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Articles avec #rayonnages tag

1503 - Big Sur – Sea … la mer à grands fracas.

Publié le par Arthémisia

Une de mes lectures d'été..

http://img.over-blog.com/499x333/1/35/13/57/fevrier09/1McWay-Falls_Big-Sur.jpg

Beatnik désenchanté, Jack KEROUAC, à peine caché sous les traits de son héros alcoolique et drogué Jack DULUOZ, fait une tentative de ressourcement dans une cabane solitaire que lui prête un ami sur la plage de Big Sur en Californie ; mais l’impuissance, l’horreur,  et la mort le poursuivent. Il se rend compte que la folie le gagne.

Le long poème « Sea » est la retranscription finale sur les 24 dernières pages du recueil de sa perception des bruits de la mer.

Un magistral écho de toutes les douleurs du monde…

 

En voici un extrait en français  (p. 301-302).

J’ai essayé de recopier le plus fidèlement possible la ponctuation et l’orthographe si importantes dans ce texte.

Vous pourrez le trouver en VO intégrale …Il m’est impossible de le copier en entier ici ; OB le trouve trop long.

  .../...

« La mer m’a emporté

Elle m’a crié : " Va vers ce que tu désires ! "

─      Remontant en courant la vallée,

Elle ajoute dans une clameur ultime

─      " Et ris !" »

 

La mer elle-même ne peut m’empêcher de transcrire

les mots que je lirai quand je deviendrai vieux

─      Voici la carte des formes brèves

mer la plus brève de toutes ─ Chiche-toi ──

Après m’avoir effrayé ainsi, Mer,

Je vais excorier ton bouge ─ tes

algues iodées et tes cercles de fange ──

Relents du goémon creux même quand il est séché ──

── tu pues de partout

Bououm ─ Essaie cela, glisse─

la petite barque de pêche de Monterey

redescend vers le port en glissant, encore 15 milles

pour rentrer faire frire le poisson et boire la bière ──

Il suit sur la mer le trajet des oiseaux

── Argent à jamais perdu

── du ciel bleu des ponts humains

                    au massif nuage qui s’entasse au milieu de la mer ── jusqu’au gris ──

Certains garçons appellent ça bleu canonnière

ou gris, mais pour moi

c’est la Guerre Civile des Rois

── Les Rois deviennent air, les rois deviennent eau.

et roc ──

Kara tariva, muache grande bache

── pooch l’abas ── crooouch

l’a haut ── Plache au pied

P i i i i i ── Rolle test boulles ─

          Manche d’la rache ──

Le Roi joli l’emporte

sur la tête de l’oiseau qui chante ──

« Crache des idées ¹» , crache tes idées

me dit la mer, à moi, très

à propos ──

 

…/…

 

1 – En français dans le texte

21 August 1960

Pacific Ocean at Big Sur

California
 

 Big Sur - Jack KEROUAC  

Edition Gallimard - olio -1993
--------------------------------------------------------------

« Il ne faut pas se demander ce que veut dire un texte.

Il faut se demander ce que peut dire un texte. »

Emmanuel LEVINAS

cité par Daniel MESGUICH dans le 7/9 du dimanche 3 avril 2011 sur France InteAvec : une plage à Big Sur - Californie

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1477 - Un Soir au club

Publié le par Arthémisia

 



http://img2.wantitall.co.za/images/ShowImage.aspx?ImageId=Bill-Evans-Quiet-Now-Never-Let-Me-Go|613CoAmmD-L.jpg

 

Ne passons pas à côté des nuages. Ils pourraient nous manger.

Telle est la petite musique du livre de Christophe GAILLY, Un Soir au club.

Dans un style très élaboré, très feutré, intimiste, GAILLY raconte l'inéluctable : il sait de quoi il parle, de qui il parle ; le bal s'ouvre avec  COLTRANE.

Jusqu’au Never let me go.

 

Simon arrive dans cette boîte  bretonne tout à fait par hasard.

Il a abandonné le jazz, l’alcool et les excès depuis dix ans pour adopter une vie de famille rangée. Dans ce bar de province il va retrouver sans beaucoup s’y refuser, le plaisir de ses démons, la liberté qui grise, et s’accrocher au bras de Debbie la propriétaire chanteuse.

