253 - Dans le ventre*
J’ai depuis longtemps un couteau dans le ventre qui en fait une belle plaie largement béante, ouverte au vent, au soleil, au
regard.
Cette plaie est la vie même.
Elle en déborde sur ses lèvres de dentelle blonde en un jus de grenade liquoreux, un miel parfumé à la fleur d’oranger, un Orient à
lécher.
De cette plaie jaillissent des mains blanches, douloureuses, aux ongles de lune, appelant mieux que des bouches, des phalanges espérantes,
tendues, mendiantes.
Ecoute encore le doux chant de cette plaie, celui de ses murmures nocturnes, celui des mots qu’on ne dit plus. Danse, ô mon si bel amant,
sur les notes sortant en chapelet de ce ventre musicien !
Et respire, oui, hume à pleins poumons l’enivrante griserie de cette blessure secrète. Saoule toi, de mon opium animal, de ma drogue
carnée.
Létale.
C’est toi que ma blessure veut.
C'est toi que ma blessure veut voir mourir en elle.
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