1022 - Ouverture ...(Hommage à Willy RONIS)
Mais qui a laissé la porte du placard ouverte ? C’est
insupportable !
L’apocalypse !
Les draps, les serviettes, empilées, avec soin, méthodiquement, hachurent l’oeil.
Taille par taille. Couleur par couleur. Ce que c’est sage ! Ce que c’est beau ! Im-pec-ca-ble !
La rigueur, l’ordre, celui qui ne déborde pas, surtout pas.
Pas de sentiment.
Pas de hors champ.
Rien de travers. Une humanité amidonnée et raide comme la justice expose, explose ses couleurs, ses rayures, son drapeau.
On les croit sages, les placards, mais ce sont des vicieux car dès qu’on oublie de fermer
leur caquet leur porte, ils n’en font qu’à leur tête. Qu’à leurs dents.
A moins qu’ils n’aient reçu des ordres ? Celui-là à l’air si bien dressé. Militaire. Ca ne m’étonnerait qu’à moitié…
Il nous intime son ordre : RANGER !
La béance de son con cri coloré a déjà envahi la pièce, se jette sur nous, nous
agresse, veut nous dévorer. Sglurp !
« Ca va être ta fête ! » hurle la bouche furieuse de tous ses feux.
Alors on a envie de fuir à toutes jambes comme d’un 14 juillet, de courir, courir vite, n’importe où.
Nous pensions, le corps bien calé au fond de nos coussins, décrocher, décrocher, partir, voyager, sans fric et sans scrupule, au-delà du sage, nous abandonner au rêve sinusoïde de l’image fabriquée in cerebrum.
Il semble pourtant que ce ne soit pas le moment de tourner quelques pages avec douceur, de nous livrer au stupre d’un désordre littéraire, d’un fouillis des neurones.
Alors bondir. Alors rugir ! Alors faire la guerre ! Alors shooter violemment dans la porte de la raison en hurlant un juron.
Et revenir nous caler au fond de nos coussins, décrocher, décrocher, partir, voyager, sans fric et sans scrupule au-delà du sage, nous abandonner au rêve sinusoïde de l’image fabriquée in cerebrum.
Ouvrir.
Ouvrir le livre.
Copyright © Arthémisia – Juillet 2009
Avec : Estelle – Paris 1999 - Willy RONIS décédé ce samedi 12 septembre 2009
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