Parce que ce jeune pianiste qui joue devant lui tisse dangereusement le roman blanc et noir d’une vie réactivée.

 

Emporté par la fulgurance de l’instant, il replonge dans la musique qu’il aime et recule le moment de rentrer à Paris, retrouver sa femme, Suzanne.

Mais Suzanne sait.

Et Simon sait qu’elle sait.

Pour l'empêcher de le voir lever l’ancre, Suzanne part le chercher en voiture.

 

Peut-on toujours sauver sa vie ? 

Pour tout vous dire, il semble que seul Dingo, le chat de Suzanne, connaisse la réponse à cette question.

 

© Arthémisia - 07/2011

 

Un soir au club

Christophe GAILLY  

Prix du livre inter 2002 - Editions  de Minuit

 


 

Avec : pochette du CD de Bill EVANS dont est extrait Never let me go.

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1382 - Capri n'est pas Itaque

Publié le par Arthémisia

Celle qu’il aime est une image protégée, projetée, un rêve idéal, l’instrument de sa fiction.

Il lit et relit Homère et croit à la durabilité.

Il est poète et il ne comprend pas pourquoi Elle le méprise.

Capri n’est pas Itaque.

Et les voitures roulent trop vite, en Italie.

Copyright © Arthémisia – 07/1

 

Texte inspiré par la lecture du Mépris d’Alberto MORAVIA

Avec : Brigitte BARDOT  et Michel PICOLLI  dans Le Mépris – Jean Luc GODARD 

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1245 - The Grapes of wrath

Publié le par Arthémisia

 

http://lewebpedagogique.com/collegedesaintvalerien/files/2008/05/lange_migrantmother_1.jpg

 

 

632 pages pour une grande épopée :

 

 

John STEINBECK

Les Raisins de la colère

Traduit de l’anglais par Marcel DUHAMEL et M.-E. COINDREAU

Edt. GALLIMARD (Folio), 1947

 

 

La sécheresse du Dust Bowl chasse la famille Joad de sa ferme de l’Oklahoma.

Le fils Tom, récemment sorti de prison après avoir purgé une peine pour homicide en légitime défense, et bravant l’interdit qui l’oblige à rester dans l’état, entraine toute la famille, dans une épopée sur les routes en direction d’un hypothétique paradis : la Californie, jardin de la côte ouest, où des publicités (mensongères) promettent de trouver du travail dans les vergers.

Le groupe – grands-parents, parents, enfants et ami - s’empile dans (et sur) une vieille camionnette et part pour un exode terrible sur la célèbre route 66 à travers le désert, exode qui verra mourir les grands parents, partir le fils ainé et l’époux immature de la fille enceinte et plonger la famille dans une destinée mortifère.

 

Livre social, Les Raisins de la Colère permettent à Steinbeck de développer des thèmes qui lui sont chers.

Tout d’abord le rêve américain, celui de la propriété, qu’abandonnent les Joad au début du roman mais qu’ils rêvent de posséder de nouveau très vite dès leur arrivée en Californie, la Terre Promise. Attiré par les pensées communistes, Steinbeck n’en reste pas moins un …américain.

 

La fatalité est omniprésente dans le roman ; le parcours de quête est sans cesse contrecarré par les événements, la rude météo mais surtout les représentants légaux. Ainsi après un très dur séjour dans un camp de fortune dans lequel s’empilent les familles de migrants, la situation semble pouvoir s’améliorer : la famille Joad est hébergée dans un camp du gouvernement où elle trouve un peu de confort.  Mais les autorités locales les chassent bien vite. Rien de positif ne peut durer.

 

Mais l’amitié et la solidarité portent les hommes. Tom qui se lit avec un pasteur défroqué dès le début du livre, pasteur qui accompagnera la famille dans sa fuite, noue avec lui des rapports humains très forts : chacun d’eux semble avoir en lui la perspective christique d’un héros, une forme d’immanence où se dessinent les vertus cardinales de l’homme face à son destin. Jamais ils ne baisseront les bras, et l’épopée humaniste qui les soude les fait aller au-delà de l’impensable. Acteur de la famille (son père y est présenté comme un personnage qui se laisse porter), Tom, anti-héros par excellence, vengera son ami impliqué dans une manifestation et lâchement assassiné par des gardes. Il devra fuir.

