317 - Des Fourmis noires sur des écailles blanches
Ca y est. On ne la voit plus.
Elle est entièrement recouverte, de ces écailles blanches et rectangulaires, jetées, en vrac, qu’il
lui font un vêtement, une burqa de neige, de lumière. Il y en a tant. Un nombre incalculable.
Pourtant, si on s’approche, on aperçoit sur ces écailles, de minuscules petites choses noires,
difformes, mais disposées assez régulièrement, en rang d’oignon, des petites taches sombres comme autant de fourmis suspendues dans leur progression, figées, inertes.
L’ont-elles mordue ?
Rien ne bouge, ni les écailles, ni les fourmis.
C’est étrange ce silence, tout de même.
On a besoin d’un appel d’air pour qu’une écaille se décolle des autres, et plane vers la main.
Ah ! Mais non ! Ce ne sont pas des fourmis. Ce sont des caractères typographiques, autant dire des lettres, regroupées en mots qui
stagnent sur ces écailles feuilles.
Elle s’est retirée sous une couverture de feuilles. Numérotées.
Alors que faire ?
On arrache la burqa feuille à feuille, écaille après écaille, douloureusement. Marsyas ? Saint Barthélemy ?
On le fait méthodiquement en cherchant à les classer dans l’ordre, une par une.
Elle, elle reste là, étendue, nue, sur le carrelage froid. Et rouge.
Et on lit.
1, 2, 3, 10, 100, 200, 300, 400 feuilles…
Et on pleure.
On a tout notre temps.
Elle est morte d’écrire. Des mots étouffants.
Non, vraiment, aucune mort n’est surréaliste.
Copyright © Arthémisia – mars 2007
Commenter cet article
R
A
R
A
R
A
R
A
L
A
L
A
L
A
O
A
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)