83 - Uxorieux?*
Connaissez-vous cet adjectif ? En anglais uxorius figure
encore au dictionnaire. En français il n'y est plus. Uxorieux se disait autrefois d’un homme qui se laisse gouverner par son épouse....
Habité de beauté, il était allongé sous moi. Le soir dorait sa peau.
Ses sourcils barraient son front d’une volonté encore plus farouche qu’accentuait l’obsidienne de ses yeux qui
s’élargissaient en flaques d’encre de Chine, en temples sacrificiels, en nuits.
Ses doigts avaient glissés sur ma bouche, surfé dans l’humide pour flatter mon cou et mes épaules et accompagner le
recul de mon buste presque à la verticale. Désormais mes seins arrondissaient ses mains.
J’étais assise sur lui.
Il s’agissait de tirer cette position de sa plate et morne géométrie. Quadrature. Pierre angulaire. Origine.
Naissance.
Je décidai de prospecter toute la mathématique de cet angle si droit, de cette imbrication toute pythagoricienne de nos
corps.
Monter, descendre, escalader, lentement, doucement…
Son sexe se dressait dans ma tête plus encore que dans mon ventre alors que des flots de satin et de soie se déversaient
entre mes jambes en glissades ondoyantes. Je me frottais ; je le frottais. L’angle de nos deux corps devenait plus aigu puis retrouvait sa droiture. Mon clitoris murmurait des mots
doux.
Je voulais l’apprivoiser ce sexe, son sexe, le domestiquer.
Je remplaçais la rectitude de mes va-et-vient par de mauresques arabesques : se tordre, vriller son bassin, suivre
des chemins de traverse, louvoyer, voguer, vaguer, divaguer. Je me sentais lui insuffler un souffle de vie, un nouvel essentiel par ma bouche sexuelle qui le triturait, en jouait à droite, à
gauche, le mâchait en tous sens jusqu’à l’enfoncer jusqu’aux abysses les plus enfouies de ma demande. Je le mangeais.
Il laissa s’échapper quelques mots, des fourrures, des renards, des loups. Des chauds. Ils se faufilèrent entre mes
cuisses.
Il plaqua ses mains sur mes flancs enfonçant fermement ses phalanges dans mes hanches. Portance.
Je m’envolais.
Sa musique grandissait en moi. Je sentais son aiguille creuser un sillon comme celle d’un phonographe dans la cire de
mon sexe. Mon balancement s’arrondit, se spirala.
Plus rien ne s’interposait entre mon plaisir et lui.
Je chantais.
Je chantais ma délivrance.
Je chantais mon pouvoir. Le sabbat.
L’espace circulaire de ma vulve ne tarda pas à se laurer de son étourdissement quand mon rêve se ressuscita au creux de
cette conque que ses tremblements non maîtrisés habitèrent soudain. Il a crié.
Nous nous sommes dissouts l’un dans l’autre dans l’étal de nos sens.
J’avais tout dirigé, tout mené, tout conduit.
Il a souri.
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M
A
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