Le livre dont je viens vous parler aujourd’hui est écrit par une femme mi-irlandaise
mi-japonaise.
Aucun homme ne pourrait écrire l’extase
ainsi.
Il s’agit de
L’encre de
feu d’Anna MYO SHIN
Et pourtant ce n’est pas un livre érotique.
Ce n’est pas un livre sur la possession.
Ce n’est même pas un livre.
C’est un choc.
L’érotisme ici n’est qu’un prétexte, celui d’un manichéisme terrible auquel se livre
la japonaise Mishiko, fraîchement débarquée en France, manichéïsme qui va se développer en un jeu passionnel dans lequel nous rencontrerons les raffinements les plus exotiques mais où naitra
de page en page l’ombre effrayante d’un lourd passé.
C'est dans les lieux (Les colonnes de Buren, un phare en Bretagne...), et au coeur
des objets (couteaux, graisse, aiguilles...) hautement symboliques, que se trame le roman.
Nous sommes très loin des descriptions édulcorées ou pires de la pornographie qui
l’une nous envoie des images sucrées de midinette et l’autre le vulgaire pour le vulgaire.
L’érotisme ici n’est qu’un prétexte. Ne nous en privons pas pour
autant.
Mais Hana Myo Shin ne décrit pas.
Elle écrit la chair, la peau, les humeurs, le sang. Et le verbe
écrire prend ici une signification et une amplitude terrible.
Comme le rythme très rapide de son texte fait de phrases courtes, nettes et
incisives, les mots, les gestes tombent avec une froideur calculée, et c’est nous qui sommes possédés, captifs de notre envie d’en voir plus, d’en sentir plus, d’en vivre plus. Nous sommes à
notre tour prisonniers de cette histoire où se mêlent un Eros et un Thanatos nourris de culture asiatique, à la recherche des ressorts les plus sombres de l’intime.
La précision de l’écriture flirte ici avec le génie.
J’ai « bu » L’encre de feu en une nuit…
C'est tout dire.
Copyright © Arthémisia – avril 2007