268 - En Plongée
Il a basculé.
En arrière.
Dans une grande gerbe d’eau. Emporté.
Mais palmant nerveusement.
L’immensité insondable s’ouvrait nue, criante, devant lui, bleutée, irisée, faiblement agitée d’ondes silencieuses, de courants sourds, de
vagues bordées d’écume cotonneuses.
Il brassait le flux doux, traversant des landes tiédies couvertes d’anémones roses, de mucus opalescents, se heurtant puis glissant sur des
roches capiteuses recouvertes d’algues et de coraux vermillon, d’animale rosée, sur des étendues blanchâtres, lourdes de laits, de jus, de sucs.
Palier, nouveau palier.
Ivresse. Ivresse moelleuse.
Il se gorgea d’air, d’eau, se grisa de mélanges rares d’oxygène et d’iodures femelles suintant des valves les plus
profondes.
Son corps souffrit, presque.
Il était saoul.
Et il devint ce poisson, ce requin cajoleur des abysses secrètes.
Prêt. A l’affût.
Il chantait. Il chantait le requiem lancinant des derviches, habitant toute la chair de son ombre. Il était lui, total, unitaire, entier.
Lui.
Tout près, là, la sirène l’appelait. Il palma de plus belle, avec rage cette fois, une rage insensée.
Il grandissait. L’espace était à lui. Il était Neptune, Dieu.
La sirène, la sirène !!
Son bijou, sa perle brillait, chatoyait là devant lui.
Il le prit.
Ce trésor était le sien, son bien, son dû.
La sirène chantait encore quand il remonta à la surface.
Copyright © Arthémisia
Illustration : Joe l'indien – Le Baigneur en string
Commenter cet article
M
A
S
A
M
A
G
A
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)