89 - La Clef
Tiens, la voilà la clef de ce blog que tu méprises tant et pourtant sur lequel tu viens tous les jours espionner cette part de moi que tu ne
comprends pas et qui te fait tant honte.
Je le ferme aujourd’hui et je t’en donne la clef. Tu pourras la mettre au fond d’un tiroir, tu sais celui où tu as oublié depuis si
longtemps la femme qui vit avec toi.
Ici j’avais créé un espace d’existence – ô, je sais – tout à fait virtuel, dans lequel je pouvais trouver une sorte de reconnaissance, être
moi, psychiquement et physiquement. Ici j’avais simplement essayé de vivre.
M’interroger sur la fiabilité des réponses que j’ai obtenues ici, des liens que j’ai créés ici, ceci n’est pas nécessaire. Ce lieu était un
lieu d’échange (faux, vrai, quelle importance ?), un lieu de partage, un lieu dans lequel j’ai essayé de recréer une illusion de vie.
Ici je me suis sentie femme, rassurée (ça t’étonnera sûrement que j’emploie ce verbe…) sur mes capacités à plaire…ben oui, une femme à
besoin de ça…Ici je m’étais donné le droit de passer du temps dans ma salle de bains à jouer à la fille, le droit de m’offrir des trucs de filles, tu sais, ces futilités ridicules qui font
chauffer la carte bleue, le droit de me regarder dans la glace sans y voir une pauvre cloche qui passe à côté de sa vie, le droit d’être autre chose qu’une épouse oubliée et une mère qui
voit ses enfants grandir et s’éloigner d’elle. Ici je m’étais donné un espace de liberté, d’écriture, de plaisir aussi.
Je m’étais donné…Oui c’est cela, JE m’étais donné sans le demander à personne, j’ai volé ce
lieu dans lequel j’ai écrit tant de pornographie (je reprends tes paroles) et de douleur aussi, faute de pouvoir la faire cette pornographie et la crier cette douleur parce que
mes mots n’auraient de toutes façons trouvés aucun écho ailleurs quand bien même je les aurai hurlés.
Tu imagineras ce que tu voudras des relations que j’ai pu trouver et entretenir grâce à ce blog : pour toi, elles ne sont que
superficielles, fausses, intéressées, vulgaires et chimériques. Pense ce que tu veux. Cette part de ma vie, jamais, jamais tu ne pourras me l’enlever.
Permets moi de dire merci à ces gens anonymes, qui eux aussi pourtant parfois n’allaient pas mieux que moi, mais qui un jour ont su me
tendre la main, me faire sourire, rire, me faire croire qu’ils m’aimaient un peu, et peut-être m’aimaient vraiment pour certains. Désolée, je ne peux pas m’empêcher d’y croire…Je m'en fous si tu
penses que je suis la reine des pommes!
J’ai une double vie : oui. Celle ci était la plus sensible, la plus mienne, celle dans laquelle je me suis totalement sentie en accord
avec ce que je voudrais être. Mon autre vie, il faut que je la construise car au bout de tant d’années de vie commune, je m’aperçois qu’elle n’est même pas un champ de ruine (cela supposerait
qu’il y ait eu quelque chose de construit avant) mais une plaine vide dans laquelle souffle un vent glacial, la seule chose qui caresse ma peau depuis si longtemps. Suis je si
monstrueuse ?
Aujourd'hui j’ai peur.
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