2 - Jeux de mains
Ma main se tend, vers la tienne. Elle s’y love, s’y enferme,
coquillage de doigts.
Ma main vit dans la tienne, dans les tiennes, oiseau recueilli que
tu réchauffes de ton souffle.
Ma main se noue à la tienne, tissage de phalanges, nœuds vaudou. A
la mort.
Ma main se chatouille à tes cheveux, y trace des sillons, joue de
tes boucles, lisse, et chiffonne tes vagues capétiennes. Enfant.
Ma main se creuse et attend le don, le cadeau, l’offrande, le
baiser, pour mieux se refermer sur lui et l’avaler tout à trac.
Ma main offre l’objet et la caresse, celle de la ligne imaginaire
qui suit la veine palpitante, celle de l’aplat de la chair et du muscle tendu, celle de l’ombre secrète ou de l’éclat de lumière qu’elle accompagne.
Ma main essuie la larme, efface la ride, le temps, gomme la
douleur, l’absence.
Ma main nage et se noie dans les jus colorés des lèvres
gourmandises, dans les mers masculines des bouches spermatiques, dans les grottes taboues où nul ne va jamais.
Ma main cherche, fouille, appelle, se perd, aux creux du drap
chiffon où nos corps se concentrent.
Ma main tient, agrippe, ne lâche pas, s’enfonce et pénètre, mâle
crispation d’une jouissance partagée.
Et ma main retombe, amollie, et s’abandonne à la lourdeur de
l’apaisement, envahie de silence.
Ma main prie dans la nuit.
Ma main, pour toi, encore…
© Arthémisia - février 2006
Avec : La Main d'E.-
© Arthémisia
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