354 - Les Chemins qui ne mènent nulle part (5)*
Chapitre 6 :
La peur
M. avait peur. Et cette peur grandissait au fil des minutes qui se
succédaient dans l’immobilité de leur deux corps. Elle avait peur qu’il lui en veuille de ce plaisir solitaire, qu’il ne puisse comprendre la douleur de son ventre en manque de lui, qu’il ne
puisse admettre l’urgence, l’impérative urgence du plaisir alors qu’elle savait son retour imminent. Quand son corps l’appelait ainsi, M. le voulait tout de suite. Elle vivait ce besoin telle une
adolescente capricieuse, sans délai.
Et elle avait raison d’avoir peur.
A. détestait qu’elle se touche alors qu’elle était
seule.
Bien sur, lors de certains jeux, il lui était arrivé de lui demander de
se livrer à des caresse sur elle-même ; cela l’excitait beaucoup, de la voir se conduire seule à l’orgasme alors que ses yeux le suppliaient toujours vainement de l’aider à y parvenir, mais
surtout, il prenait un plaisir sans nom à admirer ce supplice. Il avait l’impression de la tenir en laisse juste avec le regard.
Dans les premiers jours de leur liaison, elle était gênée de cette
pratique devant lui, mais elle avait appris – il lui avait appris- à introduire l’attention de A. dans son jeu et elle trouvait désormais un plaisir beaucoup plus grand à le faire devant lui,
pour lui.
Mais A. éprouvait une espèce de colère d’où transpirait toujours de la
jalousie quand il percevait que M. avait joué seule avec son sexe. Et c’était le cas ce matin là.
Le vent taquin fit encore vaciller la branche, osciller le jonc.
Copyright © Arthémisia - avril 2007
Illustration : Francis BACON - Table
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