140 - Réflexion sur l'Art et le chagrin
L’Art guérit-il du chagrin ?
J’ai longtemps cru aux gélules sonores des vers calligrammes d’Apollinaire, hésitations entre sons, sens, et formes, aux creux desquels je
me laissais bercer pour oublier.
J’ai longtemps cru aux comprimés anabolisants de Verlaine, de Rimbaud, aux fumures baudelairiennes, aux dopantes forces
hugoliennes.
J’ai longtemps cru aux thérapiques rires de Monsieur de la Rochefoucault, aux psychanalyses de Zweig, au cri primal de Breton, de
Bataille…
J’ai longtemps cru au sirop impressionniste, aux rigidités toutes néo classiques de David, aux poudres orientales des Delacroix, des Gérôme,
aux aplats matissiens, aux emplâtres expressionnistes et germains.
J’ai longtemps cru aux jeûnes des néo plasticiens, aux courses folles dans la nature des adeptes du Land Art, aux simples de l’Arte
Povera, aux anatomiques recherches angéliques (Michel ! Michel !).
Aujourd’hui je crois en moi.
Et en mon incurable : c’est lui qui me fait peindre, écrire, et pire…exister.
Illustration : Yves KLEIN - Le Saut dans le vide - 1960
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