676 - Le Jour
Il faudra bien un jour s’éloigner du rivage,
Prendre le chemin de terre blanche, tant vide de son
sang,
Courir après l’aurore et ses papiers de chiffres,
S’accrocher aux calculs, et aux listes du temps.
Il faudra bien un jour, rejeter les caresses,
Celles que tu m’as données et celles que j’attends,
Oublier la fournaise des nuits de nos paresses,
Et la cendre des matins dans tes mains de géant.
Il faudra bien un jour, renoncer à la joie,
Des rêves et des peaux, des tables bousculées,
Des lits parfumés d’or et couronnés de jus,
Des fleurs qu’on ne fait plus que dans les catalogues.
Il faudra bien un jour, creuser soi-même sa tombe,
A grands coups de relents et de larmes en boule,
Et apprendre à connaître la gentillesse émise
Par ceux que l’on appelle si banalement les grands.
Il faudra bien un jour
trouver la déconvenue,
Celle repoussée mille fois, image après image,
Oter sa robe de bal et dire joyeusement,
Je suis seule, ce n’est pas grave,
Puisque je suis vivante…
Copyright © Arthémisia - mai 2008
Avec : Michelangelo PISTOLETTO - Vénus en loques
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