880 - Les Lunettes roses

On se réveille. On a les yeux sales, pas démaquillés. Brouillés et embrouillés. D'avoir trop pleuré.
C'est pas notre genre du tout d'aller nous coucher comme ça, encore toute fardée. Le fard fait bouclier.
L'œil noir, l'âme noire. On a tout camouflé.
Tout a coulé.
Le temps a coulé. L'âge a coulé. Les vides ont coulé. La vie a coulé. La solitude a coulé. Et la main, et le cœur, et l'image de l'Autre qu'on essaie d'attraper...
Touchée. Coulée.
Le miroir renvoie son brouillard, son charbon, délavé.
On se fait peur.
On s'est fait peur mais on ne veut pas se faire honte.
Question de fierté.
Mais on met quand même ses lunettes roses. Celles qui affirment qu'on est.
Et on va dans le monde.
Car on le sait : il est aussi meublé d'éblouissantes clartés.
Copyright © Arthémisia - mars 2009
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)