866 - Les Morceaux roses
Elle lui avait parlé de son désir de mort, de ses rencontres avec ses
chimères sans espoir. Ah, ce qu'elle lui avait parlé... ! Des heures. Des nuits.
Elle lui avait dit l'outrageuse solitude,
le froid, et la nausée qu'elle ressentait de plus en plus souvent. Elle avait essayé de poser des mots sur sa faim, son ventre tordu et son crâne vidé.
Elle avait cru, parfois, aux éclaircies. La pluie c'est vrai,
s'était un peu calmée de temps en temps. Elle était devenue plus fine mais plus pénétrante aussi. L'hiver n'en finissait pas et les flaques s'étalaient boueuses.
Elle avait voulu pétrir la lumière et dans ses mains, n'avait trouvé
que l'ombre, l'ombre dans laquelle personne ne voit. Elle avait essayé de lui raconter cette vérité là.
A qui d'autre pouvait-elle parler ? Il avait le mérite de l'écouter. L'écoute est denrée rare, précieuse.
Elle ne pouvait lui en vouloir. Il n'avait pas l'objet pour
mesurer ses souffrances. Un maître étalon quelconque, une balance, un pèse-mal.
Alors il avait ri, d'un rire terrible. Comme un outrage. De ce rire incompréhensible de l'incompréhension.
A moins qu'il fut celui d'une
fuite...
Ce qu'il lui avait fait mal, ce rire ! Comme un couteau.
Elle n'avait rien dit.
Aujourd'hui, chacun pour la chercher, cherchait des morceaux d'hier.
Aujourd'hui, la terre était grise, au fond du trou.
Aujourd'hui, dans son cœur, son cœur à
lui, gisaient des morceaux roses.
Copyright © Arthémisia - Février 2009
Avec : Yayoi KUSAMA (j'ignore le titre de l'œuvre dont est extrait cet « avec »)
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