544 - A la Porte*
Je pourrais être vague,
Polie et résignée.
Vous dire simplement bonsoir
Elégamment et, doucement
Vous tendre la main
En l’ayant dégantée,
Frôler de mon oeil gris
Le bleu de vos pensées.
Je tournerai le buste
Puis le corps en entier,
Déglutirai ma douleur
Dans l'antre de mon sein.
J’avancerai, j’avancerai
Dans l’immense clarté
Du couloir si long
Menant à l’escalier.
J’irai marcher robot
Sur ce trottoir noir,
Serrant au creux des doigts
Les larmes de l’au revoir.
Monsieur, pourtant,
Il faut que vous sachiez :
Ce départ si banal
Pourrait être plus osé.
Je pourrais être directe,
Impolie, irrévérencieuse, même.
Je veux vous dire tout,
Sans aucune élégance.
Et manger à la louche
Tout l’or de votre bouche.
J’avancerai le buste
Et le corps tout entier
Sur le canapé rouge
Lestement me glisserai.
Vous me connaissez sage :
Je vais vous détromper.
Votre corps sera l’ardoise
De toutes les lourds crédits
Qu’à mon corps en latence
Depuis longtemps il doit.
Mais, je vois cher ami
Que nous nous sommes compris.
Que font donc là vos doigts ?
Je voulais me sauver.
Dehors il fait si froid.
Chez vous, vous me gardez ?
Copyright © Arthémisia – décembre 2007
Avec : Auguste RODIN - La Porte de
l'Enfer (extrait)
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