 

Et c’est Ma, la mère courage, qui encaisse les désastres, retrouve toujours l’énergie quasi tellurique de poursuivre.


La dernière image,  de  la fille qui vient d’accoucher d’un bébé mort-né et qui donne le sein à un vieillard mourant de faim est une très troublante allégorie de la charité.

 

Elle se pressa contre lui et attira sa tête vers elle.

-        Là ! Là.

Sa main glissa derrière la tête et le soutint. Ses doigts caressaient doucement les cheveux de l’homme. Elle leva les yeux, puis les baissa et regarda autour d’elle, dans l’ombre de la grange. Alors ses lèvres se rejoignirent dans un mystérieux sourire.

 

Bel hommage aux femmes, et aux mères qui, en temps que dépositaires de la forme matricielle s’en trouvent aussi le berceau de l’instinct social et de l’avenir éthique.

 

Car à mon sens,  l’horizon civilisé ( ?)  semble encore 80 ans après la grande dépression, du côté de la protection des faibles et d’une forme, que certains taxeront de romantique, d’humanisme et de respect de la vie.

 

 

Notez que Les Raisins de la colère sont placés au 7ème rang du classement des 100 livres du siècle réalisé par un …grand marchand de livres en 1999. Ce n'est peut être pas pour rien...

 

 

 


Copyright © Arthémisia – août 10



 

Avec : Florence Thompson ou  Mère migrante

- Dorothea LANGE – 1939 – Photographie

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1176 - L'Histoire de Lapin Tur

Publié le par Arthémisia

 

Lapin-Tur.jpeg

 

….Partout on entendait : « j’aiiiiime Lapin Tur ; j’adooooooore Lapin Tur » ; cela dura quelques années. Un jour il (Lapin Tur) en eut marre…il lança à l’assistance : « Lapin Tur vous dit merde » et il alla se pendre dans le salon…..

 

Voilà le ton de calambour qu’emploie l’artiste peintre Niele TORONI pour gentiment se moquer de la peinture de chevalet.

 

Rire de ce que j’aime et de ce qui trop souvent fait mon sérieux, cela ne m’arrive pas souvent !!!!!

Je tiens le pari que vous aussi vous aimerez ce Lapin Tur, qu’il vous rappellera à vous qui vous êtes frottés à la peinture, les bonnes odeurs de l’atelier, les affreux moments du doute créatif, pourquoi pas quelques vernissages un peu trop mondains et que  peut être vous l’accrocherez dans l’entrée : « I gusti sono gusti, come diceva qul gatto che si lecca il culo »…..

 

Cerise sur le gâteau, l’Histoire de Lapin Tur de Niele TORONI  - Editions Allia – mars 2010, vous est offert si vous achetez 2 livres dans « sa petite collection » (celle dont les livres ne coûtent que 3€). Petits livres à emmener dans sa poche pour passer le temps dans les transports en commun par exemple ou tromper une attente chez le médecin.

 

Ces éditions ont un grand mérite : mettre à la portée de tout un chacun et pour un prix très modique un choix excessivement varié  de textes néanmoins de grande qualité.

Par exemple, pour  profiter de l’affaire du Lapin je me suis offert La vie de Gérard de Théophile GAUTIER (3 €) et du même Gérard… de NERVAL Nuits d’octobre (3€).

Et dans cette même « petite collection » je vous avais déjà parlé de l’Eloge du rien.

 

 

Aujourd’hui, et pour ....rien (!) , je vous (pro)pose un Lapin.

Tout cela est bien innocent, avouez-le !…

 

http://www.legaljuice.com/playboy%20bunny%20logo%20image%20picture%20magazine-thumb.jpg

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1121 - Lecture irrationnelle de la vie (LIV)

Publié le par Arthémisia


http://salondart.astarac.fr/Artistes/ArickxLydie/2008-007/photo

 

Rien ne me tape plus sur les nerfs que les gens qui attribuent systématiquement des qualités ou des travers aux autres sous prétexte qu’ils sont homme ou femme, comme si certains caractères étaient sexués.

 

Ainsi combien d’hommes, peu évolués devant l’héritage machiste des générations qui les ont précédés, qualifient toutes les femmes de superficielles, de dépensières, de sottes, voire de c…. (oui, oui, je vous assure que je l’ai entendu !)

