912 - La Pierre de patience
"Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente "). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré. "
....Voilà ce que nous dit l'éditeur de ce :
Syngué sabour
Pierre
de patience
d' Atiq Rahimi
(Prix Goncourt 2008)
154 pages seulement, pour cette quasi tragédie grecque,
cantonnée, concentrée, dans une terrible unité de lieu et de temps, une chambre où git un homme agonisant, un soldat d'Allah jadis si fier de sa supériorité masculine mais
désormais totalement dépendant de sa femme qui le veille.
Le temps pèse. Le lieu pèse. La solitude pèse. Le vide pèse. Et même les anecdotiques insectes pèsent. De toute leur dégoûtation. La vie d'une araignée captive le regard. Une mouche joue les exploratrices et s'englue, incongrue.
L'existence, elle-même est un monstre de plomb. En lien avec celui qui
git dans la nuque de l'homme.
Alors la femme parle, prie, crie, dit. Elle parle d'elle. Elle se parle. Elle parle à Dieu. Elle parle à l'homme, son homme auquel elle n'a jamais pu parler.
Elle dit les mots qu'elle n'a jamais pu prononcer, les mots de sa révolte, contre la soumission et la barbarie des hommes, les mots de son attachement et de ses frustrations, les mots de son impatience, de son corps aussi, de ses désirs, de son plaisir prohibé.
Elle parle avec son cœur, son ventre, ses tripes, son sexe.
Héroïquement.
Certains trouveront ses paroles provocantes, vengeresses, voire sordides. Je ne peux, d'abord en tant que femme, que les accompagner devant la révolte devant le sort, devant l'absurde de
cette guerre fratricide, devant le déni de la femme (....afghane), devant le pourquoi, devant les éternelles questions, devant l'Eternel(le) question.
Lisant ces pages intimes et crues, j'avançais pleinement avec l'héroïne
dans son silence et dans sa rage. De femme à femme cela est probablement plus facile. Fais-je du sexisme primaire ? Je ne sais. Il me semble que la guerre reste une affaire d'hommes. Et la
mort une affaire de femmes.
Alors je dis bravo à Atiq RAHIMI, l'auteur afghan de ce chef d'œuvre éblouissant d'humanité, et d'amour, qui écrit pour la première fois en français, dans un style lumineux, et peint à
petites touches visuelles, auditives, olfactives, gustatives...un livre sur le souffle, concis et subtil, et pourtant extrêmement dense et profond dont il est impossible
de sortir indemne.
Car la clef de cette pierre de silence est peut-être bien au-delà de la question de la femme musulmane, et de la guerre en Afghanistan, une révélation beaucoup plus universelle
de la relation femme/homme voire de la féminité?
Lisez, ....surtout vous, Messieurs !
Copyright © Arthémisia - Avril 2009
Avec : photo d'une femme afghane - L'Express
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