764 - La Faim*
Elle ne laissera aucun fruit à ceux qui s’endorment sans voir la raideur morne de leur pensée, à ceux que même la nuit n’éclaire pas, à ceux que la possession sécurise comme l’aveugle sa canne, à ceux qui fond Bien parce que Beau n’a pas d’horloge et que Bon est
coupable.
Elle prend tout, tout.
Elle mange les bouches.
Elle laisse les seins sensibles tant elle s’y perd.
Elle abandonne les ventres écumants de son bouillon d’argent et les pétales rougis, arrachés et douloureusement épars.
Elle ne permet plus aux cuisses de retrouver leur paire et déserte les parties secrètes des jungles fumant encore nocturnement.
Elle occupe et elle vide. A gros bouillons.
Elle se cache dans les livres, les images, les écrits, les pensées. Sous les peaux. Les petites peaux secrètes, loin du stérile, de l’hygiénique, du blanc.
Et Dieu sait comme elle est belle quand elle apparaît, grande, brillante, toute de rouge vêtue, fluide et chaude. Sanguine.
Et c’est bien.
C’est même très bien quand on la rencontre. Oh, ce que c’est bien ! Bien, bien, bien !
On la croque à pleine dent. On s’embarbouille. On s’en salit.
Serrés, serrés, collés par nos fluides mais libres.
Alors nos pensées sont plurielles, nos nuits lumineuses, nos yeux gigantesquement ouverts sur l’autre qui n’est qu’à lui.
On fait du Beau sans montre. On donne du Bon innocemment.
On mange à sa faim.
Copyright © Arthémisia – Sept 2008
Avec : Daniel SPOERRI – Tableau-piège: Restaurent de la City-Galerie
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)