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Articles avec #mes texticules (oui, oui... les miens!) tag

1644 - Sous un gros caillou bleu

Publié le par Arthémisia

 

OPPOSITE.JPG

 

 

On est sous un gros caillou bleu.

On croit qu’il est gros mais en fait il est bien plus que ça : il est énorme.

On croit qu’il est bleu mais en fait il n’est pas vraiment bleu, ou du moins il l’est en transparence. Une sorte d’aigue-marine un peu foncée, un saphir de qualité.

 

D’autres s’agitent à côté de nous. On se sent moins seul.

Mais pourquoi s’agitent-ils ? On l’ignore.

On n’est pas tous pareils : sous ce caillou, nous on n’a pas envie de bouger.

Il n’y a que si quelqu’un le soulève, que la lumière viendra, et qu’il faudra se montrer en espérant que la main qui nous aura découverts saura remettre très vite le caillou bleu en place : on n’a pas fini de dormir.

 

Arthémisia © oct. 2012

 

Avec : Robert RAUSCHENBERG Opposite

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1643 - Sur les Roses

Publié le par Arthémisia

http://media.paperblog.fr/i/533/5336279/fleurs-fanees-L-1sWVZa.jpeg

Les roses se sont fanées. Desséchés, racornis, leurs pétales, un par un, tombent sur la table du salon. Aujourd’hui il ne reste plus que cinq tiges dans l’eau, avec au bout une boursouflure de purgatoire, désagréable et laide.

Les feuilles elles aussi sont tombées. Plutôt par terre. Et à chaque fois qu’elle passe, ses pas en écrasent une ou deux, les réduisant en une charpie minuscule qui se répand sur le tapis.

L’eau, elle, s’est troublée et est devenue jaune. A sa surface a commencé à pousser une couche de poussière…ou de moisissure, qui s’est épaissie jour après jour.

Cela doit faire trois semaines que ce bouquet se délite.

Ce matin elle a tout jeté, a lavé le vase.

Elle va sortir acheter des fleurs.

C’est agréable un bouquet de fleurs sur la table du salon.

Arthémisia © nov. 2012

Avec : Fleurs fanées - FANTIN LATOUR

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1641 - C'est bête...

Publié le par Arthémisia

 

http://arts-plastiques.ac-rouen.fr/grp/histoire_des_arts/Site/3e_1_files/droppedImage.jpg

 

 

 

 

C’est bête : j’ai des souvenirs.

Ton regard dans ma main et ma main sur ton ventre.

Nous avons joué comme on joue entre frères, quand on sait qu’à la fin il n’y aura ni vainqueur ni vaincu : nous ne jouions pas à la guerre.

Nous aurions pu même nous aimer. Mais c’était trop tard.

Et c’est bête : j’ai des souvenirs.

 

Ce matin, ma main est froide quand je la ramène contre ma joue.

L’autre entoure mon poignet ; je sens mon sang y battre.

Je remonte le drap. J’ai soudain la présence de mon souffle qui s’y frotte.

Dans mon ventre perce une petite douleur.

Je vis.

Avec des souvenirs.

 

© Arthémisia – nov.2012

Avec : Yves KLEIN  - Ci-gît l’espace ; 1960 

Eponge peinte, fleurs artificielles, feuilles d'or sur panneau
125 x 100 x 10 cm

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1634 - Leurs corps les sauveront-ils ? ( SF?)

Publié le par Arthémisia

http://2.bp.blogspot.com/-AJKk4d0A9K4/UFSleVlpjuI/AAAAAAAABA0/mAUxjQ2e8-M/s1600/Duchamp+-+La+mari%C3%A9e+mise+%C3%A0+nu.jpg

 

 

Ils s’étaient installés nus sur la terrasse, dans les chaises longues, espérant y trouver un peu de fraicheur. Il faisait si chaud depuis trois semaines.

Mais il n’y avait pas d’air et la lune – mais était-ce vraiment elle ? - toujours pleine et au milieu du ciel, semblait avoir grossi. A sa surface, on pouvait voir des veines bleuâtres, de ce bleu étrange des oscilloscopes de blocs opératoires.

