554 - YOURCENAR
Difficile, voir osé pour moi, pauvre amatrice,
de parler d’un monument de la littérature française comme Marguerite YOURCENAR.
Loin de moi l’idée de vous faire un cours sur
les deux derniers livres que je viens de lire :
L’Oeuvre au noir
et
Les Mémoires d’Hadrien
J’avais lu il y a plusieurs
années Les Nouvelles orientales et j’avais toujours eu l’impression d’être passée à côté de quelque chose à approfondir, d’être restée dans un
rapport de superficialité avec une rencontre qui méritait plus d’attention.
Aussi c’est coup sur coup que j’ai enchaîné ces 2 livres que l’on peut
qualifier de romans historiques mais qui sont surtout bien plus que ça.
Ce qui frappe d’emblée chez
YOURCENAR, c'est la culture, le savoir. Mais il n’est pas effrayant. Certes, Marguerite YOURCENAR a été élue à l’Académie Française, et est, ce qu’il est commun d’appeler, une lettrée – au
sens classique du terme puisqu’elle maîtrise parfaitement latin et grec- mais cela ne doit pas faire fuir. Au contraire. Ce que vous lirez sera érudit
mais pas pontifiant.
Si l’auteur a étudié son sujet par le menu, c’est dans le désir de
s’approcher le plus possible d’un réalisme historique précis et juste. Il est délectable.
Elle pose son regard pointu dans
l’époque du récit – le 2ème siècle après J.C. pour l’empereur Hadrien, la première Renaissance pour l’humaniste Zénon – et procède d’une mise à distance de ses héros par le fait même
de leur éloignement historique. Mais elle arrive particulièrement bien à entrer en sympathie avec eux, en les approchant par le romanesque et cependant
reste fidèle à son but, c’est-à-dire développer les réflexions de deux hommes en les ancrant profondément dans leur époque.
J’ai vraiment lu ces deux livres comme des jeux d’écriture entre l’Histoire
(avec un grand H) et le roman.
Mais n’oublions pas qu’il s’agit bien avant tout de nous transporter dans
les pensées de ces hommes, dans ce qui les meut, les émeut, les passionne, les anime, les fait prendre part à leur temps.
L’un, empereur, règne sur un empire énorme qui s’étend de la Grande Bretagne
à l’Orient, a étudié, voyage, use de diplomatie plutôt que des armes, écrit de la poésie et surtout aime. On ne peut passer outre l’évocation dans ces Mémoires d’Hadrien de la magnifique relation
décrite avec tant de pudeur et de douleur, d’Hadrien avec le bel Antinous et surtout, surtout les pages qui suivent la mort de celui-ci. Les pages qui sont consacrées à cet événément et plus
précisément à la douleur qu’en éprouve Hadrien ne sont qu’émotion…
Un homme avec un homme, ou plutôt un humain avec un humain, devrais je
dire...
L’autre, Zénon, est un personnage imaginaire, un chercheur, qu’il serait
réducteur de cantonner à l’alchimie mais plutôt un chercheur de connaissance, de vérité, dans une époque très troublée notamment par les questions religieuses. Cette quête, ou plutôt ses quêtes
l’amèneront à se confronter à une société obscurantiste, hermétique au progrès, scellée dans ses excès d’intolérance. Ici deux mondes se rencontrent douloureusement, celui du questionnement
et celui des immobilismes religieux. Un problème encore d'actualité me semble t-il?.....
En tous cas, voilà deux très belles histoires pleines d’humanisme, de
curiosité, et surtout d’ouverture à l’autre, que je ne saurai que trop vous recommander de consommer et sans modération.
Bonne lecture !
Copyright © Arthémisia – janvier 2008
Un mot doux spécial à mon Emi qui partage avec moi l’intérêt pour l’écrit et m’a prêté ses
livres.
Avec
: Antinous Mandragone – Musée du
Louvre
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