864 - L'Etreinte*
Serre-moi dans tes bras. Ne parlons pas. Ecoutons-nous. Écoutons nos
peaux s'accrocher l'une à l'autre dans notre nuit de Prusse.
J'ai redouté la guerre. La mort m'a envahie. Je suis allée plus loin que la fleur des mots. J'ai marché longtemps au milieu des cailloux et des ronces et je me suis assise dans la magie sans nom
que seul le silence permet.
J'ai attendu, que les jours plongent dans la mer, que le ciel de sang
disparaisse en cendres, que les cris s'amenuisent dans la tiédeur des hommes, que la belle dame me caresse de ses jupons d'argent. Elle ne te voulait plus. Quand nous sommes
duo, elle est moins arrogante et laisse la grenade susurrer ses douceurs dans le creux de nos jambes.
Serre-moi. Serre-moi fort. Renouvelle ma chair, ma chaleur en faiblesse. Il me faut retrouver l'élan des jours défunts, la foi en nos jeux d'ombres qui m'emportent follement, et le parfum
des heures où on n'entend plus rien, plus rien que les gouttelettes de la naissance d'un monde.
Serre-moi. Serre-moi fort. Écoutons les fleurs naître sous l'onction sucrée, le baiser de lumière, le fertile arrosage de nos eaux d'escalade. Écoutons nos cailloux ricocher sur nos terres,
l'écroulement des raisons, le tellurique regain du sang en nos regards.
La déroute.
Serre-moi. Accrochons-nous aux frôlements de nos cuisses, tout autant qu'à celui de nos pensées partantes. Il nous faut du murmure, de l'attentif ému. A l'heure des abandons, bien au-delà des
mots qui sont aussi nos jeux, ils permettent l'étouffement de nos cris sous la vie qui s'avance.
Éreintée, ton amplitude crachée en mon oreille secrète mènera mon ventre à sa béatitude. Et toi le mécréant, tu t'agenouilleras et tu prieras aussi, le dieu qui n'est qu'à
nous.
Copyright © Arthémisia - janvier 2009
Avec : Picasso - L'Etreinte
/image%2F0550629%2F201304%2Fob_977ed52b7c988fecb26a8a29705f9cda_moi.jpg)