319 - (Par) Chemin de moi à toi
Le départ a lieu sur une lande un peu sèche, un peu rêche
sans être désagréable, légèrement rugueuse, presque irlandaise, de lainage confortable cependant, un tantinet patinée par le temps, peinte d’une de ces non couleurs, mélange d’un gris éteint,
d’un beige moucheté, frelaté de terre, de mousse, d’écume, pauvre peut-être, de somptuosité retenue, mais royale de nuances sourdes, réservées, confondues et troublées. Et d’accueil,
simple.
Ta veste.
Puis il faut traverser une rivière de l’ébène le plus ténébreux, de la nuit la plus inhabitée, la plus
silencieuse, la plus glissante, la plus souplement envoûtante, la plus enrobante, la plus chtonienne. Un ruban. La caresse d’un démon sombre.
Ta chemise.
C’est alors que commence la colline, ou peut-être plutôt la dune, qui hésite entre le minéral et le végétal,
entre le sable et l’oyat, entre l’or blond et le l’or brun, entre la glissade ronde et la fixation germinative, entre le lisse et l’agrippement, entre le matin et le soir, entre le doux et le
grave, entre la tendresse et la force, entre l’enfant et l’homme.
Ton menton.
Et puis, la vie, brillante, d’une gourmandise sans nom, resplendissante d’arrogance, de sûreté, la vie,
palpitante, engorgée, turgescente, rouge, fruitée. Le sorbet chaud qui résiste à la fonte, la crudité d’un BACON, l’extrait de chair jaillissant du corps, le volcan humide qu’on a envie de laper,
comme un animal. La grotte aspirante.
Ta bouche
Copyright © Arthémisia - mars 2007
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