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713 - Plume

Publié le par Arthémisia

Je n'avais jamais lu Henri MICHAUX. Je ne connaissais que son travail de peintre.

Je viens de terminer Plume précédé de Lointain intérieur. (NRF- Poésie/Gallimard)

De courts textes (qu'on ne peut appeler nouvelles), des poèmes, des pièces de théâtre en actes d'une demie page, ce livre n'est qu'une suite de très brefs scénarios.

Le titre de  la première partie du recueil, « Entre centre et absence », nous éclaire sur cette rapidité : il semble en effet que MICHAUX  ait besoin d'aller à l'essentiel en enlevant, en évitant, en fuyant. Il nous plonge dans des univers magiques, fous, où tout, du décor à la pensée, est jeté rapidement  comme si le temps et l'espace étaient comptés à l'auteur pour dire ce qu'il a à dire.

Et pourtant, cela fait sens. Cela chemine vers ce que MICHAUX appelle « l'espace du dedans ».

Toute d'introspection, la poésie de MICHAUX est celle d'un espace plastique envahi par la présence décalée et humoristique de l'homme au milieu d'animaux fantastiques, et soumis à des hallucinations (l'eau d'un robinet se transforme en cristaux qui coupent les bras) mais  aussi et surtout -mais peut-être est ce une de mes déformations professionnelles ?- déjà plein de visions internes en passe de jaillissement, de ces  futures « griffures anthropomorphes » qu'il  réalisera de façon affirmée  à partir des années 50 quand il portera plus son action sur la production plastique que dans l'écriture.

C'est évidemment l'écriture d'un visuel, d'un visuel interne, celui d'une condition humaine pleine de fragilité, dans laquelle il nous est facile de retrouver l'ordinaire de notre humanité.

 Voilà un extrait dans lequel je pense pouvoir personnellement me retrouver...

 « ...Dans la tempête, il entend le monde, comme il sonne vraiment. Oh ! Qu'il résonne étrangement ! Il le voit aussi, comme il est, jaune, essentiellement jaune et mêlé d'un peu de boue et d'ocre.

Il est dans la trajectoire et la vie prend un tout autre sens. Chacun est après une autre chandelle. C'est la poursuite vertigineuse, et il n'est pas de pont dans un tourbillon.

Son cœur se met à sauter comme une balle.

En sa poitrine, c'est à présent le barattement du lac de l'émotion.

Comme des bulles, des horizons toujours nouveaux apparaissent, croissent, se dilatent, crèvent, réapparaissent, s'étirent, se dilatent, et encore et encore... »

 A lire comme un voyage, introspectif, léger, drôle mais sans frivolité...jamais.

