532 - La Partition*
Le chant revenait chaque jour.
Il était rond comme une terre, celle portée par le
dieu.
Il roulait, se déroulait en laissant quotidiennement une trace en ruban sur
sa peur. Sa petite trace.
Les jours passant, les lacets s’entrecroisaient, tissant ainsi, un réseau
chaud et enveloppant, qui construisait autour d’elle la chair d’un cocon rassurant.
Le chant était grave, lourd, très éloigné de la superficialité
ambiante.
Il la pénétrait jusqu’à l’os, la moelle, la remplissait d’émotion, la
tendait et la faisait vibrer comme la corde de la harpe. Le chant résonnait dans ses creux, se cognait à ses parois, se répandait en écho dans toutes les pièces de son
corps.
Le chant était moelleux, et lisse.
Il glissait en un taffetas souple, répandait sa caresse telle la coulée de
miel tiède, de thé au lait, de confiture ambrée et brillante, pour gagner les moindres anfractuosités du désir. Le chant flottait dans un zéphyr gourmand.
Le chant était parfum, Orient, fleurs et fruits.
Suivant des pistes ocrées, il accourait de l’Alhambra, de Carthage,
d’Alexandrie, accroché au flanc des étalons dans de précieux flacons. Chaque secousse le voyait se répandre, se perdre dans le sable. On craignait pour sa vie.
Le chant était orange, juteux, sucré, alcoolisé.
Il allumait le soleil en pleine nuit, entrechoquait des
complémentaires, projetait les drippings rageurs d’étincelles grenadines. Il explosait en un 14 juillet ardent, en un mimosa, en un éclair.
Le chant était sa jouissance. A lui.
Elle, en gardait la partition.
Copyright © Arthémisia - décembre 2007
Avec : Jackson POLLOCK - Number
8
Commenter cet article
R
A
A
A
A
A
M
A
C
A
C
A
C
A
J
A
A
B
A
J
A
A
A
C
A
J
J
A
J
A
J
A
O
A
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)