289 - Les Feux follets
Je les ai vus.
Je les ais vu ces feux follets qui habitent tes yeux.
Ils y dansent des sabbats sombres et fiévreux, rouges de tous les carmins de l’Espagne, ondulés tels des varechs atlantiques, embrumés comme
les cieux de Léon Spilliært.
Ils dansent des joies lubriques, enivrés de l’alcool des peaux des femmes rêvées et des femmes possédées, saouls de leurs bouches gonflées
et bleuies par tes morsures de loup, de tes mains quémandeuses et qui gardent à jamais leur proie, grisés du parfum d’or des cous léchés par les vents lourds d’embruns et les verdeurs des
chèvrefeuilles crépusculaires.
Ils dansent la caresse des doigts, des langues, des épidermes, des sexes, mouillés.
Ils dansent l’effleurement des blonds oyats dunaires où court le pied nu, des collines mamelonnées, des terrils rouges
d’envie.
Ils dansent l’affleurement des larmes à l’orée du plaisir, au bord du cri, à la limite ; ils dansent sur la corde raidie de l’orgasme
retenu, de l’appel, et du basculement, soudain.
Ils dansent.
Ils dansent.
Copyright © Arthémisia - Février 2007
Illustration : photographie du film Le Feu follet de Louis Malle avec Maurice Ronet et Alexandra
Stewart.
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