Copyright © Arthémisia - Juillet 2008

Avec : Henri MICHAUX - Sans titre

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F
J'aime beaucoup les écrits de Michaux et ce petit dessin là aussi (on dirait de la céramique!)
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A
<br /> <br /> <br /> Je me suis bien promis de lire d’autres choses de lui.<br /> <br /> <br /> <br />
J
Venons-en maintenant à Nastagio degli Onesti. J'ai beaucoup aimé cette histoire. On se croirait dans l'Enfer de Dante. Toujours cette idée de répétition. Car pour que le châtiment prenne tout son poids de cruauté, il faut qu'il se répète ad nauseam.Ce qui est plus extraordinaire, c'est la raison du châtiment : l'absence de considération pour le désir de l'autre, la hautesse, le mépris. Tu remarqueras que dans tous les cas, nous sommes sur l'idée de deux verticalités qui ne parviennent pas à s'ajuster, à se synchroniser. C'est par ce que je ne te donne pas ton bon prix, que je te mé-prise, que je m'autorise à te regarder de haut. En m'arrogeant le droit de monter sur ce piédestal, je me condamne à la chute irrémessible, pour toute éternité.Parce que je te méprise, je me méprends. Et ma faute est d'autant plus grande que tu t'es éprise. Je serai damné, donc.Ce conte a une haute valeur morale. La conclusion, que tu avais si élégamment porté à ma connaissance, est exquise. En matière d'échange d'égards et de regards, la complaisance est de rigueur !Je te regarde dans les yeux et je t'embrasse.Jean-Marc
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A
<br /> <br /> Ce qui m’a interpellée, au-delà de la cruauté décrite dans cette nouvelle, c’est cette<br /> nécessité de passer par le visuel pour faire impact, pour amener la croyance.<br /> <br /> <br /> Ce n’est pas pour rien que dès qu’elles le purent (imprimerie, vitrail, statuaire…) les<br /> religions utilisèrent la représentation pour véhiculer leurs messages.<br /> <br /> <br /> Ce texte de Boccace nous ramène à la question de la foi et de la confiance (cf.<br />  Jn .20 : 24-31) et me fait penser à des écrits très contemporains utilisant le poids des mots et<br /> le choc des photos (leur slogan) à des fins commerciales.<br /> <br /> <br /> Mais tu en sais bien plus que moi sur les techniques de vente….<br /> <br /> <br /> Nous sommes dans un siècle de monstration, que dis-je, de déballage.<br /> <br /> <br /> Il me semble pourtant qu’à  vivre ce grand<br /> déballage visuel comme une jouissance suprême, nous en oublions parfois notre libre arbitre et ne nous interrogions plus sur des questions aussi essentielles que celle de la Vérité et de la<br /> Beauté. Nos yeux sont tellement sollicités qu’ils n’arrivent plus à se fermer et à rentrer en nous-mêmes pour nous permettre la réflexion, la pose, la pause (c’est la dessinatrice qui parle aussi<br /> ici !).<br /> <br /> <br /> Ce trop de vue nous incite à donner à toutes les images des valeurs égales, et là aussi il<br /> y a  méprise. Nous perdons nos choix. Il n’y a plus de gradation : tout est condamné à être montré.<br /> <br /> <br /> Et ce qui n’est pas vu est sans valeur.<br /> <br /> <br /> Heureuse que tu me regardes dans les yeux : cela m’enrichit (sourire…) et nous nous<br /> comprenons.<br /> <br /> <br /> Moi aussi, je t’embrasse<br /> <br /> <br /> Arthi<br /> <br /> <br /> ps: Après une digression par un petit Claudel (L'Annonce faite à Marie) que je<br /> vais bientôt voir jouer, mon prochain livre sera L'enfer!<br /> My God que de coïncidences... <br /> <br /> <br /> <br />
J
Oui, Arthi.Tu l'as bien fait ce lien entre Nathan le Sage et le Décaméron (I, 3). Il s'agit bien de cette parabole des trois anneaux. Ou l'art de gagner la liberté en créant de l'indifférenciation... Dans Nathan le Sage, il y a autant d'anneaux que de fils entre lesquels le Nathan, le père, se refuse de choisir. Dans le Décaméron, le Sage auquel s'adresse Saladin esquive la demande du prince qui l'enjoint de dire lequel des 3 monothéïsmes est le plus grand (vrai).Deux variations sur un même thème : les relations d'ordre sont vaines ; c'est en privilégiant l'amour sur la vérité que la paix est fécondée.http://fr.wikipedia.org/wiki/Nathan_le_SageTa curiosité fut aiguisée. Est-elle repue maintenant ?Belle journée à toiJean-Marc
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A
<br /> <br /> Bien sûr et merci à toi, Jean Marc.<br /> L'histoire du Nathan de Lessing est bien identique à celle de Saladin et de son conseiller.<br /> Il faut peut-être comprendre ce choix par l'origine du prénom même, qui est hébraïque, Nathan étant un prophète, conseiller du roi David....et oublier qu'il existe un Nathan chez Boccace dans la<br /> 1ère nouvelle de la 5ème journée.<br /> Belle ...journée à toi, aussi,Jean Marc.<br /> Je t'embrasse<br /> Arthi<br /> <br /> <br /> <br />
J
Nos chemins se décroisent à nouveau Arthi. La nouvelle que j'évoquais est la 3ième de la 1ère journée. Le personnage de Nathan le Sage n'y est pas évoqué, puisque ce dernier est une création de Lessing. Pourtant, c'est clairement là, dans cet ouvrage leste que le dramaturge allemand des Lumières est allé chercher son inspiration première.Je ne connais pas la nouvelle que tu mentionnes. "Chasse infernale"... je me délecte à l'avance à la perspective de lire ces pages. Mon programme pour ce soir est tout écrit : je succombe à la tentation que tu as posée sur mon chemin et reviens vers toi après m'être repu.A très bientôt, donc.Jean-Marc