Il était allé  leur chercher du lait mais quand il était revenu de la cuisine les deux verres à  la main, il avait la mine défaite :

- «  Léonard a changé de couleur ; il est bleu… »

Léonard, c’était leur poisson rouge.

 

Elle s’était précipitée. Ce ne fut pas la couleur du poisson qui l’étonna le plus : Léonard la regardait de ses yeux ronds et globuleux, comme aucun homme ne l’avait jamais fait. Léonard la matait ! Léonard se rinçait l’œil, un œil terriblement malsain.

 

Lui, il était resté debout, face au ciel, les coudes appuyés sur la balustrade, et les mains jointes, comme en prière.

Mais il ne croyait en aucun dieu et elle ne l’avait jamais vu prier.

 

Elle était retournée dans leur lit et s’était endormie.

Le jour se levait quand il l’avait rejointe. Il s’était collé contre son  dos et avait glissé son sexe entre ses fesses.

 

Leurs corps les sauveront-ils ?

 

© Arthémisia – août 2012

 

Avec : Le Grand verre ou La Mariée mise à nu par ses célibataires, même (1915/1923)

Marcel DUCHAMP

Musée d’Art de Philadelphie. 

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1626 - Epluchage

Publié le par Arthémisia

 

http://www.modigliani-foundation.org/Portrait-of-Madame-Survage.jpg



Puisqu’ils ont accumulé trop de peurs, de douleurs, de saleté, il faudra probablement éplucher nos yeux, prendre le couteau le plus affûté et éliminer cette peau fine qui les fait tant souffrir, les pique, les torture jusque dans leur sommeil.

Il faudra prendre bien soin d’enfermer les morceaux retirés dans des contenants hermétiques, inviolables, dans lesquels ils ne pourront germer. Juste s’asphyxier. J’ignore où nous pourrons les stocker. En orbite peut-être, histoire de filer la métaphore.

Il faudra alors nourrir ces yeux nus tels nourrissons au sortir de leur mère, les nourrir de ce qu’ils ne pouvaient plus voir, ce qu’ils avaient perdu, ce qui renforcera leurs cristaux de lumière pour les faire briller comme des pierres précieuses, ce qui emporte les mondes au-delà des écorces brûlées, des terres desséchées et des armes brisées.  

Peut-être d’un brin d’herbe, d’une coquille nacrée, d’un mot écrit dans l’air, d’une caresse qui dure, ou de chairs accouplées ?

De Beau?


 

© Arthémisia – mai 2012

 

 

Avec : Portrait de Madame Survage – Amedeo MODIGLIANI

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1623 - Encore avril

Publié le par Arthémisia

 

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Elle s’était allongée sur le côté. Sa tête s’enfonçait dans l’oreiller.

Elle avait glissé sa main droite dans ce petit creux ménagé entre cou et plumes; il y restait juste la place pour que la gauche vienne souligner sa joue.

Elle dut attendre quelques minutes avant le chaud.

Mais ses pieds, croisés l’un sur l’autre, repliés sous ses cuisses, sentaient l’hiver. Elle pédala, superposa tous les coussins du lit, et s’endormit tant bien que mal sans avoir vraiment acquis la sensation du bien-être.

C’était encore avril.

 

© Arthémisia – 04/2012

 

Avec : Christian RENONCIAT – Coussin de bois - 1979

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1622 - Et le Froid

Publié le par Arthémisia

 

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Et le froid monta dans son dos telle une plante grimpante.

Arrivé aux épaules il pesait tant qu’elle se courba sous la brûlure. Elle eut mal aux reins, à la nuque. Sa tête tomba sur le clavier.

Quand on la trouva, ses yeux fixaient encore l’écran vide.

 

 

© Arthémisia – 04/2012

 

Avec : Klaus PINTER – Le Cocon

Chapelle des Jésuites – Cambrai – juin 2011

Photo personnelle 

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1620 - Le Numéro 1620

Publié le par Arthémisia

 

http://storage.canalblog.com/60/99/119589/26973847_p.jpg

 

 

 

Après les huit heures de cours de la journée, elle s’était glissée sous la couette. Il faisait de nouveau froid en cette fin avril et les élèves étaient de plus en plus indisciplinés. Les sortir visiter l’opéra avait été une pure folie.