 

En retour certaines femmes peu attentives, taxent la gente masculine de manque de sensibilité, d’écoute, et d’égoïsme.

 

Je le reconnais, et j’en suis la première convaincue : certaines qualités ou certains défauts sont plus ou moins féminins ou masculins. Ce qui me gène, c’est la généralisation qui en est faite.

 

On se demande comment avec de tels attributs,  les hommes et les femmes arrivent encore à vivre l’Amour, comment les femmes cultivées et intelligentes et les hommes sensibles et aimants, arrivent à survivre hors de ces « normes » ridicules.

 

 

Heureusement le livre de Marcel MOREAU,

Lecture irrationnelle de la vie
(Edition Complexe),


dont je vous ai déjà donné un extrait, m’a prouvé combien tout est encore possible.

 

Marcel MOREAU lui-même, est un homme sensible, sensoriel, sensitif, et c’est ce qu’il veut placer bien avant la raison comme moteur de sa (la) vie.

Ayant fait l’expérience dans sa jeunesse d’une forme de formatage de sa pensée par la raison (en l’occurrence un endoctrinement politique) et en ayant vécu, mesuré, analysé et compris les conséquences sur son développement personnel et l’inadéquation de cette pensée imposée avec les furieux appels de son intime, il propose un mode de fonctionnement qui paraîtra peut-être périlleux à certains, un mode de fonctionnement hors consensus, basé sur un instinct que chaque expérience éclaire.

Il ancre l’humain dans une contre raison qui puise sa force dans la personnalité, l’affirmation par la parole, l’expansion de l’individu hors de modes sclérosant(e)s, du dire hypocrite. Il parle sauvage, hors des murs, hors du champ, viscéralement, libre.

 

Je vous laisse apprécier – et j’ose parler d’intelligence sensible - comment en quelques mots et loin de normes dont je vous parlais en début de mon article, il évoque la femme comme la source de son écriture…(page 249)

 

            Pourquoi j’écris ? Et pourquoi pas « Pour qui j’écris ? » J’écris pour la Femme* dont les entrailles sont belles. J’écris à celle qui se cherche, dans ses entrailles, des mots que je voudrais écrire dans la chaleur des miennes. J’écris à ces entrailles d’Elle qui m’inspirent des arts que je ne sais comment dire, et ne sais faire en sorte qu’ils soient son art à Elle. A ses noirs entrailles où tournent dans leur sang des moulins à prières, prières inouïes, par le sexe balbutiées, ruisselantes exaucées.

            J’écris à ses orgasmes, à son dieu de la Danse* noyé entre ses jambes, à sa bouche qui enfle au gré des incensures, et j’écris à ses yeux où l’autre soir j’ai vu des désirs chevaucher des désirs et de premières luxures se lever comme le jour, ne se coucher qu’à l’aube. J’écris des mots nouveaux connus qui s’en vont dans son ventre mendier des mots nouveaux. J’écris à ce corps-là sa rare immensité contractée dans un spasme. A ses berceaux de chair où rit l’enfance perverse. J’écris des écritures qui plongent dans mon corps et le sien à la fois, et qui ne se séparent qu’aux écritures blasées, lasses d’avoir joui…

 

 

Je veux donc vous remercier, Monsieur MOREAU, pour toutes les femmes qui ne sont pas des grues, et pour tous les hommes habités de sensibles.


Vous me confortez dans le fait qu’ils existent. Ils existent. J’en ai rencontrés.

Ils se reconnaîtront.

 

 

*Les majuscules sont de MOREAU lui-même.

 

© Arthémisia fév.10

 

Avec : Lydie ARICKX – L’Extase

Technique mixte sur toile émeri - 292x207

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912 - La Pierre de patience

Publié le par Arthémisia

 

 

"Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente "). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré. "

 

....Voilà ce que nous dit l'éditeur de ce :


Syngué sabour

Pierre de patience


d'
Atiq Rahimi

(Prix Goncourt 2008)

 

154 pages  seulement, pour cette quasi tragédie grecque, cantonnée, concentrée, dans une  terrible unité de lieu et de temps, une chambre où git  un homme agonisant,  un  soldat d'Allah jadis si fier de sa supériorité masculine mais désormais totalement dépendant de sa femme qui le veille. 