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A
<br /> <br /> N'ayant pas lu Lessing (sauf quelques pages -bien triées par mes maîtres!-  du<br /> Laocoon pendant mes pauvres<br /> études) je ne saurai trouver de lien entre t(s)on Nathan le sage et celui de Boccace. J'attends que tu m'en dises plus long car ce Nastagio degli Onesti a tout de même un<br /> nom bien proche.<br /> <br /> <br /> Dans mon Décaméron, la 3ème nouvelle de la 1ère journée s’appelle bien « La parabole des<br /> trois anneaux »  mais ne parle d’aucun Nathan. Lessing a peut-être utilisé le nom du personnage de la dernière nouvelle de la 5ème<br /> journée mais le message de tolérance que tu évoques est bien celui de "la Parabole des 3 anneaux". Etrange détournement.... Je crois difficilement à qq. chose de<br /> gratuit de la part de Lessing.<br /> <br /> <br /> Merci de tes recherches.<br /> Tu a s réussi à aiguiser ma curiosité!<br /> <br /> <br /> Belle lecture<br /> <br /> <br /> Arthi<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
J
Après avoir lu ton commentaire, Arthi, j'ai cherché hier dans le Décaméron où il était question de ces femmes de Ravenne, devenues plus complaisantes à l'égard de leurs amants. Je ne les ai pas trouvées. Peux-tu guider ma recherche ?Je t'en sais gré.AmitiésJe t'embrasseJean-Marc
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A
<br /> <br /> L’exemplaire que je lis est découpé en 10 journées, chaque<br /> journée offrant la narration de 2 ou 3  nouvelles récitées par les jeunes gens ayant fuit Florence.<br /> <br /> <br />  L’extrait que je<br /> t’ai cité est à la fin de la 1ère nouvelle de la 5ème journée et s’appelle  La Chasse infernale . On y raconte<br /> l’histoire de Nastagio degli Onesti, que j’ai cru être le Nathan dont tu me parlais. Mais peut-être suis-je dans l’erreur ?<br /> <br /> <br /> Moi aussi je t’embrasse.<br /> <br /> <br /> Amicalement.<br /> <br /> <br /> Arthi<br /> <br /> <br /> <br />
J
Tu lis Boccace ? Quelle surprise... Je viens de faire la découverte du mythe de Nathan le Sage, dont la première narration attestée se trouve dans le Décaméron (I, 3). Décidément, nos chemins se croisent et se décroisent selon une trame qui m'intrigue autant qu'elle me séduit.
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A
<br /> <br /> "... le plus remarquable de l'histoire, c'est que depuis cette aventure, les dames de Ravenne furent plus douces, plus sensibles, et beaucoup plus<br /> complaisantes pour leurs amants."<br /> ...qu'on se le dise!<br /> <br /> Etrange coïncidence...<br /> Belle journée, Jean Marc.<br /> Arthi<br /> <br /> <br /> <br />
J
Je le lisais en troisième.<br /> Si tu as l'occasion de lire "le jardin exalté", "misérable miracle" ou<br /> "les grandes épreuves de l'esprit"...
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A
<br /> <br /> Je suis en plein Boccace et Dante (Le Décaméron et l'Enfer)  et j'attaque L'Annonce faite à Marie de Claudel dont je<br /> vais voir une représentation en Août.<br /> Michaux sera bien pour la rentrée.<br /> Merci des filons.<br /> <br /> <br /> <br />
J
Mon auteur de langue Française contemporain de loin préféré.<br /> Au point que j'ai acheté ses œuvres complètes dans la pléiade...<br /> On n'en finirait pas d'en dire...
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A
<br /> <br /> Pas mon préféré, mais je prends tout de même le Pléïade si on me l'offre! (Je n'ai trouvé que Verlaine à la poubelle!)<br /> C'est tellement ciselé, fin, mûri, ...mais je n'ai lu que Plume..pour le moment.<br /> <br /> <br /> <br />
P
A lire surtout "La ralentie", oeuvre majeure (selon moi qui aime infiniment Michaux)
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A
<br /> <br /> Je note...mon programme lecture de l'été étant déjà archi rempli...<br /> Merci<br /> <br /> <br /> <br />
S
Me vient celui-ci en passant :"Soirs! Soirs! Que de soirs pour un seul matin !Ilot épars, corps de fonte, croûtes!On s'étend mille dans son lit, fatal déréglage!Vieillesse, veilleuse, souvenirs : arènes de la mélancolie !Inutiles agrès, lent déséchafaudagr!Ainsi, déjà, l'on nous congédie!Poussé!Partir poussé!Plomb de la descente, brume derrière...Et le blême sillage de n'avoir pas pu Savoir." H.M.
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A
<br /> <br /> Merci pour ce joli morceau qui me questionne particulièrement...<br /> <br /> <br /> <br />
O
On lit presque toujours un livre au travers de soi-même... égocentrisme ? ou passage inévitabke au travers du filtre de ses émotions, de ses expériences.Je ne connaissais pas le Michaud écrivain ou si peu, voilà qui me tenteBises ma belleO.
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A
<br /> <br /> De petits bijoux, concis, subtils et profonds.<br /> Si tu aimes sa peinture, tu aimeras son écriture.<br /> Bises et bon courage.<br /> Arthi<br /> <br /> <br /> <br />