonnier.

On t’a commandée ainsi au sculpteur :

prisonnière.

Tu ne peux

Peser dans ta main ni la pluie

ni la moindre marguerite.

Tes mains sont liées.

Ce n’est pas le marbre qui te garde

comme Argus. Si quelque chose allait à changer

dans le parcours des marbres,

si les statues entraient en lutte

pour conquérir la liberté, l’égalité,

comme les esclaves

les morts

et nos sentiments,

toi tu marcherais

dans cette cosmogonie des marbres

les mains toujours liées, prisonnière.

 

Tout le monde t’appelle aussitôt statue

Et moi de suite je t’appelle femme.

Non pas le fait que le sculpteur

a confié une femme au marbre

et que tes hanches promettent

une fertilité de statue,

une belle récolte d’immobilité.

A cause de tes mains liées, que tu as

depuis que je te connais, tous ces siècles,

je t’appelle femme.

 

Je t’appelle femme

car tu es prisonnière.

 

Kiki DIMOULA

in Le Peu du monde, suivi de Je te salue Jamais

Avec : La Cariadite, MODIGLIANI. 1913-1914 - Grand Palais

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1788- La nuit n'est jamais complète

Publié le par Arthémisia

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1773 - Cri de tortue

Publié le par Arthémisia

1773 - Cri de tortue

Je pensais qu'il était muet,

J'ai dit qu'il était muet,

Pourtant je l'ai entendu crier.

Première faible stridence

Sortie de l'aurore insondable de la vie,

Lointaine, si lointaine, une hantise, sous le bord auroral de l'horizon.

Lointaine, si lointaine, lointaine stridence.

Tortue in extremis.

Pourquoi fûmes-nous cloués sur la croix des sexes ?

Pourquoi pas laissés accomplis et finis en nous-mêmes,

Comme nous avions commencé,

Comme à coup sûr il commença, parfaitement seul.

Stridence lointaine, était-elle audible

Ou résonnait-elle, directement, sur le plasma ?

Pire que le cri du nouveau-né,

Stridence,

Hurlement,

Clameur,

Péan,

Mortelle angoisse,

Vagissement des naissances,

Soumission,

Tout menu, menu, lointain reptile de la première aurore.

Cri de guerre, triomphe, délice aigu, cri de mort reptilien,

Pourquoi le voile fut-il déchiré ?

Le hurlement de soie de la membrane déchirée de l'âme ?

La membrane de l'âme mâle

Déchirée avec un hurlement mi-musique, mi-horreur.

Crucifixion

Mâle cramponné derrière le mur de gîte de la femme obtuse,

Monté, tendu, écartelé, se poussant hors de l'écaille,

Nudité de tortue,

Long cou, longs membres vulnérables, extirpés, écartés sur ce toit de maison,

La queue profonde, secrète, toute-pénétrante repliée sous ses murs,

Tendu, accroché ferme, en comble d'angoisse, en ultime tension,

Et soudain, dans le spasme du coït, saillant à brusque bond, et, ah !

Ouvrant son visage serré au bout du cou tendu,

Il émet cette frêle clameur, ce cri,

Cet ultra-son

De cette bouche rose, fendue, de vieillard,

Qui rendrait l'esprit

Ou le recevrait avec un cri strident, à Pentecôte.

Son cri, son moment d'abandon,

Le moment de silence éternel

Avant la détente, et après le moment, surprenant, le brusque soubresaut du coït et aussitôt

Le faible hurlement, inexprimable -

Tant que l'ultime plasma de mon corps se retrouva fondu

Dans les premiers rudiments de la vie, et son secret.

Il saillit donc et crie

Coup sur coup ce cri frêle, déchiré, strident.

Après chaque charge, un suspens assez long,

Eternité tortue,

Un âge durant de reptilienne persistance,

Un battement de cœur, un lent battement durant jusqu'au spasme suivant.

Je me rappelle, quand j'étais enfant,

Avoir entendu le cri d'une grenouille, le pied pris dans la bouche d'un serpent dressé ;

Je me rappelle la première fois que j'ai entendu des crapauds-buffles donner de la voix au

printemps ;

Je me rappelle entendre , du gosier de la nuit, une oie sauvage

Crier haut par-delà les eaux du lac ;

Je me rappelle, venus d'un buisson dans le noir, les cris perçants et les roulades du premier

rossignol me surprenant le fond de l'âme ;

Je me rappelle le cri d'un lapin quand je traversais un bois à la minuit ;

Je me rappelle la génisse en chaleur, mugissant au long des heures, incoercible ;

Je me rappelle ma première terreur, entendant les clameurs insolites des chats amoureux :

Je me rappelle le cri terrifié d'un cheval blessé, les éclairs de chaleur,

Et m'être enfui du bruit d'une femme en travail, comme un ululement de chouette,

Avoir écouté en secret le premier bêlement d'un agneau,

Le premier vagissement d'enfant

Et ma mère qui se chantait à elle-même,

Et le premier air de ténor, du gosier ardent d'un jeune mineur qui depuis longtemps s'est

tué à boire,

Les premiers sons d'une langue étrangère

Sur d'intenses lèvres brunes.

