Pourquoi Le Festin nu de William BURROUGHS est-il
édité dans une collection de science fiction ? (Folio SF)
En effet ce roman est pour moi le récit autobiographique, à peine voilé, de la vie de cet écrivain
longtemps maudit, marginal et drogué, bisexuel et ayant tué son épouse d’une balle en pleine tête lors d’un « jeu » sinistre à la Guillaume Tell sous l’emprise de l’alcool
(ça doit laisser des traces ?...)
Interdit aux USA pour obscénité jusqu’en 1966, ce roman, je vous préviens tout de suite, n’est pas
un roman pour fillette et ne ménage en aucune façon le lecteur tant par l’univers qu’il décrit que par son style si déroutant.
BURROUGHS nous plonge dans un monde chaotique, celui de l’Interzone, son paysage intime,
peuplé de monstres terrifiants, et d’humains sans humanité, se livrant à une danse sexuelle, macabre et décalée, voir totalement hilarante – à vous de juger- et associant les plaisirs le
plus vils dépeints le plus crûment à un instinct de mort omniprésent. Car c’est bien une marche de mort que mène BURROUGHS vers ce qu’il appelle le temps blanc, marche infernale et
fantasmatique dans l’algèbre du besoin, celui de la drogue, mais en même temps (dé)marche analytique conduite quasiment scientifiquement (BURROUGHS s’est intéressé à la médecine et à
l’anthropologie…) et avec des effets de style très perturbants pour le lecteur tels le cut-up (bribes de textes découpées et mélangées au hasard) , ou encore la répétition lancinante
de situations les plus triviales (d’hallucination, de dépendance, d’abus sexuels et notamment homosexuels…).
« Traitant de ce problème médical, Le Festin nu est fatalement brutal, obscène et
répugnant. La maladie et ses détails cliniques ne sont pas pour les estomacs délicats » dit-il lui –même.
J’ai retrouvé dans cette lecture les ambiances glauques de la musique de
Tom WAITS (avec lequel j’ai appris que BURROUGHS a travaillé), la peinture si douloureusement « crachée » de
Jean Michel BASQUIAT ou encore de Jackson POLLOCK…et, cela me parait une évidence pour la
déroutante trame littéraire et les errements intimes, un lien fort avec L’Ulysse de James JOYCE.
Ames sensibles s'abstenir...
Copyright © Arthémisia – juin 07
Avec : photo extraite du film de David CRONENBERG – Le Festin nu (libre interprétation du livre parait-il)