679 - FOUTEZ NOUS LA PAIX!

Nous serons donc heureux de nos pauvres parcours,
De nos retraites pliées, repassées, empaillées,
De nos refus de voir, de sentir, et de boire,
De nos bouches fermées sur nos cris mort-nés.
Nous serons donc emplis de nos pas retenus,
De nos chaussures étroites parfaitement cirées,
De nos goulots fermés sur nos eaux de non vie,
De nos pains desséchés à nos soleils trop purs.
Nous serons donc joyeux de n'avoir pas dansé,
Sauté, baisé, joui, et puis recommencé,
D'avoir les mains calleuses de labeurs généreux
Mais d'avoir tranchées celles de toutes nos caresses.
Nous nous réjouirons de ne plus regarder
Au de-là de la vitre le soir naviguer,
De ne plus sentir l'aube doucement s'amouracher
Du jour de ton corps à mes ombres porté.
Car rien ne survivra de ce qui ne fut pas.
L'illusion a pris place. Tout est peint. Tout est dit.
Il convient que l'on soit encore et pour longtemps
Beaux de notre mort lente et de ce gommage blanc.
Car la mort est très belle, à en croire les autres.
Rien ne vaut sa sournoise et écrasante laque.
Elle donne du lustre aux jours et aux joues des grandeurs
Que les sages fanés s'enorgueillissent d'avoir.
Point de rébellion, ma sœur ! Vos crèmes et vos dentelles
A quoi vous servent-elles, si ce n'est à leurrer
Ce qui vous reste au cœur, et que vous appelez rêve.
Retournez à vos liens, ceux de votre raison.
Mourrez, laissez vous faire. Ne criez surtout pas.
Personne ne vous écoute. Personne ne vous sait.
Vous redeviendrez l'ombre que jadis vous étiez.
Tout le monde était content. Aussi vous le serez.
Renoncez, renoncez. Ainsi on vous aimait...
Et foutez nous la paix, oui, foutez nous la paix !
Arthémisia © juin 2008
Avec : Paul GAUGUIN - Madame la Mort
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