1018 - Le Broyeur de perles

Il ignore les clartés, se moque des lumières, de leur fête au matin. Il ne sait pas la purification argentée, le sacrifice au Beau.
Il ne sait rien des surfaces diaprées, des iris de lune, de reflets d’eau et des morceaux de lait.
Devant la machine brune, il ne distingue pas les blanches de bébés, les rosées de prairies, les grisées de nuitées, les bleutées d’Atlantique.
Il ne connaît pas mieux leur profond, leur intime, leur cœur de chair humaine, leur âme de poupée. Leur ventre.
Rien ne fait question. Rien ne l’interpelle. Il ne sait que jouer de ses lames et crisper ses mains au bord des rouleaux d’acier.
Le broyeur se moque, se moque de tout. Il broie. C’est tout. Il broie des perles, des perles humaines, par pelletées.
ll remplit la bedaine de métal et retourne manger : il a bien
travaillé.
Et ses bocaux se gorgent de poudre. De poudre à récurer.
A récurer les âmes, les âmes dorées.
A récurer les âmes trop enfiévrées.
Copyright © Arthémisia - septembre 2009
Avec : Marcel DUCHAMP – La Broyeuse à chocolat – 1914
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