198 - Les Pauvres pas
Le samedi après midi, les corps des sirènes oubliées s'étiolent dans les galeries marchandes encombrées de désir.
Leurs rêves claquemurés se sclérosent kératinisés dans les rouleaux inattaqués de bolduc et de papier cadeau remplis des incuries de leurs
amours classées.
Sur les cintres fragiles, les dentelles se figent, et les mantilles flouées du deuil de leurs futiles années s'enfuient en froufroutant vers
le flou du futur.
Les ors, chimères chronométriques, ternissent aux oxydes coriaces des heures sans attente.
Les effluves Lalique des flacons fleurissants, se décapitent et s'aquarellisent dans les relents des quotidiens délavées aux fonds des
flaques funèbres stagnant dans les éviers.
Les tissus s'encroûtent. Les cachemires se trouent, les velours s'assèchent, les satins se durcissent, les moires se meurent sans teint,
sous le soleil noir et cru d'un néant jamais visité, craquelé cruellement.
L'argent sans valeur, inefficace, inutile, ne rassure plus. Sa froideur vénale tue. Les femmes oubliées y enfoncent violemment leurs ongles
violacés y cherchant une vaine maîtrise.
En l'honneur de leur sexe, leurs larmes se tarissent, ravalées sous la carapace taraudée de leur rébellion tenace.
Le samedi après midi, dans les galeries marchandes, il n'y a plus de peau.
Il n'y a plus de pas.
Juste des milliers de peaux.
Juste des milliers de pas.
Pauvres.
Copyright © Arthémisia
Illustration :Grande
Nero Cretto G8 (extrait) - Alberto BURRY
(photographie personnelle - Copyright © Arthémisia)
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