294 - Le Liseur
« J’attendis dans le couloir. Elle se changea dans la cuisine. La
porte était entrebâillée. Elle ôta sa robe tablier et se trouva en sous-vêtements vert clair. Deux bas pendaient sur le dossier de la chaise. Elle en prit un et, avec de petits mouvement vifs des
deux mains, le retroussa jusqu’à en faire un anneau. En équilibre sur une jambe, le talon de l’autre jambe appuyé sur le genou, elle passa le bas ainsi roulé sur le bout de son pied, puis posa
celui-ci sur la chaise, se penchant alors de côté pour l’attacher aux jarretelles. Elles se redressa, ôta le pied de la chaise et prit l’autre bas.
Je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. De sa nuque et de
ses épaules, de ses seins que la lingerie drapait plus qu’elle ne les cachait, de ses fesses sur lesquelles son jupon se tendait lorsqu’elle appuyait le talon sur le genou et qu’elle le posait
sur la chaise, de sa jambe d’abord nue et pâle, puis d’un éclat soyeux une fois dans le bas.
…/…
Je me rappelle que son corps, ses attitudes et ses
mouvements donnaient parfois une impression de lourdeur. Non qu’elle fût lourde. On avait plutôt le sentiment qu’elle s’était comme retirée à l’intérieur de son corps, l’abandonnant à lui-même et
à son propre rythme, que ne venait troubler nul ordre donné par la tête, et qu’elle avait oublié le monde extreirur. C’est cet oubli du monde qu’avaient exprimé ses attitudes et ses gestes pour enfiler ses bas. Mais là, cet oubli n’avait rien de lourd, il était fluide, gracieux, séduisant - d’une séduction qui n’est pas les seins, les fesses, les
jambes, mais l’invitation à oublier le monde dans le corps… »
Si je dois n’en retenir qu’un pour mon hiver, ce sera celui
là ! Cet extrait est tiré du splendide livre de :
Bernhard SCHLINCK - Le
Liseur
Lui, s’appelle Michaël. Elle
c’est Hanna. Il a 15 ans, elle 35.
Elle l’initie à l’amour dans une sorte de rituel où la lecture se mêle à la
sexualité.
Des pages merveilleuses…J'ai pleuré...
Puis elle disparaît sans que Michaël ne sache pourquoi.
Mais la vie et surtout l’Histoire – celle qu’on écrit avec un grand H- vont
permettre à Michaël de la retrouver dans des circonstances terribles.
Et l’Allemagne fatalement poursuit notre
héros…
Copyright © Arthémisia - février
2007
Illustration
: DAUMIER - Le Liseur
Commenter cet article
R
A
C
A
M
A
M
A
O
A
S
A
P
A
Y
A
G
A
M
A
G
A
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)