865 - A Pieds nus...
…Enfin pas tout à fait. Elle n’avait pas enlevé ses bas. Juste ses chaussures.
Elle avait hésité. Et après tout, qu’avait-elle à craindre ? Au pire un regard moqueur.
Et puis elle ne connaissait personne dans cette ville. Elle les avait tant attendus, ce moment, cet endroit ! Il s’agissait désormais de les vivre comme il se devait. Et tant pis pour…Pour quoi, d’ailleurs ? Il n’y avait pas de quoi.
Elle prit le temps de la pose, les deux pieds bien à plat sur le sol. Assise sur le banc, elle sentait le bois blond s’offrir à elle. Fondre. Elle sentait sa douceur, son miel coloré de pain d’épices. De cannelle. De gingembre.
Elle se leva. Resta encore immobile quelques instants. Il fallait qu’elle perçoive pleinement le sol monter en elle, le bois grandir et courir dans ses veines. Un autre sang.
Elle avança. C’était l’hiver et elle avait l’impression de marcher sur une plage déserte, à dix huit heures, en plein juillet. C’était bon. Comme les vacances. Elle se sentait partenaire de cette terre, recevant sa chaleur, sa force, sa grandeur. En communion.
Elle captait tout le monde.
Elle avançait lentement, s’arrêtant là ou là pour voir, pour regarder, un lieu, un fruit, un corps. L’énergie de l’Art circulait en elle, y entrait par son œil, s’attardait dans son ventre et passait dans le sol, par ses pieds. Elle était son vecteur, son arbre, sa ligne de force.
Elle avançait de tableau en tableau, ses escarpins à la main. Le musée était à elle, rien qu’à elle. Elle se l’était approprié par la marche, par le contact direct de son corps avec le lieu.
Elle vivait dans le Beau ; il était devenu son monde.
La gardienne de la salle lui offrit un sourire complice :
- « Le Musée ferme dans cinq minutes, Madame. Il faudrait vous diriger vers la sortie. »
Elle garda ses chaussures à la main jusqu'à la porte.
Copyright @ Arthémisia – fév. 2009
Avec : Edgar DEGAS – Danseuse – Photographie de Franck HORVAT
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