Le temps pèse. Le lieu pèse. La solitude pèse. Le vide pèse. Et même les anecdotiques insectes pèsent. De toute leur dégoûtation. La vie d'une araignée captive le regard. Une mouche joue les exploratrices et s'englue, incongrue.

L'existence, elle-même est un monstre de plomb. En lien avec celui qui git dans la nuque de l'homme.


Alors la femme parle, prie, crie, dit. Elle parle d'elle. Elle se parle. Elle parle à Dieu. Elle parle à l'homme, son homme auquel elle n'a jamais pu parler.

Elle dit les mots qu'elle n'a jamais pu prononcer, les mots de sa révolte, contre la soumission et la barbarie des hommes, les mots de son attachement et de ses frustrations, les mots de son impatience, de son corps aussi, de ses désirs, de son plaisir prohibé.

Elle parle avec son cœur, son ventre, ses tripes, son sexe.

Héroïquement.


Certains trouveront ses paroles provocantes, vengeresses, voire sordides. Je ne peux, d'abord en tant que femme, que les accompagner devant la révolte devant le sort,  devant l'absurde de cette guerre fratricide, devant le déni de la femme (....afghane), devant le pourquoi, devant les éternelles questions, devant  l'Eternel(le) question.

Lisant ces pages intimes et crues, j'avançais pleinement avec l'héroïne dans son silence et dans sa rage. De femme à femme cela est probablement plus facile. Fais-je du sexisme primaire ? Je ne sais. Il me semble que la guerre reste une affaire d'hommes. Et la mort une affaire de femmes.


Alors je dis bravo à Atiq RAHIMI, l'auteur afghan de ce chef d'œuvre éblouissant d'humanité, et d'amour, qui écrit pour la première fois en français, dans un style lumineux, et  peint à petites  touches visuelles, auditives, olfactives, gustatives...un livre sur le souffle, concis et subtil, et pourtant extrêmement  dense et  profond dont  il est impossible de sortir indemne.


Car la  clef de cette pierre de silence est peut-être bien au-delà de la question  de la femme musulmane, et de la guerre en Afghanistan, une  révélation beaucoup plus universelle de la relation femme/homme voire de la féminité?


Lisez, ....surtout vous, Messieurs !


Copyright © Arthémisia - Avril 2009

Avec : photo d'une femme afghane - L'Express

 

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909 - Journal d'Hirondelle

Publié le par Arthémisia

 

Urbain écoute Radiohead.

Urbain a perdu son boulot, son amour et du même coup, le goût  des plaisirs ; il est devenu insensible et détaché de toute réalité.

Urbain devient tueur à gages.

Et Urbain tue.

Car seule la mort de l'autre arrive à lui ramener des sensations, à commencer par celle du sexe. Alors Urbain tue, beaucoup.

Sur commande et même simplement pour  lui, pour entretenir sa jouissance.

Il tue des gens qu'il ne connait pas, dont il ne sait rien.

Donner la mort lui est devenu addictif. C'est un cumulard du crime, accro à l'hémoglobine, à la tête éclatée, au trash. Plus la scène est sanglante, plus la jouissance est intense.

Urbain est un obsédé du macabre.

 

Mais un jour tout bascule. Une jeune fille, que le héros prénommera l'Hirondelle, va nettoyer toute cette horreur et redonner sens, sentiments et sensations à la vie d'Urbain du même coup rebaptisé Innocent.


Et pourtant cette jeune fille a elle aussi une arme à la main. ...

Et un journal intime très convoité.

 

Je ne veux vous en dire plus, sous peine de dévoilé l'essentiel du roman qui bien évidemment tourne autour de la question de la sexualité.

Car dans ce petit roman de l'intime, avec son style incisif, enlevé, notamment dans les dialogues, et son côté décalé, fantasque voire complètement délirant, l'auteur fait, de ce qui ne pourrait n'être qu'un polard très malsain, le récit d'une fascination, d'une (re) naissance par la rencontre, le face à face,  de l'enfance et de la mort.

Et questionne bien sûr notre dualité.


Un bijou, d'une heure et demi de lecture...


...Journal d’Hirondelle – Amélie NOTHOMB

 

 

Avec : Juan MIRO - L'Amour d'hirondelle.