 

Elle aurait pu dormir jusqu’au lendemain, mais elle fut réveillée par des coups épouvantables frappés contre la vitre ; un oiseau se trouvait pris au piège entre la fenêtre et les volets qu’elle avait juste écartés et coincés par l’espagnolette. Il se débattait frénétiquement dans cet espace étroit dans lequel il ne pouvait même pas déployer ses ailes, se cognant violemment, affolé, ne sachant plus où trouver la sortie.

Sa danse macabre dessinait des ombres frénétiques sur les murs de la chambre.

 

Elle ne savait quoi faire. Si elle ouvrait la fenêtre, il était évident que l’oiseau allait immédiatement pénétrer dans la pièce.

Elle se sauva lâchement dans le salon, en fermant la porte avec sureté, ne voulant surtout plus entendre les chocs du volatile contre la vitre. Elle espérait qu’il arriva seul à ressortir du piège où il était entré.

 

Quand elle revint dans la chambre après le dîner, l’oiseau reposait sur l’appui de la fenêtre, mort.

Elle poussa son corps dans le vide avec un journal qui traînait sur la table de nuit, et le vit, les ailes étrangement ouvertes, mais le ventre en l’air, atterrir sur le trottoir dans une position indécente.

 

Elle alluma son ordinateur et écrivit l’article numéro 1620 de son blog.

Où était l’indécence ?

 

© Arthémisia – 04-2012

 

 

Avec : Joan MIRO – Personnage et oiseau – 1973

Fondation MIRO - Barcelone

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1617 - Les sandwichs au chocolat

Publié le par Arthémisia

 

http://www.marcelduchamp.net/images/chocolate_grinder.jpg

 

Je n’ai pas fait les courses.

Mon frigo ressemble à celui d’Arielle Dombasle ¹ : un yaourt périmé et une tomate vétuste.

Aujourd’hui j’ai juste réussi à ranger et nettoyer l’appartement. 60m², c’est vite fait.

Je devrais aller m’acheter des chaussures. J’ai porté cette paire tout l’hiver et le cordonnier m’a ri au nez quand je lui ai demandé s’il pouvait me les sauver.

Je devrais vraiment aller m’acheter des chaussures. Au moins deux paires. Mais je n’ai pas envie de me jeter dans les rues, d’affronter les gens qui avancent en face de moi et ne se décalent jamais quand nous nous croisons ; si je ne bouge pas, le choc est inévitable. Je ne veux pas de choc. Surtout pas aujourd’hui, et je n’ai pas envie que ce soit encore moi qui me décale.

Pourtant je devrais vraiment aller m’acheter des chaussures.

Et remplir le frigo.

Tu veux venir dîner ? On commandera des pizzas.

Ou bien on fera des sandwichs au chocolat.

 

 

¹ Evocation d’une photo affligeante parue dans un vieux Elle.

 

© Arthémisia – 04/2012

 

Avec : Marcel DUCHAMP - La Broyeuse à chocolat n°2

 huile sur toile – 65 x 54 cm. The Philadelphia Museum of Art, Philadelphia

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1615 - Il se pourrait

Publié le par Arthémisia

 

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Il se pourrait qu’assise face à la fenêtre, elle se mette à regarder le ciel. Sans rien dire. Le ciel aussi serait muet. Il n’y aurait rien à dire. Juste à regarder. Non, voir.

Il se pourrait que ce soit plein et vide en même temps. Tellement égal, tellement partout pareil, pétri de lumière et d’eau. Un temps sans temps.

Il se pourrait même qu’il n’y ait rien d’autre.

Il se pourrait de toute façon, qu’elle n’ait pas envie de bouger, pas envie de regarder ailleurs, pas envie de bouger ni le corps ni les yeux.

Il se pourrait qu’elle ne bouge plus.

Il se pourrait qu’elle devienne le ciel. Par osmose.

Il se pourrait que d’autres aient aussi des larmes.

 

© Arthémisia – 03-2012

 

 

Avec : Vihelm HAMMERSHOI (j’ignore le titre de l’œuvre)

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