435 - Echo olfactif
La dernière suggestion d’écriture de Juliette qui intervient provisoirement sur le blog de Nath, Papier-libre, était de nous faire parfumer le web en écrivant sur, en décrivant, une ou
des odeurs.
Voilà les miennes, comme un écho…persistant, grandissant.
La mémoire est aussi un écho olfactif.
Elle commence sur les genoux d’un grand père savonnier fleurant
la propreté jusqu’à l’ivresse, et dont je n’arrivais jamais à quitter les joues lisses comme celles d’un nouveau né.
On me l’a longtemps reproché.
L’amour fait toujours des jaloux…
Puis arrive le soleil et le parfum d’or du chichi, bien gras et bien sucré, dégusté sur la plage des
vacances en juillet, jusqu’à vous écoeurer de la fleur d’oranger !
Comme suite à la douceur, l’iode vient se mélanger au parfum de
noisette. C’était toute la Méditerranée qui nous sautait aux narines quand je ramenais le fond de mon seau rempli d’arapèdes que j’avais passé des heures à décoller des
rochers.
Si vous voulez me faire plaisir, offrez moi des sushis.
Encore le Midi et ses romarins qui me griffaient les jambes. Il parait
que cette herbe apaise les tempéraments fougueux. J’en ai pourtant tant respiré…et mangé ! Pas une grillade n’y échappait !
Pardon mais …je ne me suis pas calmée…
A l’heure de la rentrée, avec application chaque élève devait entretenir son bureau d’école. Je
fermais les yeux.
- « M., vous dormez ? »
- « Non, non, Madame, je respire l’odeur de la cire ».
La classe bourdonnait. Abeilles en tablier.
Je suis partie ailleurs, là où les fleurs sucrées recouvrent le corps des filles.
L’air n’existe pas, en Polynésie. Dès votre descente d’avion, vous êtes dans une
fleur.
A savoir si d’ailleurs les filles de là-bas ne sont pas elles – mêmes des fleurs de tiaré ?
Monoï, tu m’as grisée !
Entre vapocraqueur et centrale
nucléaire, je n’ai pris qu’une seule respiration : je ne te renie pas mon Nord natal, mais dans mes veines ne peut couler désormais que du soleil.
Mon plaisir, aujourd’hui, se parfume cap au sud.
Sur les peaux bronzées à l’ambre solaire.
Dans les effluves des expressos italiens.
Dans les bains à la vanille.
Et la chaleur, derrière les volets, concentre le désir. Lui aussi
parfumé.
A toi.
Copyright © Arthémisia - août 2007
Illustration : Copyright © Arthémisia
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