 


Copyright© Arthémisia - avril 2009

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888 - Dans ma maison sous terre

Publié le par Arthémisia

Lu...

Dans ma maison sous terre

Chloé DELAUME

Edition du Seuil - Janvier 2009

 

 "A l'arbre du jardin, elle s'est."
 

De tombe en tombe, Chloé arpente le cimetière  en compagnie de son ami Théophile et y recueille les confidences des morts.

Que cherche-t-elle ? Un territoire pour ses mo(r)ts....

Car Chloé a pour but d'écrire un livre meurtrier, celui qui tuera sa grand-mère qui lui a révélé l'ignoble secret de famille, ce secret  qui lui a fait perdre son identité.

Maman et grand père sont morts.  Chloé est allongée sur eux. Et Papa ?... Sale histoire... Grand-mère est bien vivante, elle !

Pas question pour la petite Chloé de faire dans la dentelle. Elle a le crêpe abject. Il faut que ça saigne, que ça « boyaute », que ça se fissure, que ça meurt. Et vilainement. Pour (mieux) vivre.

Mais qui est Chloé, l'héroïne de ce livre ?

On hésite. On y croit presque. Et non, Chloé, ce n'est pas..... Et pourtant la réthorique est si proche de l'intime. Et on tremble,  après la traversé de l'expérience, de ce parcours si touffu, aux récits cumulés mais unidirectionnels vers la mort, aux récits si strictement ...réels.

L'écriture très travaillée, élégante et rythmée, a dû en être que plus jouissive. La lecture ne l'est pas moins.

De l'humour, aussi parfois... Il faut bien respirer.

La première raison pour laquelle j'ai acheté ce livre va vous sembler bien ridicule : je vous l'avoue, j'ai tout de suite flashé sur le physique très fortement construit de l'écrivain. Mi gothique  mi déjantée, Mademoiselle DELAUME entretient son personnage : chair blanche, œil et carré noirs, ENAURMES lunettes cerclées de noir, bas sombres et filés sous jupe courte...

Son physique et sa vivacité de réponse. Le journaiste qui l'interviewait en perdait le fil de sa pensée.  La demoiselle est déroutante et entretient son mystère, un mystère narcissique et bien sombre que je ne saurais  dévoiler faute d'être certaine d'en avoir compris ne serait-ce qu'une moitié.
Car bien sûr cette mort particulièrement regardée, rôde tout le long du livre en posant la psychanalyse comme une nécessité.  Nécessité de se construire sur l'échiquier des tombes, d'écrire sur la mort pour oublier les tourments de l’abandon et de poser enfin - in fine - sa réalité.

Copyright © Arthémisia - mars 2009

Avec : Piet MONDRIAN - Composition avec lignes  

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875 - " Qui vit content de rien possède toute chose."

Publié le par Arthémisia

 

Il était là avant tout le reste.

Il est partout.

Il est immuable, indivisible.

Il est excellent.
Qui a-t-il de plus beau qu'Homère? Lui....

Tout est moins que lui.

On aspire à lui.

On veut être tout ou lui.

.../...

 

Vous avez deviné de qui/quoi je parle ?

Je parle de Rien.

 

Car c'est d'un court et très savoureux texte, dédicacé à ..personne...et qui reprend sur le mode parodique la forme classique de l'éloge, dont je me suis délectée hier soir, texte de 58 pages, élaboré autour d'un seul mot « Rien » :

 

« L'Eloge du rien »

Edition Allia - décembre 2008

3 euros...

 

(Ce n'est pas trop cher pour Rien !)

 

Son auteur anonyme joue remarquablement de la langue et de la logique et par des jeux de mots chargés d'humour et de fantaisie élève la dérision au rang de système créateur.

 

Ce texte aurait été édité 3 fois en 1730.

La dernière édition connue a été commise en 1861 à Liège par la Société des Nihilistes d'Europe. Depuis, rien. ( Marie Lissart et Etienne Rouziès)....


Faute de mieux - j'entends une charmante compagnie -  pour passer une bonne soirée, on peut se satisfaire de ce rien...

 

 

Copyright © Arthémisia - Février 2009


Avec
: Yves KLEIN -
Exposition dite « du Vide » autrement appelée « Zone de sensibilité picturale immatérielle » -
Galerie Iris CLERT - 1959

 

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