Mais plus que cela,

Moindre que tout cela,

Ce dernier,

Cet étrange, faible cri du coït

De la tortue mâle à son comble

Infime, surgi de dessous le bord du plus extrême horizon de la vie.

La croix,

La roue sur laquelle notre silence est d'abord brisé,

Le sexe, qui brise notre intégrité, notre inviolabilité séparée, notre profond silence, Et nous arrache un cri.

Le sexe qui nous brise et nous donne une voix, nous fait appeler par-dessus les abîmes,

appeler, appeler notre complément,

Chanter, appeler, et chanter encore, ayant reçu une réponse, ayant trouvé.

Déchirés pour être rassemblés après avoir longtemps cherché ce qui était perdu.

Le même cri vent de la tortue que du Christ, le cri d'Osiris abandonné,

L'entier déchiré,

Le morcelé, se retrouve intégral dans tout l'univers.

Tortoise Shout - D. H. LAWRENCE

(merci pour la découverte, René clic)

Avec : Pédro et Carapatte dans leurs oeuvres - photo © Arthémisia

 

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1766 - Alors un arbre s’éleva

Publié le par Arthémisia

Alors un arbre s’éleva. O pure élévation !

O chant d’Orphée ! O grand arbre dressé dans l’oreille !

Et tout se tut. Pourtant, au sein de l’unanime silence

S’accomplit un nouveau recommencement, signe de métamorphose.

Rainer Maria RILKE - Sonnets à Orphée

Avec : Hiroshige, Pruniers en fleurs, 1857, encre et poudre de mica sur papier, Rijksmuseum Amsterdam

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1765 - À l'Arbre blessé

Publié le par Arthémisia

La vie comme un obus

Blesse mon âme sans défense

L’arbre plein de confiance

La vie comme un abus

Blesse l’âme et ses rêves

L’arbre dans sa sève.

Textoésie de Suzâme (clic)

Avec : Arbre A – Piet MONDRIAN – 1913

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1744 - De l’importance de garder une âme d’enfant

Publié le par Arthémisia

Nous avons tous appris cette poésie dans notre enfance :

Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main,

Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien être marins,

Ils feraient avec leur barque, un joli pont sur l’onde.

Alors on pourrait faire une ronde tout autour du monde,

Si tous les gens du monde voulaient se donner la main.

 

La Ronde autour du monde

Paul FORT

Avec : Pierre-Paul RUBENS – Ronde paysanne -  entre 1633 et 1637 - Huile sur bois – Musée du Prado, Madrid (E)

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1739 - Chanson pour les enfants l’hiver

Publié le par Arthémisia

1739 -  Chanson pour les enfants l’hiver

Dans la nuit de l'hiver

Galope un grand homme blanc.

C'est un bonhomme de neige

Avec une pipe en bois,

Un grand bonhomme de neige

Poursuivi par le froid.

Il arrive au village.

Voyant de la lumière

Le voilà rassuré.

Dans une petite maison

Il entre sans frapper,

Et pour se réchauffer,

S'assoit sur le poêle rouge,

Et d'un coup disparaît

Ne laissant que sa pipe

Au milieu d'une flaque d'eau,

Ne laissant que sa pipe

Et puis son vieux chapeau.

 

Jacques Prévert

 

Avec : Mon Homme du Réveillon – photographie © Arthémisia - déc 2014 (ben ….euh…je ne suis pas actuellement en « terrain » très … favorable !)

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1707 - ...

Publié le par Arthémisia

Je n’ai plus d’intérieur,

De passion, de chaleur ;

Bientôt je me résume

A mon propre volume.

 

Vient toujours un moment où l’on rationalise,

Vient toujours un matin au futur aboli

Le chemin se résume à une étendue grise

Sans saveur et sans joie, calmement démolie.

 

Michel HOUELLEBECQ

In Configuration du dernier rivage

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1690 - Blancheur entre blancheur

Publié le par Arthémisia

Une amande effilée glisse entre deux seins. Blancheur entre blancheur. Onde d’un arc invisible. Une biffure lumineuse strie le corps sacré. Un fil de soie. Seul parviendrait à fixer la lumière. D’un simple rai. Minuscules des perles lactées roulent. Goutte à goutte. Jusqu’à la conque secrète. Nacre luisante d’un réceptacle fendu. Dans le rebond des chairs.

© Jean – Claude VILLAIN – Ithaques – Edt Le Cormier 2011

Avec : Lucien Clergue - Nu de la Mer - 1934

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