654 - On est deux!
Soudain des dunes d'eau remplissent nos yeux. La marée monte ; c'est l'affolement, l'extrême galop. On court à pleins poumons. On court à plein sang, à plein temps. On court parce qu'on y croit, parce qu'on y croît.
On est géants, géants grisés et gris, ivrognes de nos vies. Et on boit encore, toujours. Notre bouche aspire, tête, se nourrit, avale goulûment, s'inonde, nous inonde, du monde sur lequel nos pieds spectraux ne laissent plus traces.
C'est la fontaine, la cascade, la source, la rivière, le fleuve en crue, les cataractes, les grandes eaux du Château.
Qui l'eut cru ?
Le bateau de bleuets et de mangues ballote de bâbord à tribord, s'élève très haut dans la gerbe mousseuse, lutte contre la vague, retombe platement sur le mur blanchi, dans un fracas de tombe et repart, repart encore, vers nous.
On tient la barre, le cap. On ferme les yeux pour s'en remettre aux cieux.
Et on les ouvre fort pour crier qu'on est deux, nom de Dieu !
On est deux !
Copyright © Arthémisia - mai 2008
Illustration : Alberto GIACOMMETTI - Homme et femme
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